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JUILLET 2003 A MARS 2011

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Auteur : Véronique (Lala)
Sujet : Lettre n° 14 de soeur Marie Lataste
Date : 2011-03-16 17:45:16

LETTRE 14, Jésus en croix fait connaître la justice de son Père, et cette connaissance est l’effroi du pécheur impénitent. Jésus en croix montre aussi sa miséricorde.
Monsieur le Curé,
C'est avec la plus entière et la plus parfaite soumission que je désire me conformer à votre volonté. Vous m’ordonnez de faire un effort et de tenter la découverte d'une expression de ce que j’éprouve dans mes méditations sur la passion.
Je vais essayer, je ferai comme je pourrai; pardonnez-moi si je ne fais point de la manière que vous le désireriez, et que ma bonne volonté me fasse trouver grâce près de vous.
Après avoir médité sur Jésus en croix, modèle de toutes les vertus, j'ai vu se dérouler la suite du plan général que je vous ai tracé. Jésus en croix fait connaître la justice de son Père, et cette connaissance est l’effroi du pécheur impénitent.
Ce sujet m’a retenue dans le tabernacle admirable pendant trois jours à l’heure de ma méditation.
Vous savez, Monsieur, et vous voyez combien la justice de Dieu apparaît dans Jésus en croix. Je ne m’arrêterai point là-dessus. D’ailleurs, dans ma méditation, cette vue de la justice divine sur Jésus en croix a brillé pendant un instant seulement, et parce que c'est là, je pense, on mystère insondable, il ne m’a point été permis de m’y arrêter. Mon intelligence et mon coeur se sont portés pendant les trois jours sur l’effroi que doit causer au pécheur impénitent Jésus crucifié.
Jésus en croix est la victime sur laquelle Dieu a exercé la rigueur de sa justice et la sévérité de ses jugements. Or, Jésus était juste et il n’avait en lui que l’apparence du péché pour lequel il venait mourir afin de sauver le monde. Que doit donc attendre le pécheur impénitent qui ne veut point renoncer à son péché, et que la mort frappera à l'heure où il y pensera le moins?
Telle est la vue générale que j’aperçus le premier jour où il me fut donné d’entrer dans le tabernacle admirable pour y voir la justice de Dieu manifestée dans Jésus en croix.
Voici la vue en son détail ou l’enseignement que mon esprit puisait dans cette vue.
Jésus était juste, saint et impeccable. Le coeur de Jésus ne pouvait ressentir l’impression d’aucun vice, d’aucune mauvaise inclination, ni de la plus petite imperfection, tandis que les saints, même les plus grands saints, par un effet de la nature corrompue, ont éprouvé en eux ces impressions, bien qu'ils n’en aient pas été les victimes. La divinité qui remplissait son coeur y enfermait la sainteté parfaite de Dieu, et repoussait par conséquent tout ce qui n'était pas saint, et l’empêchait par des barrières infinies d’arriver jusqu’à lui.
L’esprit de Jésus était éclairé de la lumière même de la divinité qui le divinisait, c'est-à-dire lui donnait la plus entière conformité et la plus grande participation à la sainteté de Dieu, pour qu'il fût l’esprit de l’Homme-Dieu.
L'âme de Jésus était remplie par la divinité qui se communiquait à elle d’une manière si intime que l'âme du Sauveur était tout absorbée dans la divinité, devenait une même chose avec elle, et pourtant sans confusion et en conservant toutes ses puissances et toutes ses facultés distinctes de la divinité. L'âme de Jésus était, comme celle des autres hommes, douée des mêmes facultés, l’entendement, la mémoire, la volonté et la raison; mais ces facultés étaient divinisées dans le Sauveur Jésus.
Le corps de Jésus était pur et saint; car son âme étant pleine de grâces, possédant toutes les vertus dans un degré infiniment plus élevé qu’on ne peut le concevoir, participant aux perfections de la divinité, étant divinisée elle-même, ne pouvait conduire le corps que d'une manière divine. Car c'est l'âme qui est le guide du corps, qui le fait agir et opère par lui ce qu'elle veut. Or, l'âme de Jésus étant divinisée par son union à la divinité, divinisait le corps de Jésus par son union avec lui. Dans le corps de Jésus se trouvait la divinité du Verbe de Dieu et l’âme de Jésus divinisée par son union avec elle; et le corps, l'âme, la divinité étaient si parfaitement unis, qu’ils ne formaient qu'un seul être ou une seule personne, la personne du Fils de Dieu fait homme; personne juste, sainte et impeccable. En Jésus il a trois substances : la substance divine, la substance de l'âme et la substance du corps. Ces trois substances font deux natures, la nature divine et la nature humaine. Ces deux natures font une seule personne, la personne du Fils de Dieu fait homme, qui s’appelle Jésus-Christ.
