Cher Sombreval
Torquemada -  2001-11-26 19:39:54

Cher Sombreval

Cher ami,

Je n'ai pas encore reçu le dernier numéro de la revue Certitudes, mais je serais curieux de connaître les édficiences" du dit mouvement que vous évoquez.

J'avais lu un article de François Huguenin dans La Nef (n°113, dossier sur: Eglise, modernité et démocratie : article intitulé "La démocratie moderne ou le refus de la loi naturelle") qui ne m'avait pas vraiment plus dans le sens où il visait à tout prix à réhabiliter - c'est mon interprétation - la démocratie à travers la notion de "consentement populaire".
"En faisant de la volonté populaire la seule source du bien, la démocratie moderne se condamne à être une négation de toute politique. Mais la pensée traditionnelle DOIT - c'est moi qui souligne - de son côté redécouvrir les fondements du consentement sans laquelle l'autorité n'existe pas", écrivait-il. Or, à mon avis, la loi naturelle n'est absolument pas compatible avec la souveraineté populaire puisqu'elle n'est n'est en aucun cas l'expression de la volonté générale de Rousseau (le vrai, pas l'autre !) : la loi natuelle témoigne de l'existence d'une loi éternelle voulue par Dieu et non par les hommes.
Si je suis d'accord pour dire que la politique est l'art de passer de savants accords, des alliances stratégiques, pour tenter autant qu'il est possible d'influer sur le débat public, je maintiens quand même que nos institutions sont par nature "anti-chrétiennes", ce qui, je crois, n'est peut-être pas la position de François.
J'ai écrit quelque chose sur le point dans le dernier de numéro de Dialectique qui prend d'ailleurs un peu le contre-pied de la pensée de Boutang (si vous me transmettez votre adresse, je vous enverrai l'article en question accompagné de celui de François).
Disons que pour lui - et sur ce point, je suis d'accord - on ne peut pas se contenter d'une opposition frontale à la modernité.

Dans son livre intitulé A l'école de l'AF, j'avais pas mal apprécié le fait qu'il fasse d'abord de Mauuars un homme de dialogue, un Socrate du XXème siècle. J'avais aussi beaucoup apprécié la conclusion sur La Cité de l'homme de P. Manent qui montre justement en quoi la démocratie n'est pas (n'est plus ?) un régime politique.
Mais je trouvais que son analyse des figures de l'AF était un peu courte. Il aurait fallu plus insister sur Léon Daudet, qui a tout de même découvert Proust, et sur Bainville, qui avait prédit les catastrophes faisant suite au traité de Versailles (et cela dès 1919 !).

Et sinon, que nous apprend ce numéro sur l'"échec" de l'AF ? Est-ce que l'abbé critique un peu la thèse de Prévotat ?

Bien cordialement,
Juan de Torquemada