Larticle en question
ARNAUD Xavier -  2001-11-20 22:39:53

Larticle en question

Le lieu de baptême du Christ aurait été
identifié en Jordanie
Une équipe d'archéologues jordaniens présente le site de Wadi
el-Kharrar, à proximité du Jourdain, comme le lieu de baptême du Christ.
Une thèse que confirment tant l'évangile selon saint Jean que des récits
anciens de voyageurs et qu'a confortée la visite du pape Jean Paul II en
2000. Sur place, de nombreux vestiges récemment mis au jour montrent
que, dès le Ier siècle, Wadi el-Kharrar serait devenu un lieu de
pèlerinage des premiers chrétiens, comme l'atteste la présence de
bassins baptismaux, d'une église de saint Jean-Baptiste plusieurs fois
reconstruite au même endroit et d'un monastère. L'émergence de ce
site a suscité quelques tensions entre la Jordanie, d'une part, et Israël
et l'Autorité palestinienne, d'autre part, qui assurent que le Christ a été
baptisé en Cisjordanie, à Qasr el-Yahoud.

Wadi el-kharrar (jordanie) de notre envoyé spécial

Au nord de la mer Morte, le Wadi el-Kharrar serpente sur quelque 2 kilomètres
pour déboucher sur la rive orientale du Jourdain.
Tout proche du fleuve biblique, ce petit oued
(wadi) est, depuis 1998, présenté par le
département jordanien des antiquités comme le
lieu du baptême du Christ. Et, alors qu'à quelques
kilomètres des fouilles archéologiques la
construction d'un complexe touristique vient de
s'achever, le site s'ouvre progressivement aux
visiteurs.

Les Evangiles restent vagues sur la localisation
du baptême du Messie. Seul l'évangéliste Jean
donne un nom au lieu où "Jean prêchait et
baptisait". Jean situe l'événement à "Béthanie,
au-delà du Jourdain"(Jean 1, 28), c'est-à-dire,
dans la terminologie des Evangiles, sur la rive
orientale du fleuve. C'est, précisément, le lieu
qu'affirme avoir découvert, le long du Wadi
el-Kharrar, une équipe d'archéologues
jordaniens dirigée par Mohammed Wahib. Une
théorie à laquelle la visite du pape Jean Paul II
sur le site, en mars 2000, a contribué à donner
quelque crédit.

Les premiers récits de pèlerinage en Terre sainte concordent, il est vrai, de
façon troublante avec les découvertes des chercheurs jordaniens. A
l'extrémité du wadi, à quelque 50 mètres du cours actuel du Jourdain, les
archéologues ont ainsi mis au jour les restes de trois églises superposées,
dont la plus ancienne remonte au début du VIe siècle. Pour Mohammed
Wahib, il ne fait aucun doute qu'il s'agit là de "l'église de saint
Jean-Baptiste" décrite par les premiers pèlerins venus aux abords du
Jourdain commémorer le baptême du Messie. "A l'endroit où le Seigneur a
été baptisé (...) se trouve l'église de saint Jean-Baptiste, construite par
l'empereur Anastase", écrit notamment, vers 530, le patriarche d'Alexandrie
Théodose, à l'issue de son voyage en Terre sainte. Une église que
Théodose situe bien sur la rive orientale du Jourdain. Deux siècles
auparavant, certaines relations de voyage, comme celle de l'anonyme
Pèlerin de Bordeaux, autour de l'an 330, situent également le baptême sur la
rive orientale, "à 5 milles romains" (un peu plus de 7 kilomètres) au nord de
la Mer morte. A cette époque, on ne trouve pas mention d'une église.

