...nous avons non seulement le
droit mais le
devoir de nous méfier des faux prophètes, car c’est le Christ lui-même qui nous l’ordonne. Commentant cet ordre formel du Christ, le cardinal Robert Bellarmin expliquait : “Il est vrai que le peuple doit discerner le vrai prophète du faux, mais non par une autre règle que celle-ci :
observer attentivement si celui qui prêche dit le contraire de ce que disaient ses prédécesseurs”.
Ce sont bien les fidèles que saint Robert désignait par “le peuple”. Alors, qui dois-je écouter, Griffon ou saint Robert Bellarmin (qui en l’occurrence ne faisait que répéter l’enseignement de saint Paul) ? Et quant à disposer des “informations nécessaires”, nous avons reçu les grâces de la foi et deux mille ans d’enseignement de l’Eglise : ce n’est nullement réservé à quelques spécialistes...
Quand le pasteur se change en loup, c'est au troupeau à se défendre tout d'abord. Régulièrement sans doute la doctrine descend des évêques au peuple fidèle, et les sujets, dans l'ordre de la foi, n'ont point à juger leurs chefs. Mais il est dans le trésor de la révélation des points essentiels, dont tout chrétien, par le fait même de son titre de chrétien, a la connaissance nécessaire et la garde obligée.
L’
Année liturgique, d’où est extrait ce texte parfaitement catholique, écarte par la même occasion toute objection sur notre devoir d’obéissance :
Les vrais fidèles sont les hommes qui puisent dans leur seul baptême, en de telles conjonctures, l'inspiration d'une ligne de conduite ; non les pusillanimes qui, sous le prétexte spécieux de la soumission aux pouvoirs établis, attendent pour courir à l'ennemi, ou s'opposer à ses entreprises, un programme qui n'est pas nécessaire et qu'on ne doit point leur donner.
Et remarquez qu’aucun de ces auteurs ne nous demande de porter un jugement sur la culpabilité de qui que ce soit. Le constat qui nous est demandé porte exclusivement sur la compatibilité entre ce qu’on nous prêche aujourd’hui et ce que nous a toujours enseigné l’Eglise. Un peu plus loin dans le texte déjà cité, saint Robert Bellarmin ajoute :
Il faut observer en outre que le peuple peut certes, par la règle que nous avons posée, discerner le vrai prophète du faux, mais qu’il ne peut pas pour autant déposer le faux pasteur s’il est évêque, et en substituer un autre à sa place. Car le Seigneur et l’apôtre ordonnent seulement que les faux prophètes ne soient pas écoutés par le peuple : mais non pas que le peuple les dépose.”
Saint Robert Bellarmin, Opera omnia, tome II, 1972, p. 159.
Tout ceci ne s’oppose en rien à l’assistance divine promise par le Christ, une fois qu’on a bien compris que le rôle des successeurs des apôtres n’est pas de
révéler une nouvelle doctrine, mais de
garder fidèlement la révélation transmise par les apôtres (Vatican I, session IV, chap. 4). Dans son ouvrage sur
Le messagé révélé (1964, p. 57), Mgr Journet oppose cet enseignement à la 21e proposition condamnée par le décret
Lamentabili de saint Pie X : “La Révélation qui constitue l’objet de la foi catholique n’a pas été complète avec les Apôtres”.
V.