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JUILLET 2003 A MARS 2011

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Retour sur l'invité de mardi du Forum Catholique Imprimer
Auteur : Xavier Arnaud
Sujet : Retour sur l'invité de mardi du Forum Catholique
Date : 2007-02-08 23:19:41

Je reproduis ici, avec son aimable autorisation, le résumé de la thèse soutenue par Paul Airiau le lundi 29 septembre 2003 à l'IEP de Paris. Ce résumé avait été publié alors sur le Forum Catholique, et on le retrouve dans ses riches archives.


PAUL AIRIAU

LE SEMINAIRE FRANÇAIS DE ROME
DU P. LE FLOCH
1904-1927

THESE D’HISTOIRE, SS DIR. JEAN-MARIE MAYEUR, 2003


RESUME
Depuis 1927, le Séminaire français de Rome traîne une réputation négative, liée à son recteur, le P. Henri Le Floch. Considéré comme un partisan du maurrassisme, installant dans les diocèses français ses disciples hostiles à la conciliation avec la République, il fut aussi accusé d’avoir soustrait les documents du Saint-Office établissant la condamnation de Charles Maurras par Pie X, et d’avoir fait de son séminaire un repaire d’opposants à la condamnation du nationalisme intégral par Pie XI. Il doit quitter son poste après une visite apostolique dont les résultats sont controversés. Ses élèves n’obtiennent pas de responsabilités dans l’Église de France, et seul Marcel Lefebvre accède à l’épiscopat par le biais de son appartenance à la Congrégation du Saint-Esprit. Mais l’hostilité du prélat à Vatican II et à son application, qui le conduit à la rupture avec Rome en 1988, réactive la mémoire négative que supporte le Séminaire français. Ce dernier est ainsi un des abcès de fixation du catholicisme français. L’étudier permet donc d’accéder aux mutations de l’Église catholique dans son rapport au monde moderne contre lequel elle a construit son intransigeance. En même temps, le renforcement du pouvoir papal peut être étudié par le biais de la qualité principale apportée au crédit du P. Le Floch par ses disciples : l’apprentissage de la romanité, c’est à dire un tropos, une habitude mentale et comportementale structurant l’appréciation de la réalité et l’action des prêtres catholiques. Qualité officielle avec Pie XI, la romanité est un des axes majeurs permettant d’entrer au sein du Séminaire français du P. Le Floch.

