Le 1° Juillet
LE PRÉCIEUX SANG DE N.-S. JÉSUS-CHRIST
De l’Épître de saint Paul Apôtre aux Hébreux
1. (9, 11-15) Frères, quand le Christ est venu comme grand prêtre des biens à venir, il traversa une tente plus grande et plus parfaite, une tente qui n’est pas l’œuvre des hommes, – c’est à-dire qui n’appartient pas à cette création, – et est entré une fois pour toutes dans le sanctuaire, non point par le sang des boucs et des taureaux, mais par son propre sang, ayant obtenu une rédemption éternelle. En effet, si le sang des boucs et des taureaux, si la cendre de génisse, dont on asperge ceux qui sont souillés, les sanctifient en purifiant la chair, combien plus le sang du Christ qui, par l’Esprit éternel, s’est offert sans tache à Dieu, purifiera-t-il notre conscience des œuvres mortes afin que nous servions le Dieu vivant! Voilà pourquoi il est le médiateur d’une alliance nouvelle, afin que, sa mort étant intervenue pour racheter les fautes commises sous la première alliance, ceux qui sont appelés reçoivent l’héritage éternel, objet de la promesse.
2. (9, 16-22) Car là où il y a testament, il est nécessaire que la mort du testateur soit constatée. Un testament, en effet, n’est valide qu’à la suite du décès puisqu’il n’entre jamais en vigueur tant que vit le testateur. De là vient que même la première alliance n’a pas été inaugurée sans effusion de sang. Effectivement, lorsque Moïse eut promulgué au peuple entier chaque prescription selon la teneur de la Loi, il prit le sang des jeunes taureaux et des boucs, avec de l’eau, de la laine écarlate et de l’hysope, et il aspergea le livre lui-même et tout le peuple en disant: «Ceci est le sang de l’alliance que Dieu a prescrite pour vous» (
Ex 24, 8). Puis, de la même manière, il aspergea de sang la Tente et tous les objets du culte. D’ailleurs, selon la Loi, presque tout est purifié par le sang, et sans effusion de sang il n’y a point de rémission.
3. (10, 19-24) Ayant donc, frères, l’assurance voulue pour l’accès au sanctuaire par le sang de Jésus, par cette voie qu’il a inaugurée pour nous, récente et vivante, à travers le voile – c’est-à-dire sa chair, – et un prêtre souverain à la tête de la maison de Dieu, approchons-nous avec un cœur sincère, dans la plénitude de la foi, les cœurs nettoyés de toutes les souillures d’une conscience mauvaise et le corps lavé d’une eau pure. Gardons indéfectible la confession de l’espérance, car celui qui a promis est fidèle, et faisons attention les uns aux autres pour nous stimuler dans la charité et les œuvres bonnes.
Sermon de saint Jean Chrysostome (
Catéchèses baptismales 3, nn. 13-18:
SC 50, 158-162 [texte grec et traduction française] et 174-177 [tr. latine])
4. Veux-tu connaître la puissance du sang de Jésus-Christ? Revenons à la figure qui l’annonce, aux événements anciens qui se passèrent en Égypte, et que raconte l’Écriture. A cette époque Dieu a voulu envoyer la dixième plaie aux Égyptiens et frapper, la nuit, tous les premiers-nés, vers minuit, parce qu’on retenait par force son premier-né, le peuple élu. Pour ne pas frapper le peuple juif en même temps que les Egyptiens - les deux habitant le même pays - il donna un signe distinctif, un signe merveilleux pour que tu discernes la puissance de la vérité signifiée. Déjà la colère de Dieu menace et l’on redoute l’ange exterminateur qui doit visiter, toute demeure. C’est à ce moment que Moïse donne l’ordre: «Immolez un agneau d’un an, sans défaut, et de son sang marquez vos portes» (
Gn 12, 21-25). Comment? Le sang d’un agneau peut-il sauver des hommes doués de raison? Certainement pas en tant qu’il est du sang, mais parce qu’il figure le sang du Maître.
5. La statue de l’empereur inanimée et sans vie donne abri, selon le droit antique, à tout homme vivant qui s’y réfugie, non point parce qu’elle est en fonte, mais parce qu’elle représente l’empereur. Il en est de même du sang inanimé et sans vie de l’agneau; il peut sauver les âmes humaines, non point parce qu’il est du sang, mais parce qu’il figure le sang du Christ. L’ange exterminateur en voyant le sang de l’agneau sur les portes passait et n’osait pas entrer, à plus forte raison l’ennemi se tiendra-t-il à distance, en apercevant, non le sang de l’agneau aux linteaux des portes, mais le sang véritable du Christ aux lèvres des fidèles, aux portes des temples vivants de Dieu? Si l’ange craignait déjà la figure, à plus forte raison le démon fuit-il la réalité! Veux-tu connaître encore mieux la puissance du sang du Christ? Souviens-toi de son origine. Il a coulé du côté du Maître en croix. La lance du soldat ouvrit le côté et brisa le mur du temple saint. Voici, j’y ai trouvé un trésor de grâce. Et je me réjouis d’y découvrir d’admirables richesses.
6. Il en fut de même de l’agneau pascal. Les Juifs immolaient l’agneau, et nous, nous avons cueilli le fruit de la figure: «Du côté coula du sang et de l’eau» (
Jn 19, 34). Ne passe pas à côté de cet épisode, riche de significations, et considère un autre mystère qui s’y cache. J’ai dit: l’eau et le sang sont les symboles du baptême et de l’eucharistie. Dans les deux sacrements, le bain de la nouvelle naissance et le mystère eucharistique qui tirent leur origine du côté transpercé du Christ, est fondée l’Église. De son côté ouvert Jésus a bâti l’Église, comme Ève a tiré son origine du côté d’Adam. Voilà pourquoi Paul a pu écrire: «Nous sommes de sa chair et de ses os» (
Ep 5, 30; cf.