L'homme doit avoir en lui nécessairement le corps et l'âme. S'il n'avait que le corps, il ne serait point homme, ce serait une machine sans vie, une statue sans mouvement. S'il n’avait que l'âme, il ne serait point homme, ce serait une intelligence spirituelle; il faut, pour que l'homme existe, qu'il y ait union entre le corps et l'âme, qui se conservent sans se confondre, car l'âme ne devient point matière ni le corps un esprit. Ils se conservent mutuellement, et leur union compose l'homme.
Jésus-Christ est vraiment homme. Il est homme uni à la divinité. L'union de la nature divine avec la nature humaine ne fait point que la nature humaine soit confondue avec la nature divine. La nature humaine est parfaitement et entièrement conservée en Jésus-Christ, sans cela il ne serait point homme. La nature divine ne se confond point avec la nature humaine par son union avec le corps et l'âme de Jésus-Christ; elle se conserve telle qu'elle a été de toute éternité; s'il en était autrement, Jésus-Christ ne serait point Dieu. Aussi, de même que le corps et l'âme unis entre eux, sans se confondre, forment l'homme, ainsi la réunion de la nature divine et de la nature humaine forment, sans se confondre aucunement, une seule personne, la seconde personne de la sainte Trinité faite homme pour nous.
Tel est Jésus-Christ, Dieu et homme en même temps; par conséquent infiniment juste, infiniment saint, infiniment impeccable. Tel est Jésus-Christ, en qui rien ne peut déplaire à Dieu son Père, dont il est la splendeur et la gloire. Tel est Jésus-Christ, la justice et la sainteté par excellence. En lui par conséquent rien ne méritait le courroux de Dieu son Père, et c'est lui que je vois en croix, c'est lui que je vois victime de la sévérité des jugements de Dieu. Il n'y a en lui que l’apparence de nos péchés, dont il a voulu se charger, et cependant quelles rigueurs, quelles punitions, quelles vengeances Dieu exerce sur lui! Tous les maux que le péché a attirés sur le monde pèsent sur lui, le torturent et l’accablent.
Si le Juste et le Saint des saints est ainsi traité, que sera-ce du pécheur coupable et impénitent, du pécheur qui s’abandonne à toutes ses passions, qui se fait un plaisir d’offenser Dieu, qui se roidit et se dresse contre le ciel, qui arme le bras de la justice divine par ses iniquités, qui l’oblige à le frapper par son obstination dans le mal et son impénitence? Malédiction éternelle de Dieu, flammes vengeresses et dévorantes de l’enfer, n’anéantirez-vous point ce pécheur? Non, mais pendant l’éternité vous l’étreindrez vivant sans le lâcher jamais.
Le lendemain, je vis combien Jésus en croix doit épouvanter le pécheur impénitent qui abuse du sang de son Sauveur, en refusant de se convertir.
Jésus-Christ, par sa mort et les mérites de sa mort, nous a obtenu les grâces qui nous sont nécessaires pour opérer notre salut. Les sacrements et les actes de religion sont la source où nous pouvons aller puiser ces grâces. Que fait le pécheur impénitent? Il néglige ces grâces qui lui sont offertes, il n’en profite pas. Elles sont là devant lui pour le retirer de la mort et lui donner la vie, et il refuse la vie pour rester dans la mort. O folie et aveuglement du pécheur! Que fait-il encore? Il ne se contente pas d’abuser ainsi de ces grâces en les négligeant, il en abuse en les profanant; il les fait servir à sa ruine, à sa condamnation. O désolation des désolations et malheur des malheurs! Le péché est un effet de la faiblesse humaine; mais la persévérance dans le péché n'est-elle point un effet d'une malice satanique? Que dira ce pécheur à l'heure où Dieu lui demandera compte de l’administration de son âme? Quelle contenance fera-t-il? Quel sera son courage? Ne fuira-t-il pas dans les feux de l’enfer, parce qu'il ne pourra supporter l'œil courroucé de Dieu?