Finistérien du Porzay, né en 1862, ce dernier est issu d’une famille de tradition catholique contre-révolutionnaire. Quatre de ses arrières-grands-oncles furent des prêtres réfractaires, emprisonnés ou exilés à partir de 1791, et lui-même les prend en exemple. Pourtant, la famille Le Floch est singulière au sein d’un pays qui accepta majoritairement la Constitution civile du clergé. Son aisance, à l’image d’une région plus favorisée que le reste du Finistère, permet au jeune Henri d’être scolarisé. Mais une classique vocation précoce l’oriente vers le petit séminaire puis vers le petit scolasticat de la Congrégation du Saint-Esprit installé à Langonnet (Morbihan). Il rompt ainsi avec l’avenir que lui réservait son père, et entame un processus d’acculturation au catholicisme romain porté par les spiritains. Sans rompre radicalement avec le catholicisme breton en cours de romanisation mais conservant ses traits caractéristiques (contact important avec le monde merveilleux, présence de la mort), il entre dans une autre configuration du catholicisme, le tropos romain. Formé successivement à Langonnet et Chevilly, prêtre en 1886, il ne peut devenir missionnaire outre-mer à cause de sa santé. Il est alors orienté, en raison de ses capacités intellectuelles, vers l’enseignement de la philosophie dans les collèges que la Congrégation du Saint-Esprit a pris en charge de manière croissante depuis 1870. Passant de l’Institution Notre-Dame d’Espérance de Merville (Nord) à l’Institution Saint-Joseph d’Épinal (Vosges) après avoir obtenu son baccalauréat, il traverse une crise spirituelle liée à sa santé et aux difficultés de la vie communautaire. La stabilisation de la communauté spiritaine d’Épinal grâce à un changement de supérieur lui permet d’intégrer finalement l’ayance spiritaine. Il conquiert bientôt sa licence ès lettres, et est choisi comme supérieur de l’Institution du Saint-Esprit de Beauvais (1895). Sans réussir à donner un lustre éclatant à un collège en graves difficultés financières, il se révèle un supérieur local capable d’assurer la cohésion d’une communauté spiritaine, d’entretenir des relations cordiales avec les autorités ecclésiastiques locales sans se laisser entraîner dans les polémiques locales (Mgr Fuzet, évêque de Beauvais, est mal perçu par la grande majorité de son clergé qui lui reproche son républicanisme), d’assurer la prestance du collège dans la bonne société beauvaisine, et de faire face à l’offensive anticléricale de la municipalité qui obtient l’ouverture d’un Lycée en 1898. Aussi est-il choisi comme supérieur du grand scolasticat de Chevilly. Il continue la réforme des études entreprise par son prédécesseur (développement des travaux écrits réguliers), insiste sur le respect de la règle et n’hésite pas à introduire plus fortement l’actualité intellectuelle et politique dans les lectures de table. Prudent face à la politique anticléricale en pleine application, il n’en est pas moins personnellement antidémocrate. Malade et usé, il doit abandonner sa charge en 1904, et en profite pour rédiger la biographie du fondateur de la Congrégation du Saint-Esprit, Claude-François Poullart des Places, redécouvert à l’occasion de l’application de la loi de 1901 qui a failli voir disparaître la congrégation. Cette décharge doit aussi lui permettre de se préparer au rectorat du Séminaire français, qu’il accepte définitivement au milieu de 1904.
Fondé en 1853 par la Congrégation du Saint-Esprit, avec l’appui d’ecclésiastiques antigallicans et la bénédiction active de Pie IX, le Séminaire français est destiné à romaniser le clergé français, en formant de futurs professeurs de séminaires, ou des pasteurs et des administrateurs partisans des principes romains. Son recrutement demeure peu important jusqu’à la fin du siècle, entre 60 et 90 élèves par an. Mais ses anciens constituent un réseau soucieux d’action et d’efficacité, partisans d’une romanité qu’ils théorisent sans la nommer. Le cinquantenaire de la fondation du Séminaire, alors que le titre de « Séminaire pontifical » lui a été décerné en 1902, est l’occasion d’une célébration accentuée du rôle romanisateur de Santa-Chiara (autre nom du séminaire, dérivé de celui de l’ancien couvent Sainte-Claire dont il a investi les bâtiments). Pourtant, l’état du Séminaire n’est pas alors excellent. Une crise de recrutement, depuis 1898-1899, s’ajoute à un flottement de l’autorité (le P. Eschbach, recteur depuis 1875, est en mauvaise santé, et des tensions existent entre les différents directeurs) et à la crise moderniste en cours de développement (nombre d’élèves connaissent et discutent les thèses de Loisy, tout en s’ouvrant également aux travaux de Mgr Duchesne et de Maurice Blondel). Le respect de la règle est ainsi incertain parmi les élèves, les prêtres et les séminaristes s’autorisant des libertés (sorties sans autorisation, non respect du silence en particulier).
En quatre ans, le P. Le Floch va imposer son autorité tant sur ses collaborateurs spiritains que sur les élèves. Il obtient une équipe stable de directeurs, après des tâtonnements, et entend obtenir d’eux une collaboration fidèle et absolue. Il impose une séparation plus nette entre élèves prêtres et élèves séminaristes et insiste sur le respect de la règle comme expression de la volonté divine et moyen d’acquérir l’habitude sacerdotale. Il partage en effet la conception dominante du sacerdoce qui fait du prêtre un homme structuré par des habitudes exprimant et réalisant son tropos, son ayance, son mode d’être. Mais il insiste davantage sur l’intégration par les élèves de leur être futur en leur laissant une marge de liberté, destinée en fait à renforcer l’autocontrôle des élèves par eux-mêmes. Il se rallie également aux positions du chanoine Lahitton sur la théorie de la vocation (l’appel ressenti par le sujet n’est rien tant qu’il n’y a pas eu d’appel formel par l’Église), qui renforcent le contrôle hiérarchique sur les candidats au sacerdoce en pleine crise moderniste. Il oriente le recrutement du Séminaire français vers les élites sociales, la théorie Lahitton contrebalançant la logique des élites qui font du sacerdoce un état de vie choisi de manière raisonnée au terme d’études secondaires ou supérieures.
