Catho et homo, Henri de Portzamparc dénonce un « magistère austère » qui exclut plutôt qu’il n’accueille, qui divise plutôt qu’il ne multiplie.
J'ai mal à mon Eglise par Henri de Portzampac
Un orage gronde que l’Église d’en haut et son premier représentant, Benoît XVI, sont venus amplifier. Cette Église d’en haut, en mère oublieuse, cible désormais clairement ses attaques contre ses enfants homosexuels.
Déjà, en septembre, l’abrégé du catéchisme condamnait, dans les mêmes termes, viol et actes homosexuels, « péchés graves contraires à la chasteté » (art.492). Depuis, un autre texte est venu interdire la prêtrise aux séminaristes homos (même ceux qui demeurent chastes) ou qui « cultivent la culture gay ». Une « cause de non-vocation », selon le prêtre-psychanalyste Tony Anatrella lequel, sans mollir, affirme que les homos sont « immatures, narcissiques et manipulateurs ». Nul dialogue ou écoute attentive. Sur ce « douloureux problème », le monsignore homophobe ne souffre pas de débat contradictoire. Il faudra rester dans le moule ou se taire.
J’ai mal à mon Église. Tant de rejets sont devenus insupportables. Difficile de la suivre quand elle est aussi bornée, maladroite, insensible et tournée vers son passé, lorsqu’elle préfère renouer avec les intégristes sans jamais oser approcher l’autre bord ! N’a-t-elle pas vocation, pourtant, à aider le petit, le différent ou le minoritaire, en lui apportant des solutions viables ? Ne pourrait-elle avancer quelque peu. à pas mesurés certes, mais un peu tout de même ?
Nos églises se désertifient. Combien les fuient, délaissant ce chœur insensible, afin de trouver ailleurs un meilleur accueil ? Combien finissent, dégoûtés, par rejeter jusqu’à leur baptême ? Si l’Église les rejette – tout en affirmant le contraire, avec d’hypocrites sourires, mais sans nulle proposition épanouissante ou consistante –, comment s’étonner qu’en retour, ceux-là la quittent, la méprisent et lui rendent sa violence (voir le « mariage gay » organisé par Act-Up à Notre-Dame). Qui a amorcé ces maltraitances, livrant au passage des bâtons pour se faire battre ? Voilà le retour mérité de séculaires maladresses : car si l’Église ne s’acharnait autant, les gays (et plus largement les incroyants) ne lui exprimeraient qu’indifférence. Aussi, à trop pointer le doigt, on finit par se le faire mordre. Quand l’Église de Ratzinger nous retourne son ongle saillant et blessant, la main caressante de Dieu devient griffure. Assez ! Il faut que cette Église-là se calme ! Magistère austère qui, d’une main de fer, balaye tout espoir et ouverture, durcissant le ton et bouchant ses yeux. Évoluer, serait-ce donc se compromettre ?
Dieu merci, l’Église d’en bas s’active aussi, plus proche, plus humaine, plus aérée et généreuse qui, dans sa large majorité, nous accueille avec intelligence. Celle du vieil abbé Pierre dont les réponses claires, apaisantes, incarnent toute la modernité d’une Église dont je reste fier ! à 93 ans, lui incarne cette jeunesse et l’avenir : quelle leçon !
Ne nous laissons donc point abuser par ces gardes-chiourmes qui tailladent nos espérances en faisant douter de toute l’Église. Ou même de Dieu. Dieu d’Amour et de mansuétude qui, à n’en point douter, cultive la « culture gay » en se fichant de nos orientations affectives… J’ai mal à mon Église, mais je reste en son sein car, autant que mes détracteurs, je suis l’Église : avec ma particularité homo. Homme créé à l’image de Dieu. Fils, obligé de supporter les cruautés d’une Église que j’aime, malgré tout. Mère que je ne peux cesser d’aimer, parce qu’elle est ma famille. Mais c'est dur !
Aussi, je garde espoir et foi en une Église en marche vers chacun, osant se tourner vers un avenir plus florissant. Pour qu’enfin, elle multiplie, plutôt que de diviser.
Témoignage chrétien, édition du 12 janvier 2006