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JUILLET 2003 A MARS 2011

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Auteur : Taedium
Sujet : FSSPX : le terrible témoignage
Date : 2005-09-03 08:07:53

En cette fête de saint Pie X qui a été profanée il y a un an avec l'intrusion violente dans une maison religieuse d'un vigile et d'huissier, voici un document capital.

Le témoignage de ce séminariste de mai 2000 aurait pu être porté encore en juin 2004. Depuis 1998, les lettres s'étaient accumulées sur le bureau du Supérieur, venant des séminaristes, des familles, des prêtres.

Il n'y a eu aucune réaction et, encore maintenant le même prêtre pessimiste est toujours directeur de séminiare, car le Supérieur partage sa volonté d'épurer les séminaristes ...

Après la lecture de ce témoignage, qui pourra encore dire que Monsieur l'abbé Philippe Laguérie n'avait pas le devoir d'intervenir après un 30 juin 2004 qui avait vu la convocation de 6 séminaristes pour diverses sanctions, dont trois renvois sec (dont deux séminaristes de cinq années).

Les parties en gras renvoient aux principes développés dans la conférence qu'a fait ce directeur de séminaire devant 60 prêtres étonnés en avril 2005, et dont le texte "vervatim" va suivre.

Lettre adressée en mai 2000 au Supérieur de la Fraternité Saint Pie X :

" Monseigneur,

… suite à l’annonce de mon départ, j’ai eu de nombreuses demandes de la part de prêtres, de séminaristes et autres personnes vivant … <près du séminaire>, …
je me permets de vous écrire pour vous retracer les nombreux éléments qui m’ont conduit à devoir quitter le séminaire, pourtant sans aucune amertume et avec une grande paix intérieure, certain que malgré tout, la volonté de Dieu s’accomplit. Je reste cependant avec de grandes inquiétudes pour mes confrères, leur formation, leurs conditions d’étude, la croissance de l’esprit sacerdotal et de leur vocation ; en un mot, pour l’équilibre à court terme du séminaire parce qu’il se trouve être la racine de l’œuvre de Monseigneur Lefebvre, et de la restauration de la Tradition au sein de l’Eglise catholique.

Comme me l’ont demandé de nombreux confrères, ces lignes ne se veulent être qu’un témoignage afin de vous donner un éclairage ou un exemple de la situation sur le terrain sans aucune volonté, ni de nuire, ni de détruire mais bien de vous livrer la réalité, sans rien attendre en retour, ni juger car je suis bien conscient que mon état ne me le permet pas.

Je sais que mon témoignage pourra vous paraître surprenant ; il est bien normal aussi que vous le mettiez en doute. Je peux seulement vous donner mes références : je suis ingénieur … et j’ai refusé un poste de directeur du développement dans une entreprise, sans aucun regret, avant de rentrer au séminaire. Je peux aussi compter sur le témoignage des prêtres et anciens confrères séminaristes qui m’ont bien connu.

… dès mon arrivée j’ai été extrêmement surpris par la tristesse et le malaise évident des prêtres <du séminaire>, ce qui rend le choix d’un directeur spirituel bien difficile si on ne le confie pas à l’intercession de notre Dame.


J’ai été ensuite très surpris que les nouveaux arrivants <au séminaire> ne soient pas conviés à un entretien personnel avec le directeur … afin de prendre un premier contact et de mieux nous connaître et, pourquoi pas, de mieux nous apprécier mutuellement. J’ai demandé pourquoi il en était ainsi à deux confrères plus anciens, les deux m’ont répondu que le directeur n’avait nul besoin de parler avec les séminaristes pour les connaître mais que son seul coup d’œil sur la démarche de l’un ou de l’autre lui permettait de se faire une idée exacte de chacun. Surpris, mais confiant, j’en ai pris bonne note. Dans ce même sens, j’étais en récréation avec un diacre peu avant mon départ et voyais qu’il était subjugué par la personnalité du directeur, ainsi m’a-t-il confié que la connaissance parfaite qu’a <le directeur> du traité des passions de saint Thomas lui permettait de déterminer à la démarche et à la morphologie de chacun s’il a la vocation ; ainsi, m’a-t-il confié, « il a pu providentiellement épurer le séminaire dès son arrivée, et encore l’année suivante ». J’aurais encore bien d’autres témoignages sur ce sujet.

Au cours des mois qui ont suivi mon installation à <séminaire>, j’ai pu apprécier la différence avec <la première année en France> …

<Le séminaire> offre un confort matériel beaucoup plus grand quant aux conditions de vie mais surtout quant aux conditions d’étude …

Ce contraste s’est cependant vite estompé car derrière une apparence de grande quiétude, le malaise profond <du séminaire> est incontournable et seul un aveuglement volontaire permet d’y vivre sans inquiétudes.

Je vous disais lors de notre entrevue du 26 mars que ne supportais plus l’état d’esprit <au séminaire> ; cet aveu semble banal et presque trop léger mais il est en réalité lourd de signification car il repose sur des faits bien précis et très significatifs qui vont dans le sens opposé de ce que l’on peut et l’on doit attendre d’un séminaire. Toujours ce manque d’esprit sacerdotal et ce manque d’esprit de l’Eglise. Non pas que j’ai les compétences pour juger ce que doit être cet esprit mais je sais seulement que cela faisait partie des choses que j’attendais du séminaire, au moins un peu, pour m’en imprégner, et en vivre.

