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JUILLET 2003 A MARS 2011

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Auteur : Scrutator Sapientiæ
Sujet : La philosophie de la religion des catholiques humanitaristes.
Date : 2011-03-19 10:17:59

Bonjour à tous,

Je ne mets pas en cause ni en doute l'importance du combat contre le catholicisme humanitariste sur les questions ecclésiologiques, institutionnelles ou juridictionnelles, liturgiques ou pastorales, mais il me semble que la primauté peut et doit être accordée à la dénonciation des fondements de la philosophie de la religion qui caractérise cette mouvance ou tendance erronée.

Dans cet ordre d'idées, je pense à l'articulation entre "l'évolutionnisme" culturel et le "convergentialisme" spirituel ; pour les artisans et les partisans du catholicisme humanitariste, d'une part, toutes les religions ont vocation à évoluer, d'autre part, toutes les religions ont vocation à évoluer dans une même et seule direction : appelons celle-ci "le service de l'Homme", ce sera englobant sans être imprécis, car cela qualifie et résume assez bien ce dont il est question ici.

Mon hypothèse de travail est à peu près celle-ci : le plus grave réside dans le "caractère d'évidence" de la soumission des religions, en général, de la seule vraie religion, en particulier, à cette articulation entre l'évolution historique et la convergence pneumatique.

Etant, par tempérament, d'un très grand pessimisme, y compris sur la valeur toute relative de mes arguments, j'ai longtemps cru que j'exagérais, que je n'avais pas de moyens de vérifier la validité de mon hypothèse de travail, pas de raisons de croire en sa solidité éventuelle ou incertaine, en d'autres termes, pas le droit de dire ou de penser cela, au point d'attribuer à des évêques, à des journalistes, à des théologiens, une philosophie de la religion qu'ils n'ont peut-être pas.

Et puis un jour, au hasard de mes recherches, je suis tombé sur ce qui suit, à l'intérieur de l'article Culture, sur le site Wikipédia.

" Évolution, diffusion et sélection culturelles

• Principes généraux de l’évolution culturelle

Les cultures concernant la seule espèce humaine, et que l'on peut repérer, dans le vivant, au lien étroit qu'elles entretiennent avec le langage symbolique et avec les formes spécifiques d'organisation, les techniques et technologies qui en découlent, se modifient sans cesse depuis leur émergence, il y a plusieurs centaines de milliers d'années.

Elles se situent dans le prolongement des cultures des primates qui furent nos ancêtres, et qui ressemblaient plausiblement en partie à celles qui sont encore celles de "nos cousins" les grands singes.

Toutefois, entre l'utilisation de la voix (dans l'aria des gibbons) ou le recours à l'instrumentation simple, voire jour de relations sociales très complexes (chez les chimpanzés), et le fonctionnement découlant d'une interposition d'une grille de signifiants commune entre les individus d'une même société et le monde, il existe une rupture.

Celle-ci est difficilement niable, quels que soient les efforts -méritoires et fort utiles - pour abolir la notion de "propre de l'homme", qui reste à expliquer, notamment pour ce qu'il a entraîné une divergence assez extraordinaire entre le destin de notre espèce et ceux des autres, les plus proches.

Il se manifeste deux lignes d'analyse antagoniques sur ce problème :
l'une met en avant légitimement l'appartenance de l'humanité à la nature, et se défie des préjugés religieux (préférant situer l'origine de l'homme dans une décision divine), ou de la réticence largement partagée à accepter que nous sommes aussi une espèce animale.

La seconde, fondant les sciences humaines et sociales, tente de résister à un "naturalisme" réducteur en défendant leur domaine propre, irréductible à d'autres niveaux de réalité : le domaine d'une anthropologie qui trouve précisément son territoire dans l'étude de ce que l'homme ne partage pas avec les autres animaux.

Il faut sans doute dépasser les formes dogmatiques de cet antagonisme inévitable pour définir plus finement le rapport de "continuité naturelle" entre cultures des primates et cultures humaines, et l'apparition d'une divergence spécifique.

Pour ce faire, on peut recourir jusqu'à un certain point à l'analogie entre la "longue évolution" (du vivant) et la "très courte" (de la culture humaine) : des biologistes (comme Jean Claude Ameisen) ont étudié l'histoire des bactéries, afin de comprendre l'incroyable complexité des mécanismes assurant vie et mort des cellules dans les organismes multicellulaires. Ils concluent à la nécessité de reconstituer des "époques disparues", pour interpréter la situation présente, et comprendre des phénomènes comme le cancer.

D'autres biologistes se sont intéressés davantage à l'histoire des espèces elles-mêmes : dans tous les cas, l'analogie avec les histoires humaines se révèle heuristique, quitte à payer le prix de l'anthropomorphisme en dotant les gènes ou les cellules de traits humains intentionnels comme des "intérêts", ou des "stratégies".