Le Séminaire français accentue ainsi son caractère élitiste alors que son recrutement géographique et numérique évolue. La croissance du nombre d’élèves est soutenue à partir de 1907-1908, atteignant les 120, puis les 140 en 1914, explosant après la Première Guerre mondiale pour culminer à plus de 200 en 1926. L’allongement de la durée moyenne du séjour à Rome et l’augmentation du nombre d’élèves débutant leur séminaire à Santa-Chiara en sont la raison, le recrutement étranger, traditionnel au Séminaire français, diminuant jusque dans les années 1920. Les régions de chrétienté, spécialement la Bretagne, le Nord et le sud du Massif central, continuent à fournir l’essentiel des recrues. La nomination d’évêques anciens romains permet d’obtenir des élèves de régions plutôt réticentes auparavant, ou d’accentuer les logiques antérieures. Outre les volontés épiscopales, à relativiser cependant car le Séminaire français est souvent perçu comme un lieu de formation complémentaire afin d’obtenir des diplômes canoniques, jouent aussi les choix des supérieurs des séminaires diocésains (les anciens de Santa-Chiara tendent à envoyer plus facilement à Rome), l’action des anciens qui se font recruteurs (en particulier Mgr Saint-Clair) ou la volonté des familles et des séminaristes eux-mêmes, choisissant Rome pour des raisons doctrinales ou pour son aspect élitiste. Le développement des bourses et la fondation d’une œuvre destinée à récolter des dons permet aussi de fidéliser certains recrutements locaux et d’étendre la latitude du supérieur du Séminaire français dans le choix des élèves.
Le P. Le Floch renforce ainsi le rôle du Séminaire français alors que la crise moderniste et la Séparation secouent l’Église de France. Le thomisme antimoderniste de la Grégorienne s’affirme comme la pensée officielle de Santa-Chiara, qui se spécialise également dans les études bibliques avec le P. Jean-Baptiste Frey, spiritain formé à Rome et consulteur puis secrétaire de la Commission biblique. Séminaire de combat pour des temps intellectuels troublés, le Séminaire français du P. Le Floch associe ainsi romanité, habitude sacerdotale et apocalyptisme à connotation antirépublicaine peu soucieux d’orientation sociale (dont la place se réduit d’ailleurs au profit de la dimension doctrinale, avec la fondation d’une conférence de théologie animée par les élèves sous le contrôle d’un directeur). Il augmente son audience au sein de l’Église de France, se posant comme principal pôle ecclésiastique français à Rome, contre la procure de Saint-Sulpice et Saint-Louis-des-Français, et devient un grand lieu d’accueil des évêques venus traiter des affaires avec la Curie. Les sacres de quatorze évêques par Pie X (1906), la béatification de Jeanne d’Arc (1909), l’accès au cardinalat de Mgr Dubourg (1912) puis de Mgr Sevin (1914) rythment l’accroissement de l’audience de Santa-Chiara.
Le P. Le Floch débute parallèlement une carrière curiale, qui le voit accéder à des postes de consulteur de congrégations romaines (Propagande en 1907, Consistoriale en 1908, Études en 1913). Des évêques et des anciens élèves essayent même de le faire accéder à l’épiscopat, mais sans succès face au refus de Mgr Le Roy, supérieur de la Congrégation du Saint-Esprit (le P. Le Floch ayant pris position en faveur de l’identité enseignante et non essentiellement missionnaire des spiritains, le promouvoir serait accentuer des tensions existant déjà. Le recteur se fait aussi des ennemis (sulpiciens rivaux pour la formation, partisans du Sillon et catholiques républicains) qui lui reprochent son apocalyptisme et son appui à l’Action française en qui il voit depuis au moins 1908 le mouvement le plus apte assurer la défense de l’Église face à la République. Il entend en effet promouvoir et faire se réaliser le droit public ecclésiastique, et appuie l’action du chanoine Gaudeau et de l’abbé Barbier. Au sein du Séminaire français, il est confronté en 1909 à une accusation d’immoralité lancée par un séminariste fou, qui n’aboutit pas. En 1911, une cabale menée par cinq élèves hostiles à la séparation qu’il a instituée entre prêtres et séminaristes échoue également à rendre crédibles les mêmes accusations, mais lui aliène durablement le cardinal De Lai. Il peut cependant compter sur la bienveillance du cardinal Merry del Val et de Pie X, qui voit dans Santa-Chiara un excellent séminaire nécessaire au salut de la France.
La Première Guerre mondiale voit le Séminaire français dépeuplé par la mobilisation. S’il sert d’agence de renseignements et d’intermédiaire pour les prisonniers, les familles séparés et les rapatriés, le P. Le Floch le lance aussi dans la croisade catholique française contre l’Allemagne protestante et kantienne, tout en travaillant à modifier l’image de la France auprès du Vatican (conférence de René Bazin en 1915). L’équilibre entre neutralité vaticane et catholicisme apocalyptiste caractérise ainsi la période, mais n’empêche pas le P. Le Floch de développer un projet sacerdotal pour l’après-guerre : ramener la France à Dieu en instaurant l’observation du droit public ecclésiastique. Les nombreux élèves et anciens morts au combat (un tiers des mobilisés) garantit le patriotisme et la valeur des catholiques et permet au recteur non seulement de leur rendre un culte (réalisation d’un monument aux morts en 1922) mais aussi de pouvoir prendre la défense de Benoît XV face aux accusations de philogermanisme (1919). Il se crée alors un ennemi implacable en la personne de Louis Canet, proche de Mgr Duchesne, promu conseiller pour les affaires religieuses au Ministère des Affaires étrangères lors de la reprise des relations diplomatiques franco-vaticanes.
