La chose est une évidence, pour tout liturgiste et historien un peu sérieux, et ce depuis l'étude de l'Ordo Romanus I. Le document en question qui décrit le rit pontifical au 7e s. (attesté, mais qui représente un pratique forcément antérieure...) est connu depuis fort longtemps. Il a été étudié déjà par Dom Guéranger, puis dans les années 20 par exemple par Mgr Battifol, ou encore Dom Cabrol..., c'est-à-dire, de fait, bien avant l'élaboration du NOM!
De fait, le NOM, du point de vue de l'histoire et des connaissances historiques que l'on avait au moment de sa naissance (le mot réforme est abusif), est un produit parasite pas très sérieux.
Ce qui est curieux, c'est que l'on ne se soit pas souvenu de tout un tas de choses que les historiens et liturgistes nous avaient pourtant livrées comme certaines, déjà en 69... Plus grave encore, on a justement prétendu faire de l'histoire, sans cependant avoir recours aux documents attestés de l'histoire, et ce pour reléguer l'héritage traditionnel (depuis le moyen âge au moins, car le rit aurait - élucubration de même sans fondement - subi bien des "déformations" dès le moyen âge...), ce qui du point de vue de la démarche critique historique est un tour de force assez exceptionnel.
Que l'histoire finisse par se venger, n'est dès lors pas étonnant, et que le 7e siècle sanctionne le 20e assez peu surprenant, voire prévisible.
En fait les prétentions de retour à "des pratiques anciennes" avec certains aspects du NOM (communion dans la main, versus populum, canon à voix haute etc...) sont pures élucubrations idéologiques qui n'ont rien d'historique... et cela on le savait depuis longtemps en 69. On en avait même gaillardement débattu, et ces questions étaient connues - ce qui n'a pas empêché les réformateurs de mentir pour faire passer leurs vues, et plus incroyable, qui n'empêche toujours pas certaines braves gens de défendre mordicus ce genre d'inepties aujourd'hui encore (la querelle du Pater par exemple...).
Le pretexte était d'ailleurs connu et éprouvé puisque la prétention à rompre avec la tradition pour "retourner aux sources" avait déjà servi, dans le domaine liturgique aussi, à Luther, ainsi qu'à la plupart des hérésiaques au file de l'histoire (cf. là-dessus Dom Guéranger et les caractéristiques qu'il reconnait dans "l'hérésie anti-liturgique")
La chose fut vertement condamnée par Pie XII sous l'appellation d'"archéologie" en matière liturgique ... avant de servir, avec l'autre argument intouchable - "la pastorale"- de levier décisif pour la révolution que l'on a appelé pudiquement "réforme".
Seulement voilà, il n'y a pas que les idéologues qui font l'histoire. Quelquefois il se trouve aussi des historiens, des vrais, qui s'en mêlent, et la vérité finit alors par se savoir...
On nous a menti: le NOM n'a pas de motivation historique sérieuse. Il est "fabriqué" (Cal Ratzinger) par la modernité en vue d'une certaine perspective doctrinale, c'est tout. Paul VI a avoué clairement cela à Jean Guiton : "pour se rapprocher de la cène calviniste". S'il fallait, dès lors, lui chercher des racines historiques, ce serait peut-être du côté du 16e siècle en effet, qu'il faudrait regarder, et déceler de lointaines origines dans le naturalisme de la Renaissance, puis du côté du rationnalisme du 18e, via le subjectivisme du 19e, enfin la mauvais goût du 20e... - un travail intéressant, en effet, encore que probablement peu enthousiasmant.
In Christo
Bertrand Décaillet