Plus sérieusement, une tentative
A X -  2001-10-12 17:01:10

Plus sérieusement, une tentative



Cher Emmanuel,
Vous me demandez de me positionner, déplorant alors un manque de "courage" de ma part.
Je ne place pas les choses à ce niveau-là.
Sur un plan personnel, bien évidemment je ne vois nulle raison pour que les hérésies condamnées hier par l'Eglise ne le soient plus aujourd'hui. Cela me semble une question de bon sens.
(De la même façon, je ne vois pas en quoi un rite hier universel dans l'Eglise latine peut aujourd'hui faire l'objet d'une autorisation libérale fonction des étatd d'âme de tel ou tel évêque. En soi, soit ce rite est bon, digne et juste, soit il ne l'est pas. Et à ce titre, je ne vois pas pour quelle obscure raison il reviendrait à un évêque d'autoriser son usage dans son diocèse.
L'orthodoxie de la messe ne fait pas appel à des critères subjectifs mais répond bien à des normes objectives, normes dont il me semble que le Saint-Siège devrait être seul habilité à les définir.)
L'idée qui est la mienne de la Tradition catholique s'inscrit donc précisément dans la durée et la pérennité du Magistère en matière de foi.
Dans cet esprit, je ne vois pas que le concile Vatican II se montre en opposition ou en rupture par rapport à la Tradition.
On l'a maintes fois écrit, ici ou ailleurs, le problème se situe au niveau des interprétations qui ont pu être faites postérieurement au Concile, par des clercs plus ou moins bien intentionnés, relayés ensuite par des laïcs auxquels on a confié des responsabilités qui ne leur incombaient pas, et que le Concile lui-même ne leur octroyait pas.
Il est sidérant aujourd'hui de noter que des prêtres assistent à des sessions de formation liturgique dispensées par des laïcs. Ce bouleversement hiérarchique ne peut que conduire qu'au chaos, et il n'y a hélas bien qu'au sein de l'Eglise catholique que l'on assiste à un tel désordre.
D'une façon générale, je crois de toutes mes forces que LE problème majeur de l'Eglise réside dans un manque généralisé d'Autorité.
Nos évêques réclament la collégialité, mais sont aujourd'hui les premiers dans leur diocèse à s'effacer au profit des laïcs.
Ceci donne naissance à un anthropophagisme ecclésial terrible.
La modification du vocabulaire est aujourd'hui significative.
L'évêque n'est plus interpelé par son titre mais devient "le père évêque", les prêtres se font appeler par leur prénom (tendance que l'on retrouve aussi chez de jeunes prêtres dits plus traditionnels de formation), etc.
On a parlé des us et coutumes vestimentaires de nos prélats. Là encore, l'autorité imposée par l'habit (cf. uniforme) s'évanouit, au profit d'un nivellement par le bas, qui conduit indubitablement à penser que tous sont égaux dans l'Eglise, et qu'il n'y a plus ou qu'il ne saurait y avoir de Vérité intangible, la Foi devenant affaire personnelle, chacun pouvant approcher le Christ en fonction de ses opinions.
On en revient à ce fameux distingo entre le Credo et l'opinor, dont j'ai déjà eu l'occasion de parler plus avant.

La question se pose alors de savoir "que faire" au sein de cette Eglise.
Je crois que nous devons nous en tenir à ce que nous savons.
Tout d'abord que le Christ ne pourra abandonner l'Eglise. Tout ce que nous vivons aujourd'hui n'est rendu possible que parce que le Bon Dieu laisse ainsi faire les choses. C'est une terrible épreuve pour les hommes faibles que nous sommes. Et l'on peut légitimement penser que c'est folie que de nous exposer ainsi.
Les tentations sont grandes aujourd'hui pour chacun d'entre nous de s'autoproclamer Docteur ès théologie, ès liturgie, etc.
Les tentations sont immenses de tomber dans les pièges du Démon qui nous amènent à ne plus considérer la sainteté de l'Eglise, de ne plus répondre à nos exigences de catholiques, de préférer à la prière silencieuse et à l'oraison le doux murmure de la critique systématique.
C'est ce que je déplore par moments dans les discours SYSTEMATIQUES de certains, dont vous êtes, Emmanuel.
On fait croire de servir la charité en dénonçant l'Erreur. Mais on commet soi-même une erreur en parlant de l'Eglise romaine en termes peu chrétiens.
Tout le monde prétend vouloir tout comprendre, tout savboir, comme si c'était un droit.
Mais c'est bien là une ruse du Démon que de vouloir nous faire croire cela.
Nous ne comprenons pas la crise que traverse l'Eglise.
Peut-être devrions-nous plus chercher les réponses en nous-mêmes plutôt que d'en incomber sans cesse la responsabilité à tel ou tel.
L'humilité va certes de paire avec la charité.
Et il me semble que sur ce plan-là, Tradiland pèche souvent par omission.

Voici bien maladroitement mes pensées.

Je ne sais si vous les accepterez comme réponse à vos interrogations.
Je ne sais dans quelle case vous me rangerez.

Pour plagier de la Monteau, votre jugement m'importe moins que celui du Bon Dieu.

In Christo,

Xavier ARNAUD