On pourrait avancer, sans craindre de se tromper, que tout a été dit, ou peu s'en faut, de la crise de l'Eglise. Au moins dans l'ordre de la description, ou de la manifestation. Il reste cependant sans doute encore beaucoup à dire sur sa cause ou sa raison d'être. La tâche est beaucoup plus rude.
Au risque de passer encore pour un détracteur des cafés du commerce, je dirais qu'il est relativement aisé, malheureusement, de brosser à grands moulinets de bras, un tableau des abus, scandales, hérésies, mièvreries et sottises qui souillent la chrétienté latine. C'est facile parce que, globalement, cela concerne toujours les autres. En revanche, prendre du temps pour se rappeler que l'Eglise est un corps vivant, dont les parties vibrent à l'action [bonne ou mauvaise] des autres, est plus exigeant. Chercher en quoi mon propre péché peut participer de ces maux l'est aussi, comme l'est encore de chercher le sens de l'épreuve pour le sens de ma vie. Ce n'est qu'un exemple mais un exemple important parce que je crois que la crise de l'Eglise a des démultiplicateurs dans nos comportements, nos compromissions avec le naturalisme, nos aises avec la doctrine.
Elle en trouve aussi, et c'est là que je voulais en venir, dans le comportement du clergé en particulier. On me le concédera volontiers pour ce qui est du clergé progressiste, naturellement. Mais il en est de même, dans d'autres domaines, pour le clergé traditionaliste. Si l'on a pu parler de papolâtrie dans les rangs progressistes, on peut se demander si l'on ne pourrait pas parler - parfois - de sacerdolâtrie dans nos milieux. Cette tendance remonte fort loin dans la réaction à la crise de l'Eglise. Elle a contribué à favoriser l'éclosion d'un certain nombre de petits papes et d'un regain de cléricalisme qui ne me semblent pas de nature à guérir l'Eglise de ses maux.
En tout cas, je partage l'avis de certains intervenants: ce sont là affaires de clercs. Je trouve malsain que les laïcs soient à l'affût des potins cléricaux comme je trouve malsain que les clercs engagent les laïcs dans leurs querelles ou en fassent les confidents de leurs déchirements. Les premiers me font penser à des "accrocs" d'une presse people d'un genre particulier. Les seconds en sont les publicistes. Tout cela nous écarte de la vocation des uns et des autres. |