"La première église était bâtie sur des arches, à environ 6 mètres
au-dessus du sol, en raison des fortes crues du fleuve, avance Rustom
Mkhjian, architecte, responsable de la restauration du site. Elle s'est
probablement effondrée à la suite d'un tremblement de terre, à une date
qu'il est difficile de déterminer avec précision. Toujours est-il qu'elle a été
reconstruite deux fois, au niveau du sol, les architectes byzantins espérant
ainsi que les séismes futurs resteraient sans effet sur l'édifice."
L'affaissement des fondations montre que les deux églises ont tour à tour été
victimes de crues particulièrement importantes. Surtout, explique M. Mkhjian,
les constructions successives - probablement opérées sur une durée de
deux siècles - de lieux de culte sur le même emplacement témoignent de
l'importance particulière conférée à cet endroit précis. Au sol, près de l'autel,
des fragments de mosaïque sont encore visibles.

Cet été, un escalier partiellement effondré, menant de l'autel de l'église à une
dizaine de mètres en contrebas, a été mis au jour. Selon Rustom Mkhjian,
cet escalier, qui s'achève par une rampe de pierre, devait permettre aux
pèlerins, à l'issue de l'office, d'entrer dans les eaux du fleuve. Aujourd'hui, les
marches ne mènent plus au Jourdain, qui coule à une quarantaine de mètres
plus à l'ouest. Son cours, estiment les archéologues, s'est quelque peu
infléchi depuis le Ve siècle. Une supposition que confirme une étude
géologique menée par l'université de Jordanie sur le site.

COLONNE VOTIVE

Tout à côté de l'endroit où les premières marches devaient pénétrer dans les
eaux du fleuve, un bloc de pierre d'environ 2 mètres de côté a été dégagé. Il
pourrait s'agir, selon M. Mkhjian, du socle d'une colonne votive mentionnée
par plusieurs pèlerins. L'évêque franc Arculphe, vers 670, décrit ainsi une
"colonne de marbre surmontée d'une croix", supposée marquer l'endroit
exact du baptême du Christ. De nouvelles découvertes jugées "très
importantes" par Michele Piccirillo, archéologue et professeur d'histoire et
de géographie biblique. Ce franciscain, qui a "redécouvert" le site de Wadi
el-Kharrar en 1995, un an après la signature du traité de paix
israélo-jordanien, rappelle que le wadi semble avoir été occupé dès le
Ier siècle. En témoignent des tessons et des monnaies de la période
romaine, retrouvés au cours des premières fouilles.

Celles-ci avaient également permis l'identification, le long de la vallée, de
cinq vastes bassins baptismaux, attestant que le rite du baptême a, ici, été
pratiqué à grande échelle. Deux de ces bassins, selon les archéologues, ont
été creusés vers le Ier siècle, pour être ensuite consolidés, probablement
entre le Ve et le VIe siècle. De plus, sur le tertre surplombant l'entrée du
wadi, à quelque 2 kilomètres du Jourdain, les vestiges d'un monastère,
contemporain de la première église de saint Jean-Baptiste, ont été
également dégagés. Selon les archéologues, l'édifice aurait été bâti sur un
site plus ancien, remontant probablement au début de notre ère.

TRAVERSÉE PÉRILLEUSE

Une telle concentration de vestiges atteste de l'importance accordée au site,
aux toutes premières heures du christianisme. Toutefois, à compter du VIIe
et du VIIIe siècle, les pèlerins cessent progressivement de franchir le
Jourdain pour commémorer le baptême du Messie. L'émergence de l'islam,
sans doute, dissuade les chrétiens d'entreprendre une traversée jugée
périlleuse. Peu à peu, Wadi el-Kharrar s'efface des mémoires au profit de
Qasr el-Yahoud, sur la rive occidentale du fleuve, plus facile d'accès aux
pèlerins venant de Jérusalem.

Les deux sites revendiquent aujourd'hui la même importance historique et
religieuse, ce qui a suscité quelques tensions entre Israël et l'Autorité
palestinienne, d'une part, et la Jordanie, d'autre part. Les dernières
excavations opérées à Wadi el-Kharrar donnent cependant au site jordanien
une sérieuse prééminence sur son rival cisjordanien. Même si, comme le
regrettent certains archéologues, aucune publication scientifique complète
n'a à ce jour été produite par l'équipe de M. Wahib. Une publication qui,
assurent les archéologues jordaniens, ne saurait tarder.

Stéphane Foucart (Le Monde interactif)

• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 21.11.01