En revanche, les spécialistes des sciences humaines utilisent peu le recours aux savoirs biologiques. Ils ont sans doute tort en partie, mais leurs arguments n'ont rien à voir avec une variante du "Créationnisme" : ils tentent seulement de mettre au point des outils d'analyse qui ne soient pas d'abord importés d'autres disciplines, alors que dans leur propre domaine (notamment pour la période de moins de 30 000 ans pour laquelle ils disposent de traces incontestables de la culture symbolique : rites funéraires, représentations, systèmes de signes), la diversité et la confluence, bref le mouvement des cultures, semble obéir en priorité à des lois spéciales.

• Analogies avec l'évolution biologique

Tout comme il y a une évolution biologique, certains éthologues, ainsi que plusieurs généticiens, estiment qu’il y a une évolution culturelle, et que cette évolution se fait par mutation, puis est transmise par des "gènes" de la culture, appelés mèmes, qui subissent une pression sociale et environnementale, aboutissant à leur disparition ou au contraire à leur expansion (propagation).

La spécificité durable des cultures humaines est qu’elles fonctionnent comme des "conversations politiques" entre positions différentes, des processus de propositions-objections, réorganisant constamment les collectifs sociaux.

La disparition d’une culture n’est donc pas nécessairement la "mort" d’un organisme, mais le passage à une autre configuration conversationnelle ; l’abandon de certaines métaphores collectives pour d’autres.

L'analogie avec l'évolution des formes vivantes demeure intéressante et fructueuse car, comme les cultures langagières humaines, les espèces biologiques sont les produits d'une histoire : elles ne "meurent" pas comme les organismes, mais se transforment.

Comme l’a montré l'anthropologue britannique Mary Douglas, aucune culture humaine n’est "homogène" : elle résulte toujours d’une différenciation interne entre partisans (ou adeptes) de valeurs plus individualistes, de valeurs plus collectives, de solutions organisationnelles hiérarchiques et enfin de formes de résistance passive ou active à toutes les valeurs en vigueur.

Même dans les sociétés dites — à tort — "primitives" et supposées "sans histoire", il n’existe pas de stabilité culturelle, de consensus sans résistance, d’unicité sans variations individuelles ou collectives.

De la même façon, il n'existe pas d'espèces "homogènes" constituées d'individus tous identiques, toute espèce se caractérise en effet par un répertoire de gènes communs mais aussi une diversité génétique entre les individus qui la composent.

Dans une espèce donnée, l'apparition et la diffusion de nouveaux allèles résultera d'une compétition au sein du pool génétique, elle aussi marquée par une "résistance" au changement quantifiable en termes de dérive et d'antidérive génétique.

L'analogie entré évolution biologique et évolution culturelle doit toutefois être mesurée : il ne s'agit pas des mêmes espaces de temps, l'évolution du vivant courant sur des centaines de millions d'années, alors que les cultures humaines se distinguent des cultures des autres primates par le fait qu'elles se développent probablement seulement depuis quelques centaines de milliers d'années, certains linguistes datant même l'émergence du langage symbolique à moins de 60 000 ans.

Une autre différence substantielle, entre évolution des vivants et évolution des cultures humaines, est leur tendance à s'organiser sur certains plans en une "culture mondiale" unitaire : or si la vie ne se reproduit et n'évolue que par la mise en compétition d'une multitude d'espèces et d'organismes, elle ne connaît pas l'organisation unique.

L'idée même d'une unique espèce ou d'un unique organisme serait absurde. On peut d'ailleurs s'interroger sur le sens que peut prendre la tendance à une société "planétaire".

• Histoire et devenir des cultures humaines

Depuis que les primates humains ont adopté le langage symbolique pour représenter leurs relations, celui-ci les a entraînés dans un mouvement rapide qui les distingue des cultures des autres primates (telles que les décrit par exemple l’éthologue Frans de Waal, lorsqu’il parle de « politique du Chimpanzé ») : les mots fixés par les systèmes de signifiants ne sont en effet jamais assez précis et englobants pour empêcher la controverse. Ainsi l’histoire des cultures (à commencer par celle des mythes étudiés par Claude Lévi-Strauss) est-elle celle d’une sorte de "course-poursuite" entre différentes façons de "prendre la vie".

Il est possible que la culture mondiale en formation réduise la richesse des possibilités des milliers de cultures encore existantes, mais elle pourra difficilement absorber dans un modèle unique les différentes "passions fondamentales" dont elle est le lieu d’expression, non seulement dans l’art ou la religion, mais aussi dans l’activité pratique et dans le débat politique. "

La phrase qui a le plus retenu mon attention est celle-ci : " La disparition d’une culture n’est donc pas nécessairement la "mort" d’un organisme, mais le passage à une autre configuration conversationnelle ; l’abandon de certaines métaphores collectives pour d’autres. "

Appliqué au christianisme catholique, ce mode de raisonnement débouche à mon sens sur des conséquences à la fois catastrophiques et vertigineuses : imaginons, par exemple, un diocèse sans prêtres : la disparition de cet élément de culture ne serait donc pas nécessairement la "mort" d’un organisme, mais le passage à une autre configuration conversationnelle ; l’abandon de certaines métaphores collectives pour d’autres.

