Les saints apôtres Pierre et Paul seraient sans doute assez vexés de voir la caricature que vous avez dressée de leur démarche d'apostolat : un modèle, prêt à apprendre (du moins jusqu'à 1962), saupoudré de quelque goutte d'antisémitisme (pour eux qui étaient juifs). Bref, votre discours fait terriblement penser aux accusations des pires anticléricaux soixanthuitards décrivant l'Eglise d'antan, égrainant des mitraillettes de chapelets et imposant la foi à coup de haches. A un extrême, il est trop facile de répondre par l'autre. C'est même une pirouette.
L'apostolat, la démarche missionnaire suppose d'allier savamment vérité et charité. Deux écueils se présentent alors :
- Celui qui consiste à faire preuve de tant de ménagement à l'égard de l'interlocuteur qu'on finit par craindre de lui dire la vérité. Cela le choquerait. A l'heure où les Catholiques pensent que toutes les religions se valent, c'est le discours qui a fini par prévaloir jusqu'au cardinal Lustiger qui n'hésitait pas à dire que Judaïsme et Christianisme étaient "deux religions qui n'en font qu'une".
- L'autre écueil, c'est celui qui oublierait toute charité. La vérité paraîtrait tellement sèche qu'elle serait brandie, martelée, presque menacée. Faire croire qu'il s'agit là de la démarche qu'a adoptée l'Eglise pendant 19 siècles, laisser penser que c'est là ce que souhaitent ceux qui sont attachés à la Tradition de l'Eglise, c'est tout bonnement un mensonge car il y a un juste équilibre entre les deux.
Ménager l'interlocuteur ne dispense pas de lui dire la vérité. N'est ce finalement pas une question de forme qui va prévaloir ? Par ailleurs, il y a une différence entre chercher à amener les âmes à Jésus Christ et placer les autorités religieuses dans des situations ambigües à l'heure où les médias ne retiendront que ce qu'ils voudront. Pour l'heure, on en reste à l'opinion quasi généralisée chez les Catholiques européens que toutes les religions se valent et à la rareté des conversions de Juifs. Que fait-on désormais pour y remédier ? On s'empêche de se dire qu'il faut peut-être changer ? |