Jésus-Christ, par sa mort et par la satisfaction qu'il a offerte à Dieu pour les péchés des hommes, n'a pas voulu pour cela délivrer l'homme de toute satisfaction. Il a donné à Dieu la satisfaction que l'homme ne pouvait lui donner. Mais pour que cette satisfaction que Jésus-Christ a donnée à Dieu devienne utile à l'homme, l'homme doit faire ce qui lui est imposé et donner à Dieu la satisfaction qu’il veut agréer de sa part, après la satisfaction de son Fils sur la croix.
Or, la première satisfaction que Dieu demande à l'homme, c'est le repentir et l’intention de ne plus pécher. Dieu connaît la faiblesse de l'homme, aussi est-il disposé à lui pardonner ses fautes, dès qu'il a le repentir dans son âme.
Que fait le pécheur impénitent en face de Jésus en croix, en face de la satisfaction que le Sauveur donne à Dieu pour le salut de tous les hommes? Il dit à Dieu, il dit à Jésus : Vous me demandez satisfaction pour mes péchés, vous me demandez repentir de mes péchés, vous me demandez résolution de ne plus pécher; demandez O Dieu! et vous, Christ, demandez aussi; mais votre demande sera repoussée, le repentir ne sera jamais dans mon coeur. O parole impie, parole blasphématoire, parole qui soulève l’indignation du Très-Haut, parole qui fait tomber ses malédictions et ses vengeances! O mon Dieu! je ne puis par moi-même faire autre chose que pécher et vous offenser, mais je ne veux point persévérer dans le péché, je ne veux point résister à votre grâce. Je veux recueillir de votre bouche paternelle le pardon que vous m’offrez. Sauveur Jésus, réparateur des péchés de mon âme, vous avez eu pitié de moi, je veux du moins ne pas rendre inutiles vos souffrances et vos douleurs. Si je vous ai offensé, dès ce jour je veux vous aimer. Je déteste mes péchés; je vous promets, avec votre grâce, de les fuir comme à l’approche d’un serpent. Je veux m’unir à vous, vivre de vous, en vous et pour vous.
Ah! mieux eût valu pour le pécheur impénitent que Jésus-Christ ne fût jamais venu sur la terre. Mieux eût valu pour lui que jamais la croix n’eût élevé le Fils de Dieu entre le ciel et la terre; les crimes de ce pécheur n’eussent point été si considérables ni si outrageants pour Dieu. O sort mille fois malheureux de ce pécheur! Effroi de son âme au tribunal de Dieu et terreur à nulle autre pareille! Mon Dieu, grâce pour moi, et que je vous aime à jamais!
Le troisième jour, je vis dans ma méditation combien Jésus en croix est la terreur des pécheurs impénitents, par la grandeur des tourments qu'ils s’attirent en rendant les mérites du Sauveur inutiles.
J'ai vu l’effroi de ce pécheur avant sa mort; je l’ai vu aussi dans l’enfer. Mon âme en est encore toute saisie d’effroi.
Quels moments que ceux qui précèdent la mort d'un pécheur impénitent, quelles douleurs dans son âme, quelles terreurs en son esprit, quels regrets en son cœur, quel désespoir insoutenable! Il voit toutes les jouissances, tous les plaisirs, toutes les séductions de sa vie; il n’en reste plus rien, tout a passé, voici la mort. Toute sa vie est comme un tableau devant ses yeux. Il la regarde et il tremble, il la regarde et il désespère, il la regarde et il voudrait ne point la voir. Pauvre pécheur, s'il avait plutôt regardé Dieu et sa miséricorde, Dieu et sa bonté paternelle, Jésus et sa croix, Jésus et ses blessures, Jésus et son Cœur ouvert, Jésus et son sang, les âmes pieuses qui prient pour lui, qui ne désespèrent point de la générosité de Dieu, les âmes pieuses qui font une sainte violence à la justice divine; s'il savait lancer une parole de repentir, une parole d'amour, une parole de supplication vers le ciel, il serait sauvé! Mais non, ses yeux sont fermés et ne voient point la miséricorde de Dieu, ni la satisfaction du Sauveur, ni les prières de ceux qui l’aiment. Ses yeux sont fermés, et cependant il voit la justice de Dieu et sa main chargée de vengeances; il voit la croix de Jésus, non comme un instrument de salut, mais comme une verge éternelle qui le torturera à jamais. Il entend des voix non de prières et de supplications en sa faveur, mais des voix accusatrices pour sa condamnation. Sa bouche ne demande point pardon, elle ne prononce que des blasphèmes et des malédictions. Quelle agitation, quel trouble, quels mouvements affreux en tout son être! Pauvre pécheur! On veut le consoler, mais les consolations ne pénètrent point dans son cœur. On veut ranimer en lui la foi, et la foi reparaît non pour le sauver, mais pour le consumer comme le feu d’un vaste incendie. La foi l’éclaire et le brûle. Le bandeau de l’aveuglement est tombé de ses yeux, il voit. Mais quoi? L’éternité qui s’ouvre devant lui chargée de supplices et de maux inventés et créés par un Dieu vengeur de son nom et de sa gloire. Il voit entre Dieu et lui une distance infinie qu'il ne pourra franchir jamais, et il s’affaisse sous le poids de ses iniquités.
