...et puisque vous parlez d'évêques, cher Hispalensis, on peut rappeler, à titre d'exemple, que le 27 janvier 1973, Mgr Matagrin, évêque de Grenoble, déclarait qu'il était malhonnête de s'appuyer pour condamner le communisme sur des textes pontificaux (c'étaient ceux de Pie XI qu'il visait de toute évidence) écrits trente ans auparavant, parce que, prétendait-il, ils ne s'appliquaient plus à la situation actuelle.
A lui et à tous ses semblables, Soljénitsyne répondait :
Les fatales erreurs de l’Occident dans son comportement à l’égard du communisme ont commencé dès 1918, quand les gouvernements occidentaux n’ont pas su voir le danger mortel qu’il représentait pour eux. En Russie, toutes les forces qui s’étaient jusque-là combattues — des soutiens de l’Etat existant jusqu’aux Cadets et aux socialistes de droite — firent alors front commun contre le communisme. Sans rejoindre leurs rangs ni s’unir dans l’action, c’est par des milliers de soulèvements paysans et par des dizaines d’émeutes ouvrières que toute l’épaisseur du peuple manifesta son opposition. Pour constituer l’Armée rouge, il fallut fusiller des dizaines de milliers de réfractaires. Mais cette résistance nationale au communisme ne fut pas soutenue par les puissances occidentales. De fantastiques fables roses couraient alors tout l’Occident, et l’opinion publique « progressiste » salua chaleureusement les débuts du régime communiste, malgré le génocide à la cambodgienne qui, dès 1921, se perpétrait dans trente provinces de Russie. (Du vivant même de Lénine, il n’y a pas eu moins d’innocents massacrés dans la population civile que sous Hitler, et pourtant les écoliers occidentaux, qui donnent aujourd’hui à Hitler le titre de plus grand scélérat de l’Histoire, tiennent Lénine pour un bienfaiteur de l’humanité.) Les puissances occidentales se bousculèrent pour renforcer économiquement et soutenir diplomatiquement le régime soviétique qui, sans cette aide, n’aurait pu survivre. Tandis que six millions de personnes mouraient de faim en Ukraine et au Kouban, l’Europe dansait.
Ce que vaut ce régime tant vanté, le monde entier l’a vu en 1941 : de la Baltique jusqu’à la mer Noire, l’Armée rouge, pourtant supérieure en nombre et dotée d’une très bonne artillerie, s’est laissé emporter comme un fétu de paille. Jamais la Russie, depuis mille ans qu’elle existait, jamais l’histoire militaire de l’humanité n’avaient encore connu pareille retraite. En l’espace de quelques mois, environ trois millions de combattants se rendirent à l’ennemi ! Cela voulait dire à l’évidence que notre peuple appelait de ses voeux la chute du communisme — et l’Occident n’aurait pas pu ne pas le comprendre si seulement il avait consenti à le voir. Mais il se figurait, dans sa myopie, que toutes les menaces étaient concentrées en Hitler et qu’il suffirait de le renverser pour qu’aucun danger ne subsistât plus sur cette terre. Et, de toutes ses forces, il aida Staline à seller le cheval de l’esprit national, aussitôt enfourché par le pouvoir communiste. Ainsi n’est-ce pas la liberté de tous que l’Occident a défendue pendant la Seconde Guerre mondiale, mais seulement la sienne propre. Et, à la fin de la guerre, il a livré à la vengeance de Staline des divisions russes, des bataillons tatars et caucasiens et, par centaines de milliers, des prisonniers de guerre et des travailleurs déportés, des vieillards, des femmes et des enfants qui ne voulaient pas retourner sous le joug — restitution qui fut opérée avec des méthodes fascisto-communistes : on a vu les soldats britanniques percer de leurs baïonnettes et de leurs balles les cosaques, leurs anciens alliés de la Première Guerre mondiale, à seule fin de s’acheter l’amitié de Staline. Et Staline, qui manipulait Roosevelt comme un jouet, n’a eu aucune peine à s’assurer la domination de l’Europe orientale : Yalta a ouvert la série des capitulations américaines, ces trente-cinq ans au fil desquels Berlin-Ouest et la Corée (toute résistance s’avérant aussitôt gagnante) n’ont marqué que de brèves interruptions. Je l’ai déjà dit, la période qui s’étend de 1945 à 1975 est comme une nouvelle guerre mondiale que l’Occident a cette fois perdue, puisque sans combattre ni tenter de se défendre, il a abandonné au communisme une vingtaine de pays.
Prions pour que Dieu accorde le bonheur éternel à cet écrivain sincère et courageux qui mettait toute son espérance en Lui !
V.