Quelques remarques plus rapides :

1. d'une part,

- la mise en avant de la charité en tant que rectitude existentielle mise en relation avec l'Homme et mise au service de l'Homme, comme si la charité n'était pas due à Dieu, au seul vrai Dieu, AVANT d'être due aux hommes, et non à l'Homme,

ET

- la mise en retrait de la foi, inspiration "descendante", et non aspiration "ascendante", en tant que certitude existentielle, sur ce que Dieu, le seul vrai Dieu, dit de lui-même, de son être, de son agir, de son Amour, de sa Lumière, mais aussi sur ce qu'Il dit, non à l'Homme, mais aux hommes (et aux femmes aussi, bien sûr) sur leur nature et sur leur vocation.

2. d'autre part,

- la mise en retrait des exigences les plus élémentaires et les plus fondamentales, en matière d'intelligence de la Foi, de ses fondements, de son contenu ;

ET

- la mise en avant, je dirai même la curieuse fortune, de la notion de sensibilité : de toute évidence, quand la sensibilité du croyant est bien plus prise en considération que l'intelligence de la foi, on en arrive à dire qu'une religion est bonne, non parce qu'elle est vraie, mais parce que les principes et les pratiques qui la caractérisent correspondent pleinement à la sensibilité de ceux qui croient, en "Dieu", par elle.

Ce qui précède ne constitue, je le rappelle, qu'une hypothèse de travail , j'ai essayé d'identifier et de localiser les quatre points cardinaux de la philosophie de la religion des catholiques humanitaristes : évolutionnisme, convergentialisme, existentialisme, sentimentalisme.

Voilà, à mes yeux, ce que nous avons en face de nous ; la dénonciation de ces quatre points cardinaux me paraît au moins aussi importante que le combat à mener sur d'autres terrains, plus concrets, liturgiques, pastoraux,ne serait-ce que pour éviter la perspective suivante : le confinement, la relégation, des catholiques traditionalistes, à l'intérieur, je le dis comme je le pense, de réserves indiennes, dont ils ne pourront pas "se plaindre", puisqu'elles leur auront été accordées, mais aussi et surtout dont ils ne pourront pas "sortir", pour aller préciser ou rappeler, au sein même de l'Eglise, les points non négociables de la foi catholique, car cela le sera refusé.

En définitive, la perte du sens du sacrifice est allée de pair, dans l'Eglise catholique, avec la perte du sens de la satisfaction : la vocation du chrétien

- n'est pas avant tout de se mettre en relation avec l'homme, de se mettre au service de l'Homme, ou plutôt de l'idée qu'il en a, de la vision qu'il s'en fait,

- mais est avant tout de donner satisfaction à Dieu, au seul vrai Dieu, avec l'aide de la grâce de Dieu, sous la conduite et en direction du Fils unique de Dieu, et au sein de l'unique Eglise de Dieu.

De mon point de vue, c'est à cet endroit là qu'il faut placer le combat, non, évidemment, contre des personnes, ni, avant tout, contre des pratiques, liturgiques ou pastorales, mais contre les principes fallacieux, situés en amont et en surplomb de ces actes concrets, aussi déplorables ou regrettables ceux-ci soient-ils.

Je termine ce message à travers cette dernière remarque : il est question de pluralisme en matière de religions.

D'une part, où se situe donc la réalité de la diversité, donc de la pluralité des diverses croyances ou religions, si leurs représentants ou responsables consacrent chaque année un peu plus de temps

- pour mettre en avant les points d'évolution dans la convergence et de convergence dans l'évolution qui leurs sont communs

et

- pour mettre en retrait les points synonymes de réaffirmation de leurs spécificités respectives ?

D'autre part, ce pluralisme là n'est-il pas le cache-misère du ralliement, pour ne pas dire de la soumission, des membres de "l'infosphère" catholique humanitariste à un relativisme dont on veut taire le nom ?

Or, le relativisme et le subjectivisme, c'est le libéralisme, en l'occurrence, en matière de religion(s) ; ainsi, au sein même de l'Eglise, aujourd'hui,

- on ne veut pas de la dictature vraiment malfaisante du relativisme, dans l'ordre de L'AGIR, moral, social, économique, éducatif,

mais

- on ne dit pas non à l'hégémonie faussement bienveillante du relativisme, dans l'ordre du CROIRE, de la foi en "Dieu", source et sommet, en quelque sorte, de la "foi" en l'Homme.

Je vous prie de bien vouloir m'excuser pour ce trop long message, qui n'est peut-être, au surplus, ni très intéressant, ni très original ; j'espère simplement que complémentairement aux incriminations et récriminations qui me souvent penser que le Forum catholique est beaucoup trop fréquemment synonyme de Forum polémique, il y aura toujours, sur le FC, un espace d'expression et une liberté d'expression, en faveur de réflexions à la fois comparables et supérieures à celle à laquelle je viens d'essayer de me livrer.

Bonne journée à tous.

Scrutator.


La discussion

 La philosophie de la religion des catholiques huma [...], de Scrutator Sapientiæ [2011-03-19 10:17:59]