"Lyon : De très influents catholiques" - L'EXPRESS DU 8/11/01
ARNAUD Xavier -  2001-11-25 23:11:18

"Lyon : De très influents catholiques" - L'EXPRESS DU 8/11/01

Lyon : De très influents catholiques
par Jean Périlhon




Qu'ils soient traditionalistes ou qu'ils aient contribué au concile
d'ouverture Vatican II, il faut compter avec eux



La vieille image des deux collines, celle qui prie et celle qui travaille,
n'a plus rien à voir avec la réalité lyonnaise. Si Fourvière est toujours
couronnée de la basilique du même nom, dessinée par son
architecte pour être une «forteresse de l'âme», la Croix-Rousse sert
de piédestal à un autre fleuron du catholicisme lyonnais: l'institution
des Chartreux, qui, du cours préparatoire aux classes prépas, se
charge d'éduquer les enfants de l'élite bien-pensante.

La basilique et les terrains
adjacents sont la propriété de la
commission de Fourvière,
composée de représentants des
vieilles familles. En faire partie,
c'est prouver que l'on compte à
Lyon et que l'on pense bien. L'archevêque, qui demeure à deux pas
de la basilique, est loin d'être le maître sur la sainte colline et le
diocèse doit composer avec la commission dès lors qu'il s'agit de
l'utilisation de l'édifice.

Ce groupe d'influence reste pourtant discret, ce qui n'est pas le cas,
sur l'autre colline, de l'autorité de tutelle de l'institution des
Chartreux. Il s'agit de la Société des prêtres de Saint-Irénée, dont le
recrutement s'effectue par cooptation. Au cours des années 90, elle
a été la cible d'une OPA de la part de prêtres conservateurs
regroupés autour d'un supérieur, le père Bruno Martin, historien de
formation et plutôt nostalgique des repères d'autrefois. Une grande
partie du clergé séculier du diocèse dit redouter l'entrisme de
confrères conservateurs et craindre que cette stratégie, déjà
gagnante au sein de la Société des prêtres de Saint-Irénée, ne soit
un jour mise en œuvre pour la conquête d'autres institutions ou
services diocésains.

Les traditionalistes catalogués comme tels ont leur église et leur
paroisse: Saint-Georges, non loin de la cathédrale
Saint-Jean-Baptiste, au bord de la Saône. Messe en latin et
diatribes contre le modernisme attirent chaque dimanche assez de
fidèles pour faire largement le plein de la grande nef. On remarque
souvent, dans les rangées de prie-Dieu, un ancien gouverneur
militaire de Lyon.

La Catho, largement ouverte sur le monde contemporain
Le catholicisme lyonnais est pourtant loin de se contenter de
cultiver la nostalgie dans tous ses états. Sa plus docte institution,
l'Université catholique, est justement tout le contraire du
conservatisme. Bien qu'implantée dans le quartier d'Ainay, dont les
rues étroites ont tendance à déteindre sur les mentalités de ses
habitants, la Catho est largement ouverte sur le monde
contemporain et sur l'ensemble de la planète. Son réseau de
théologiens, animé par les pères Henri Denis et Henri Bourgeois,
décédé récemment, a puissamment alimenté les travaux du concile
Vatican II et entretenu le souffle du renouveau.

Depuis, l'Université catholique rayonne sur trois grands secteurs
d'influence. Elle pèse très lourd dans la réflexion éthique
contemporaine et dans ce qui touche à l'humanisme. Autour de
Dominique Moreau s'articule tout un travail sur l'économie et sur la
place de l'homme, auquel sont associées de grandes têtes de
réseau, comme Economie et humanisme ou Habitat et humanisme,
mais aussi les chambres de commerce et d'industrie, voire les
collectivités territoriales.

Les défis de la biologie, comme les problèmes liés à la fin de vie,
trouvent à la Catho un centre de réflexion et d'étude animé par
Catherine Perrotin. L'université est à ce titre membre de
l'association Biovision, qui organise le forum international du même
nom, manifestation lyonnaise phare, dont la dernière édition a
accueilli la bagatelle de 12 Prix Nobel.