Quels moments et quelles souffrances!
Je vis d'autres pécheurs impénitents n’éprouver à cette heure ni peine ni remords. Il semblait que Dieu les avait abandonnés à eux-mêmes, et leur trépas ressemblait à celui des animaux sans raison.
Mais quel réveil! La justice de Dieu ne les frappera-t-elle pas d’une manière d’autant plus sensible qu'ils s'y attendent moins. Je suivis ces pécheurs dans le lieu de leur supplice.
Comment exprimer leur état, leurs peines, leurs tourments, leurs afflictions dans ce lieu d’éternelle douleur! Ils aperçoivent les perfections et les amabilités de Dieu, ou plutôt ils les comprennent sans les voir; ils comprennent que Dieu seul pouvait être leur bonheur et qu'ils en sont séparés pour jamais, et cette pensée fait leur premier et plus cruel tourment.
Ils voient la grandeur et l’énormité de leurs péchés, les grâces et les moyens de salut que Dieu leur avait ménagés dans sa bonté et dont ils n'ont point profité; et le remords le plus cuisant, parce qu'il est inutile et sans remède, fait leur second et insupportable tourment.
Ils voient que les maux qui les accablent n’auront jamais de fin, qu'ils dureront toujours et avec la même intensité. O vie désespérante qui leur fait pousser des cris et des hurlements affreux, des blasphèmes et des malédictions contre le ciel! O mon Dieu, quelle haine dans leur âme contre vous! quelle haine contre eux-mêmes! Quelle haine contre ceux qui les ont entraînés au mal! Est-ce qu'ils ne sont point au plus intime de ces âmes comme des orages d’imprécations, de malédictions, de blasphèmes, d’injures, de menaces qui sillonnent les enfers pour en raviver les flammes à jamais? Quelle vue et quel spectacle! Mon âme en fut effrayée et put à peine considérer la violence du feu de ces abîmes, et la fureur des démons à tourmenter les damnés dans tous leur sens.
Justice de mon Dieu, préservez-moi de ces rigueurs! Mon âme, de quoi me plaindrais-je? Les maux que Dieu m’envoie ne sont-ils pas un effet de sa miséricorde? Non, je ne veux point murmurer, Seigneur, de mes peines d’ici-bas, pour néanmoins en point mériter de plus terribles dans l’éternité. Faites de moi ce qu'il vous plaira. Que ma vie soit un martyre de chaque jour et de chaque instant, pourvu que je sauve mon âme! Quelles que soient mes souffrances, votre religion sainte me les rendra douces et faciles à supporter; le souvenir de l’enfer, dussent-elles durer un millier d’années sur la terre, me les fera supporter comme un fardeau léger. Que je souffre, ô Jésus crucifié, et que je vous aime toujours! Que mon corps et mon âme soient affligés par toutes les épreuves les plus fortes et les plus pénibles; mais qu'à ce prix mon coeur vous demeure attaché, qu'il ne soit jamais séparé de vous, qu'il n’ait pour vous qu’amour et reconnaissance, même au milieu de mes plus grandes tribulations!
Voilà, Monsieur, ce que j’ai vu, ce que j’ai éprouvé, ce que j’ai compris autant que mon esprit pouvait le comprendre, ce que j’ai senti en moi autant que mon âme était capable de sentiment. Je le sens, je n’ai pu vous montrer par cette lettre la lumière que j’ai vue, c'est Dieu seul qui la montre; je n’ai pu vous marquer en leur perfection les enseignements que j’ai reçus. Dieu seul pourrait le faire; je n’ai pu vous tracer les sentiments de mon cœur pendant ces heures de communications intimes avec Jésus, c'est là le secret du Roi que je ne puis dévoiler. Mais j’ai essayé de vous montrer ma bonne volonté et le désir que j’ai d’obéir à tout ce qu'il vous plaira de me commander.
