…de Monseigneur Pacelli, si vous voulez, cher Alexandre, à la fois pour vous remercier pour vos interventions très documentées sur la liturgie du jour, et pour me faire pardonner une erreur de référence : le texte publié ce matin commence à la page 53 dans mon édition (1972).
Croire aux hommes, c’est d’abord ne pas leur cacher la vérité en célébrant la vertu, la liberté, le progrès, la science, alors que le siècle va donner naissance aux bombes atomiques, aux camps de concentration, au matérialisme d’Etat, à l’amoralisme. Croire aux hommes, c’est les mettre en garde contre « une providence sociale » qui réglerait pour eux le conflit éternel entre le bien et le mal, la vérité et l’erreur et leur assurerait dans sa termitière un bonheur conditionné. Au comte Enrico Pietro Galeazzi, qui va devenir un de ses plus intimes collaborateurs et lui rend visite pour régler le détail de son séjour en Amérique, il fait une confidence qui jette la lumière sur l’homme providentiel qui assistait Pie XI...
— « Supposez, cher ami, que le communisme ne soit que le plus visible des organes de subversion contre l’Eglise et contre la tradition de la révélation divine, alors nous allons assister à l’invasion de tout ce qui est spirituel, la philosophie, la science, le droit, l’enseignement, les arts, la presse, la littérature, le théâtre et la religion. Je suis obsédé par les confidences de la Vierge à la petite Lucie de Fatima. Cette obstination de la Bonne Dame devant le danger qui menace l’Eglise, c’est un avertissement divin contre le suicide que représenterait l’altération de la foi, dans sa liturgie, sa théologie, et son âme. » Pie XII s’arrêta un moment. « J’entends autour de moi des novateurs qui veulent démanteler la Chapelle Sacrée, détruire la flamme universelle de l’Eglise, rejeter ses ornements, lui donner le remords de son passé historique. Eh bien, mon cher ami, j’ai la conviction que l’Eglise de Pierre doit assumer son passé ou alors elle creusera sa tombe. »
Mgr Georges Roche et Philippe Saint Germain, Pie XII devant l’Histoire, Robert Laffont 1972, p. 52.
Le comte Galeazzi ajoutait qu’à ce moment, le regard du futur pape lui paraissait devenu surnaturel et qu’il émanait « de ce corps long et fragile une force mystique irrésistible ».
Quant à nous, à la lumière des événements survenus depuis lors, il me semble que nous sommes mieux en mesure de vérifier le bien-fondé des paroles de Pie XII. De nombreux pays se sont libérés du communisme, mais les ennemis de l’Eglise sont plus influents que jamais, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur de celle-ci.
V.