L'autre grand pôle d'influence de la Catho touche aux problèmes du
développement, des relations Nord-Sud et des droits de l'homme. Le
Centre international d'études pour le développement local (Ciedel),
avec Christophe Mestre et Bernard Husson, est un outil
indispensable pour l'ensemble du réseau lyonnais d'ONG et pour les
associations de solidarité, sans parler des collectivités ou des
paroisses cherchant à s'impliquer dans des actions de
développement. L'Institut des droits de l'homme, dirigé par le
philosophe Bruno-Marie Duffé, contribue également à placer la
Catho au centre d'un réseau international d'abord constitué par
d'anciens étudiants devenus des hommes d'influence dans leur
pays. De nombreux ministres africains sont passés par la rue du
Plat, siège de l'Université catholique.

Celle-ci demeure influente en matière de recherche théologique et
poursuit la tradition oecuménique installée à Lyon dans
l'entre-deux-guerres par le père Couturier. Autour d'Isabelle Chareire
s'est regroupé un pôle d'animation du dialogue interreligieux. Le
recteur, Mgr François Tricard, a pris en charge personnellement le
dialogue avec le monde laïque.

«Ne rien avoir, ne rien savoir, ne rien valoir»: tels étaient les critères
de sélection des ouailles proposés aux prêtres et aux religieux du
Prado par leur fondateur, le prêtre lyonnais Antoine Chevrier. Les
pradosiens, un peu plus d'un siècle après, sont restés fidèles à leur
vocation, illustrée dans les années 50 par l'un de leurs anciens
supérieurs, Mgr Ancel, évêque auxiliaire de Lyon, qui fut le seul
évêque ouvrier de l'histoire de l'Eglise. Christian Delorme, le «curé
des beurs», est une bonne image de l'engagement du Prado auprès
des plus humbles et de l'influence de ses membres dans le diocèse.
Tout comme le père Bernard Devert, à la tête d'Habitat et
humanisme (lire l'article sur les associations).

Incontournable, le Chemin neuf
Lyon abrite encore les contestataires patentés des éditions Golias,
du nom du périodique qui donne régulièrement des crises d'urticaire
à la hiérarchie catholique. Auteur d'un guide qui n'hésite pas à
attribuer des mitres aux évêques, Golias est animé par son
directeur, Christian Terras, qui compte à ses côtés Jean-François
Soffray et Jean Mollard. Sa grille de lecture est, le plus souvent,
proche des positions «progressistes» du concile Vatican II
(1962-1965).

Tout aussi incontournable est le Chemin neuf. Cette communauté
nouvelle, créée à Lyon dans les années 60, notamment autour du
jésuite Laurent Fabre, est aujourd'hui forte de 8 000 personnes,
membres ou proches sympathisants. Elle a essaimé surtout à
Marseille et à Chartres. Son réseau compte des instituts de
formation et trois monastères, dont la communauté a repris
l'animation après le départ des moines, à Hautecombe, en Savoie, à
Sablonceaux, en Charente-Maritime, et à la Trappe
Notre-Dame-des-Dombes, dans l'Ain. L'un des membres les plus en
vue de la communauté du Chemin neuf est Emmanuel Payen. Ce
prêtre diocésain a fondé Radio Fourvière en 1981, au moment de
l'éclosion des radios libres. En vingt ans, il en a fait la tête de
réseau de RCF (Radios chrétiennes de France), qui fait de l'ombre à
Radio Notre-Dame, l'antenne parisienne du cardinal Lustiger.
Emmanuel Payen a quitté son poste de directeur de RCF en juillet
dernier pour devenir recteur de la basilique de Fourvière.

Si l'ombre de l'Opus Dei est souvent évoquée, son implantation,
acceptée officiellement par le diocèse à l'époque du cardinal Albert
Decourtray, ne semble pas très large. L'Office culturel de Cluny,
classé secte par la commission parlementaire spécialisée, a en
revanche constitué un réseau dont on peut relever les traces à
Ainay, parmi les membres de ces vieilles familles qui votent pour
Charles Millon.