Je veux terminer en vous disant, autant que je saurai m’exprimer, comment Jésus en croix fait reconnaître la miséricorde de Dieu.
La miséricorde de Dieu me fut manifestée de trois manières dans le tabernacle admirable par la vue de Jésus en croix.
La miséricorde de Dieu se manifeste dans les biens qu'elle nous donne, dans les maux qu'elle nous envoie, et dans la félicité qu'elle nous accorde dans le ciel. Or, Jésus en croix manifeste ce triple aspect de la miséricorde de Dieu.
La miséricorde de Dieu est une mer immense et infinie, dans laquelle se trouvent tous les biens, tous les dons et toutes les grâces qui nous sont réservés. Or, le péché mit au commencement un mur de séparation entre Dieu et l'homme, et Dieu ne pouvait plus faire miséricorde à l'homme ni verser sur lui l’abondance de ses bienfaits. L'homme était séparé de Dieu par une distance infinie, le péché. Mais Jésus vint sur la terre, monta sur l’arbre de la croix, rendit réparation pour le péché de l'homme, et la miséricorde continua son œuvre, en donnant à l'homme des grâces encore plus abondantes.
La miséricorde de Dieu se manifeste dans les maux qu'il nous envoie. Châtier, c'est aimer; châtier, c'est faire expier, châtier, c'est rappeler le souvenir de Dieu; châtier, c'est punir ici-bas pour ne point punir dans l’autre vie. Les maux que Dieu nous envoie sont des traits que la justice de Dieu lance sur l'âme; mais ces traits ne sont point mortels, ils sont au contraire cause de vie, parce qu'ils sont trempés dans les eaux de la miséricorde et qu'ils attirent les grâces de Dieu. Or, c'est de Jésus en croix que nous recevons cette effusion de la miséricorde de Dieu; c'est lui qui demande pardon à Dieu pour nos péchés, et nous fait envoyer les maux de la vie pour nous préserver de ceux de l’éternité. Ces maux sont une participation à ses douleurs et, unis à elles, ils nous sanctifient et expient nos péchés.
Enfin, la miséricorde de Dieu se manifeste en nous donnant le bonheur du ciel. C'est encore Jésus en croix qui manifeste sous ce rapport la miséricorde de Dieu; car c'est par sa croix qu'il a fermé les portes de l’enfer et ouvert celles du ciel. C'est par sa croix qu'il nous a délivrés de l’esclavage de Satan et rendus fils de Dieu.
O croix de Jésus, mystère dans le temps! O croix de Jésus, mystère dans l’éternité! Jésus en croix, vous ravissez nos cœurs sur la terre! Jésus en croix, vous captivez nos esprits sur la terre! Jésus en croix, vous attirez tous nos regards! Jésus en croix, vie de notre vie! Jésus en croix, mort de notre mort! Jésus en croix, bonheur et félicité de l'âme sur la terre! Jésus en croix espoir du bonheur et de la félicité du ciel!
Croix de Jésus, lumière du ciel! croix de Jésus, repos des âmes dans le ciel! croix de Jésus, lien éternel entre les âmes et Dieu dans le ciel! croix de Jésus, à vous gloire à jamais!
O Jésus en croix, que mon âme se consume à vous aimer! O croix de Jésus, que je vous porte, non un instant sur mes épaules comme le Cyrénéen, mais toute ma vie, tous les jours, et qu’avec vous je me présente à Dieu pour lui demander miséricorde pour l’éternité.
Je vous prie, Monsieur, en finissant, d’excuser ma si longue lettre et la manière dont je l’ai écrite. Vous n'y goûterez point ce que j'ai goûté dans le tabernacle admirable; vous n'y verrez point les lumières que j'y ai vues; vous n'y prendrez point les connaissances qui m’ont été données. Je donne ce que je puis donner par obéissance et de grand coeur.
Recevez, Monsieur le Curé, l’assurance de mes sentiments de vénération, de respect et d’obéissance avec lesquels je suis, Monsieur le Curé,
Votre très humble servante,
Marie.
Mimbaste, 14 août 1843.

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