Fidèle à son projet apocalyptiste, le P. Le Floch accentue la dimension doctrinale de la formation de Santa-Chiara après 1919. L’académie de théologie du Séminaire devient la grande affaire, et elle se consacre à partir de 1923 à étudier et commenter longuement Ubi arcano Dei, le programme de Pie XI récemment élu. L’encyclique est interprétée dans un sens intransigeantiste, voire antirépublicain par moments, et l’antimodernité absolue du Séminaire français lui aliène davantage les catholiques républicains. Dans le même temps, la puissance de la romanité augmente par la volonté de Pie XI qui en fait une qualité sacerdotale cardinale. L’identification réalisée par le P. Le Floch entre romanité et apocalyptisme ne va cependant pas de soi, de même que l’antimodernité cache des évolutions modernes au plan spirituel. La spiritualité de Thèse de l’Enfant-Jésus, canonisée en 1925, remet en cause une partie de l’habitude sacerdotale (la spiritualité ascétique et méthodique) au profit d’une infusion de l’agir par un esprit structurant ne s’actualisant pas par des habitudes.
Cela n’empêche cependant pas le P. Le Floch de participer aux réorganisation de l’Église de France après 1919, d’autant plus que son poste de consulteur du Saint-Office obtenu en 1918 lui donne davantage de poids. Il facilite la promotion d’évêques intransigeantistes (dont le cardinal Dubois à Paris), et sert d’intermédiaire discret aux prélats hostiles au règlement du contentieux avec le gouvernement français lors de la négociation sur les associations diocésaines. De nouveau accusé d’immoralité en 1921, il se justifie sans peine. Mais il est suspecté d’avoir jouer un rôle important dans la mise à l’Index de MM. Touzard et Brassac, et l’hostilité des catholiques républicains et sociaux se renforce, Louis Canet essayant de son côté de réduire autant que possible son influence, Mgr Cerretti, nonce à Paris jusqu’en 1925, abondant dans le même sens afin de substituer à la défense religieuse et au combat politique et institutionnel la conquête des classes sociales.
L’arrivée au pouvoir du Cartel des Gauches semble être l’occasion attendue, et Edouard Herriot n’hésite pas à dénoncer la théologie politique du Séminaire français à la tribune de la Chambre en janvier et mars 1925. Sans effets immédiats cependant, mais la réputation d’Action français de Santa-Chiara connaît au même moment un accroissement. Le commentaire d’Ubi arcano Dei, la propagande promaurrassienne menée par certains des principaux élèves et anciens élèves du Séminaire, l’accentuation des tensions politiques liées aux questions religieuses (diplomatie vaticane, laïcité de la République), la déclaration des cardinaux et évêques de France en mars 1925 hostile à la laïcité et l’avènement du fascisme, menant rapidement une politique procatholique et qui conduit le P. Le Floch à faire de l’apocalyptisme antirépublicain la ligne officielle du Séminaire, tous ces éléments jouent de concert.
L’avertissement à l’Action française fait par Pie XI à la fin de l’été 1926 surprend un P. Le Floch qui vient de voir un de ses anciens élèves, Mgr Le Hunsec, devenir supérieur général des spiritains. De plus, le Jubilé de 1925, l’instauration de la fête du Christ-Roi (1925) et les canonisations des victimes de la Révolution en 1925 et 1926 permettent au recteur de penser que l’apocalyptisme antirépublicain est garanti par Pie XI. Hostile à la condamnation, le P. Le Floch doit cependant surtout essayer de maintenir la paix dans son séminaire, où les partisans de l’Action française sont nombreux et revendicatifs. Essayant de réduire autant que possible la portée des propos papaux, il doit cependant donner des garanties de soumission au cardinal Gasparri agissant pour le compte de Pie XI en novembre 1926. La condamnation solennelle de décembre 1926 l’oblige à prendre clairement position, mais il n’en pense cependant pas moins et se désole en privé de la décision de Pie XI. Persuadé de la solidité de sa position, il sert d’informateur et d’intermédiaire aux évêques hostiles à la condamnation jusqu’en mars et avril 1926. Expliquant brièvement les motifs de la décision aux élèves, il laisse cependant perdurer au sein du Séminaire français une opposition maurrassienne.
Le 25 mars 1927, lors d’une audience aux élèves, Pie XI le met en garde de manière détournée. L’imprudence de deux élèves conjuguée à la sienne permet à Francisque Gay et au cardinal Cerretti de le mettre en cause. De plus un des directeurs du Séminaire, le P. Keller, appuyée par trois autres spiritains romains, l’accuse d’abord oralement, puis par un rapport qu’il dépose à Pie XI début avril, de s’opposer au pape et de ne rien faire pour obtenir la soumission des récalcitrants. Un élève porte les mêmes accusations. Afin de se protéger, le recteur demande à Pie XI une visite apostolique, qui lui est accordée. Appuyé par Mgr Le Hunsec, il obtient le départ de deux spiritains mais ne peut réussir à faire partir le P. Keller, le cardinal Gasparri, auquel l’affaire avait été soumise en raison du statut de consulteur de congrégation du prêtre, s’y opposant.
Le P. Le Floch réussit à contrôler la visite réalisée par Dom Ildefonse Schuster, abbé de Saint-Paul-hors-les-murs. Certains des élèves se soumettent et rétractent leurs accusations. Mais un des principaux accusateurs préfère quitter le séminaire. Le P. Le Floch, afin de se débarrasser du P. Keller, fait réaliser un faux certificat médical l’accusant de folie. Le rapport de Dom Schuster est remis à Pie XI fin mai, mais le pape choisit de ne pas clore l’enquête, sans informer immédiatement le P. Le Floch. Le triomphe du recteur est ainsi de courte durée, car la contre-enquête menée par le cardinal Bisleti, informé du faux concernant le P. Keller, aboutit à décider de son départ fin juin 1927, les vraies raisons (l’Action française) étant occultées par un motif canonique. L’intervention désespérée de Mgr Le Hunsec en juillet n’aboutit qu’à transformer le départ imposé en démission volontaire. La nouvelle se répand durant l’été, consterne ses amis, réjouit ses opposants. Sa divulgation par la presse à partir de septembre suscite de nombreuses interprétations et polémiques, alimentées encore par l’accusation infondée portée contre l’ancien recteur d’avoir soustrait les documents du Saint-Office condamnant Maurras en 1914, ainsi que par une lettre qu’il adresse à un journaliste et accusant le cardinal Cerretti d’être la cause de son départ.