Gn 2, 23), en pensant à la plaie du côté: Dieu a pris la côte du flanc d’Adam pour former la femme, le Christ de même nous donne sang et eau de son côté pour former l’Église.
(Historique de la fête)
A l’occasion du dix-neuvième centenaire de la rédemption du genre humain, le pape Pie XI a promulgué un jubilé solennel pour commémorer un bienfait si ineffable. Voulant multiplier les grâces du précieux sang par lequel nous avons été rachetés dans le sang du Christ, l’agneau sans tache, et recommander plus intensément son souvenir aux fidèles, le Souverain Pontife a élevé au rang de première classe la fête du Précieux Sang de notre Seigneur Jésus Christ, que l’Église célèbre tous les ans.
Lecture du saint Évangile selon saint Jean (19, 30-35)
7. En ce temps-là, quand Jésus eut pris le vinaigre, il dit: «Tout est achevé.» Puis, il baissa la tête et rendit l’esprit. C’était le jour de la Préparation; pour éviter que les corps ne restent sur la croix durant le sabbat, – car ce sabbat était un jour de grande solennité, – les Juifs demandèrent à Pilate qu’on leur brisât les jambes et qu’on enlevât les corps. Les soldats vinrent donc et brisèrent les jambes au premier, puis au second de ceux qui avaient été crucifiés avec lui. Arrivés à Jésus, ils le trouvèrent mort; ils ne lui brisèrent pas les jambes, mais l’un des soldats, de sa lance, lui perça le côté et aussitôt il sortit du sang et de l’eau. Celui qui a vu en rend témoignage, – un authentique témoignage, et celui-là sait qu’il dit vrai, – pour que vous aussi vous croyiez.
Homélie de saint Augustin, évêque
(
Traité 120
sur Jean, n. 2:
BA 75, 334-337) L’évangéliste choisit soigneusement son terme: il ne dit pas: le centurion «frappa» ou «blessa» le côté du Christ, ou toute autre expression analogue, mais: «ouvrit». Car c’est là, pour ainsi dire, que fut ouverte la porte de la vie par où s’écoulèrent les sacrements de l’Église, sans lesquels on ne peut entrer dans la vie véritable. Le sang qui a été répandu l’a été pour la rémission des péchés. L’eau qui confère le salut adoucit ce breuvage. Elle fournit à la fois le bain et la boisson. Ce mystère était préfiguré par l’ordre que reçut Noé de faire, au, flanc de l’arche, une porte (cf.
Gn 6, 16) par ou entreraient les êtres vivants qui devaient réchapper du déluge, symboles de l’Église. Pour ce motif aussi, la première femme fut tirée du flanc de son mari endormi (cf.
Gn 2, 22) et reçut le nom de «vie» et «mère des vivants» (cf.
Gn 3 20 selon Septante). Un bien précieux était donc préfiguré avant que ne survînt le mal considérable du péché. Mais le second Adam baissa la tête et s’endormit sur la croix, afin que lui naquit une épouse tirée de son côté durant son sommeil. O mort, source de vie nouvelle pour les morts! Que pourrait-on trouver de plus pur que ce sang, de plus salutaire que cette blessure?
8. (
Explication du psaume 95, n. 5:
PL 37, 1231 –
CCL 39, 1346-1347) Les hommes étaient captifs du diable sous l’esclavage des démons. Mais ils furent rachetés de cette captivité. Ils avaient pu se vendre eux-mêmes, mais non point se racheter! Le Rédempteur vint et paya la rançon: il répandit son sang et acquit ainsi la terre entière. Vous vous demandez ce qu’il a acquis? Voyez ce qu’il a donné, vous comprendrez alors ce qu’il a acquis. C’est le sang du Christ qui est la rançon. Qu’est-ce qui peut valoir un tel prix sinon le monde entier, sinon toutes les nations? Ils sont vraiment bien ingrats pour leur rançon ou bien, ils sont d’un orgueil sans mesure ceux qui disent soit que ce prix trop minime ne pouvait racheter que les seuls Africains, soit qu’ils sont vraiment des êtres de grande valeur, puisque ce sang n’a été versé que pour eux. Silence à cette sotte prétention! C’est pour tout l’univers que le Christ a donné tout ce prix.
9. (
Sermon 344, n. 4:
PL 39, 1515) Le Christ a voulu prendre du sang pour nous racheter. Il l’a reçu de sa nature humaine, à seule fin de le répandre pour notre rédemption. Le sang de ton Seigneur, si tu le veux, a été donné pour toi. Si tu le refuses, il ne t’est pas appliqué. Peut-être diras-tu: mon Seigneur a eu du sang pour me racheter, soit! mais, au moment de sa passion, il l’a complètement répandu. Que va-t-il lui rester à me donner? - Mais la merveille, c’est qu’il l’a donné en une fois et pour tous. Ce sang du Christ est le salut de qui l’accepte, la condamnation de qui le refuse. Pourquoi donc hésites-tu, toi qui ne veux pas mourir, à te libérer plutôt de la seconde mort? Tu y parviendras si tu consens à prendre ta croix et à suivre le Seigneur, car lui-même a pris la sienne et est venu chercher son serviteur.