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JUILLET 2003 A MARS 2011

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Auteur : Ennemond
Sujet : Réponse à l'abbé Paul Aulagnier
Date : 2011-03-17 22:02:50

Cher Monsieur l’abbé,

Pardonnez-moi de commencer par parler de ma personne, mais il y a quelques semaines, vous m’aviez écrit « Vous allez devenir le grand historien de Mgr Lefebvre ». Même si je ne le croyais pas, j’ai bien entendu été très flatté. Toutefois, je n’imagine pas que vous ayez adressé un tel compliment à quel qu’un qui se serait forgé une idée totalement fausse d’un Marcel Lefebvre figé et braqué. En effet, son passé de missionnaire le fait entrevoir comme un personnage nuancé (sauf sur la foi). Ses contemporains - à toutes les époques – parlent de sa capacité à s’adapter aux terrains (Libreville, la brousse, Mortain, Dakar, la rue Lhomond, etc.) et aux personnes. Et vous avez bien raison de montrer qu’à chaque époque, il tire les conséquences de son expérience pour ajuster son jugement. Mgr Tissier de Mallerais a, par exemple, bien montré son évolution de plus en plus réservée à l’égard de la nouvelle messe.

C’est sans doute affermi par l’échec des pourparlers de mai 1988 qu’il a écrit les lignes que je vous ai citées. À peu près à cette même époque, lors d’une réunion des prêtres du district de France à la sortie de Saint-Nicolas du Chardonnet, il vous dit – et c’est vous-même qu’il l’avez rapporté : « Préparez-vous pour un combat de longue durée ». Vous commentiez en 2000 cette phrase dans la Tradition sans peur (que vous m’avez dédicacé) : « Le problème, c’est que le combat des traditionalistes catholiques depuis le Concile, le combat de Mgr Lefebvre, le combat de l’abbé Dulac, de Dom Guillou, de l’abbé Coache et des grands noms qui nous ont précédés a toujours été un combat doctrinal. On ne supprime pas un conflit doctrinal avec quelques grains d’encens... » (p. 250)

Sans doute, la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X peut-elle régulariser sa situation. Il y a au fond des écueils de tous les côtés. Elle peut ne pas résoudre les problèmes canoniques et voguer dans le séparatisme et la décrépitude. Elle peut aussi – le risque existe également – s’accorder avec Rome et y perdre la cohérence de son combat. Entre les deux il y a la « ligne de crête » de Mgr Fellay qui mesure tous ces dangers. La Fraternité peut, enfin, se résoudre à mettre au point de concert avec Rome une structure canonique tout en conservant son âme. Rien n’est impossible et cette œuvre n’a aucun abonnement à l’irrégularité canonique.

Toutefois, cette situation canonique si elle voit le jour doit évidemment permettre de faire grandir l’œuvre et non de la mettre au pas. C’est sur l’intention de ses interlocuteurs que Mgr Lefebvre s’est basé en 1988 – et que vous l’avez d’ailleurs courageusement conseillé lors de la réunion du 30 mai au Pointet : « C’est pourquoi, constatant cette volonté ferme des autorités romaines actuelles de réduire à néant la Tradition et de ramener tout le monde dans cet esprit de Vatican II et cet esprit d’Assise, nous avons préféré nous retirer » (sermon des sacres).

Comment juger des intentions romaines à partir de là ? Pour l’archevêque, c’était tout simple, il fallait que Rome se réapproprie sa Tradition et affirme la pérennité des encycliques de Léon XIII à Pie XII. Cela aurait été un signe explicite de bonne intention. Sinon, même la plus belle structure n’aurait pas tenu. Mgr Fellay avait, il y a une dizaine d’année, fait une comparaison : A quoi nous servirait une Rolls Royce si la route est couverte de clous ? Vous-même vous ne vous contentiez pas d’une structure. En tant que supérieur de district et avec le concours des abbés de Fontgombault et de Randol, vous avez organisé des discussions sur la doctrine entre 1992 et 1995. Sans doute pouvait-on, comme l’ont fait ceux qui ont quitté la Fraternité pour la mouvance Ecclesia Dei, figer Mgr Lefebvre à une position d’avant 1988 (encore qu'elle n'aurait même pas été complète) et dire qu’il cherchait un accord canonique avant tout. Ce serait refuser de prendre en compte le fondateur d’Écône affermi par l’expérience du protocole et des sacres et ne garder qu’une vue partielle de l’homme.

C’est pourquoi, les véritables héritiers de Mgr Lefebvre sont ceux qui, tout en travaillant à la résolution de la crise, recherchent la régularisation de cette situation canonique en veillant aux intentions de ceux qui nous la proposent. Tout cela est bien entendu soumis à une estimation de la situation. Et, de ce fait, on ne peut pas dire ce que Mgr Lefebvre aurait fait ou n’aurait pas fait en ces temps où il n’a pas vécu. Toutefois, il me semble, à l’examen, que l’attitude à la fois prudente et ouverte de Mgr Fellay n’est pas en rupture. C’est même le contraire qui est vrai. Il reste à sonder les intentions aujourd’hui. Veut-on vraiment la Tradition catholique pour ce qu’elle est ? D’abord à Rome, ensuite dans les différentes parties du monde ? Je ne vous cache pas que l’attitude des communautés Ecclesia Dei, leur capacité à s’étendre, leur possibilité de témoigner de la foi, est observée avec attention.

Avec l’assurance de ma fidèle amitié,

Ennemond


La discussion

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      Merci Monsieur l'abbé , de Vulpus [2011-03-17 16:24:16]
      Réponse à l'abbé Paul Aulagnier, de Ennemond [2011-03-17 22:02:50]