Si j'ai pu dire que Humanisme intégral n'était pas un livre thomiste à part entière, c'est que, loin de se borner à commenter saint Thomas, Maritain l'utilise en quelque sorte pour développer des vues personelles qui nous éloignent en fait de la philosophie du docteur angélique. Saint Thomas doit être lu dans le texte et non à travers ses commentateurs qui peuvent lui faire dire tout et n'importe quoi. En fait avant de lire les commentateurs,surtout quand il s'agit de penseurs aussi originaux que Maritain, il est impératif de lire l'oeuvre de saint Thomas. Il me semble que la lecture du texte de Floucat est cause de vos a-prioris défavorables quant à la pensée politique de Maritain. A sa lecture, j'avais moi-même ressenti un certain agacement. Trop d'éthique effectivement. Je vous invite d'ailleurs à lire la critique de ce texte par un thomiste :
http://www.thomas-d-aquin.com/Pages/Articles/Personne.htm De même que Maritain utilise saint Thomas pour forger sa conception de la personne humaine, qui était d'ailleurs dans l'air du temps, comme l'atteste le personnalisme de Mounier, de même Floucat s'appuie sur Maritain pour cautionner ses lubies sur la "métaphysique de la personne". La pensée de Maritain, déjà installée sur des positions extrêmes quant à cette notion de personne humaine, ne supporte guère le supplément d'exagération qu'y apporte son disciple, Yves Floucat. Le critique du texte de Floucat résume bien la conception que ce dernier tire d'une réflexion de Maritain sur l'âme humaine. Parce que la personne humaine possède une âme et qu'elle " est capable d'un être et d'une vie propre, indépendants de la matière, la personne humaine peut se prêter, comme l'Ange ou Dieu, à une interrogation métaphysique". Vous voyez que d'une conception sur la personne humaine en tant qu'elle possède une âme qui a sa propre subsistance immatérielle, on arrive avec Floucat à une métaphysique de la personne. Il me semble que vous pourrez vous faire une opinion sur la pensée politique de Maritain en lisant ses textes et non à travers les commentaires de Yves Floucat, auteur par ailleurs de beaux livres, je songe à son essai sur l'amitié de Julien Green et de Maritain. En commentant un commentateur singulier et original de saint Thomas, Floucat s'éloigne beaucoup trop de ce dernier, en sorte que ses références multiples au docteur angélique ne valident pas pour autant ses propos. Il s'écarte beaucoup trop de ce "réalisme" qu'il serait injuste de dénier à Maritain qui respecte les hierarchies et use des distinctions fondamentales, ce qui l'empêche d'aller trop loin dans sa conception de la personne humaine. C'est en ce sens que je disais que cette conception n'est pas entachée d'idéalisme, mais la mot sans doute n'est pas approprié.
Je ne connais pas le livre de Marcel Clément, mais peut-être pouvez vous nous en parler.
Cordialement