Le Séminaire français du P. Le Floch peut ainsi servir à apprécier les rapports du catholicisme à la modernité. La spiritualité qui se développe dans les années 1920 et l’attraction exercée sur les élites sociales souligne que l’antimodernité peut être compatible avec la modernité et que celle-ci devient l’habitude réelle des catholiques, quoi qu’ils en veuillent. Le renforcement du pouvoir du pape se révèle également. La romanité devient l’instrument essentiel du contrôle du catholicisme, et le pape en est le seul interprète. Il peut ainsi partiellement rompre avec le positionnement de ses prédécesseurs, ce que Pie XI réalise pour sa part avec la condamnation de l’Action française. Le pontificat d’Achille Ratti prend alors plus nettement son visage partiellement transigeant avec la modernité politique, que les années 1922-1926 ne permettaient pas de percevoir absolument. 1926-1927 est ainsi un événement qui révèle a posteriori le sens incertain de la période antérieure, susceptible de plusieurs interprétations. La fermeture de la voie apocalyptiste et le recul de la place accordée aux médiations institutionnelles dans la catholicisation de la société aboutissent finalement lors de Vatican II. La formation donnée par le P. Le Floch aux séminaristes trouve ici aussi son paradoxalement son aboutissement : minoritaires sont ceux qui refusent le concile, fidèles à la romanité qu’ils sont acquis à Rome. Seuls Mgr Lefebvre et quelques élèves revivifient l’apocalyptisme pour refuser l’évolution d’une romanité déjà en gestation dès Pie XI, mais qu’ils n’avaient pas perçue.



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