Un état d’esprit, c’est une chose importante car n’est-ce pas ce dont notre vénéré fondateur parle dans les statuts de la Fraternité et dans le règlement des séminaires : « l’ambiance et l’état d’esprit du sacerdoce, du sacrifice de la messe, doivent entourer les séminaristes afin de faire croître leur idéal sacerdotal, leur amour de Dieu, leur amour de l’Eglise dont nous sommes les serviteurs inutiles, leur amour et leur respect pour les âmes dans une juste dévotion à la Très Sainte Vierge Marie et aux saints, par l’intermédiaire de la liturgie et d’une bonne formation, aussi par l’exemple des prêtres ».

J’ai donc été surpris de l’absence d’exemple sacerdotal <au séminaire> où les prêtres sont physiquement présents mais « sacerdotalement » absents. Durant ce temps passé <au séminaire>, je n’ai jamais vu les prêtres manifester le souci des âmes. Ni en récréation, ni après la grand-messe du dimanche, si peu en sermon, ni durant les conférences spirituelles ! A l’inverse, combien de remarques aigres sur les hommes … comme un médecin légiste parlerait de ses patients ! Seul l’abbé … tente de faire ce qu’il peut pour combler ce vide mais manifestement, il est mis à l’écart par les autres prêtres à cause de cela.

Combien les sermons et les conférences spirituelles sont révélateurs de ces choses … il suffit de les entendre ! Combien aussi, les propos des séminaristes que je croyais sévères en arrivant se sont révélés réalistes et pleins de bon sens : « vivre au séminaire, c’est apprendre à vivre en milieu hostile », « il faut faire attention à ne pas perdre ses points-vie », « l’hypocrisie ou l’aveuglement volontaire sont la certitude de faire un parcours sans faute ».

Je n’insisterai pas sur les conférence spirituelles <du directeur>, nous en avons déjà longuement parlé durant notre entrevue. J’ai compris l’importance des conférences spirituelles au séminaire ; en effet, elles devraient être le deuxième élan spirituel de la journée, et même une préparation à la méditation du lendemain, elle devraient être l’occasion de nous transmettre et de nous imprégner de ce que nous devons avoir en commun, c’est-à-dire, l’esprit de notre société, un esprit missionnaire, sacerdotal, l’esprit de la messe. Je n’ai jamais rien entendu de tout cela. Cette année, le mot de carême n’y a jamais été prononcé.

En surface, c’est bien le calme qui règne <au séminaire> ; mais en profondeur, tout est bien agité et il ne semble pas y avoir de paix. La séparation qui s’est opérée entre prêtres et séminaristes et les très grandes libertés qui nous sont laissées, l’absence de remarques, de reproches, de conseils rendent la vie très agréable à court terme, mais sans orientation, sans direction commune. Tous ces manques permettent à tous les caractères et en particulier aux défauts de se développer, de s’exagérer sans rééquilibrage, ainsi au premier faux pas manifesté, on dit au séminariste qu’il n’a pas la vocation.


Je vous disais que le manque d’esprit de l’Eglise m’avait aussi surpris ; en effet, les éléments les plus significatifs se trouvent dans les cours de l’abbé … , dans les plaquettes éditées pour le Jubilé et dans certaines conférences spirituelles du directeur.
J’ai toujours admiré la prudence de Monseigneur Lefebvre quant à la crise, à l’Eglise, à la conduite à tenir, position dont vous êtes le continuateur, autant je dois vous faire part de mes inquiétudes quant au ton qui est donné <au séminiare> et qui me semble faire preuve de manque de prudence et d’humilité en ce qui concerne le jugement sur le Saint-Père et notre action dans la crise. En effet, de nombreux actes ou paroles du pape peuvent nous indigner, vous le rappeliez vous-même, mais vous insistiez sur le fait qu’il n’en demeure pas moins le pape et que nous ne nous plaçons pas dans la désobéissance tant que nous faisons ce que Rome devrait nous demander de faire. Il y a peut-être un mystère, et une grâce dans cette attitude que nous devons tenir. De plus, nous savons, dans la lignée de notre fondateur, que la solution ne viendra que de Rome car la justice s’applique toujours du haut vers le bas, il nous faut donc rester dans une prudence et une humilité à toute épreuve dans ce domaine. Or les propos tenus dans plaquettes éditées par le séminaire sur le Jubilé ne vont plus dans ce sens, et même ont pris une autre direction à coup de majeure suivie d’une mineure … la logique de la conclusion, elle est tue, mais s’impose ainsi au lecteur.
Combien de fois aussi, les erreurs commises par le Saint-Père sont étudiées parmi les thèses hérétiques dans les cours de l’abbé ... Aussi peu orthodoxes soient-elles, ne mériteraient-elles pas de figurer à part, avec un rappel constant et nécessaire de la prudence avec laquelle il faut les considérer et en tirer des conclusions ? En effet, s’agissant de cours, c’est tout un état d’esprit qui est transmis à de jeunes séminaristes confiants et généreux qui seront les prêtres de demain de la Fraternité.

En janvier, l’abbé … nous a donné un cours sur les apparitions privées. Cours fort attendu car il engendre trouble et mauvais esprit parmi les séminaristes. En effet, sous le prétexte louable de lutter contre l’apparitionnisme, si cela était le fléau du siècle, il s’achève par la remise en cause de toute recommandation en l’authenticité des apparitions et des révélations privées reconnues par l’Eglise ; mais surtout il remet en cause l’authenticité même de l’apparition de Notre Dame à Fatima à cause de son message « à caractère collégialiste, donc moderniste ». De nombreux séminaristes, confiants en leur maître, se sont satisfaits de ce rationalisme théologique, si bien qu’à l’heure actuelle à Ecône, la dévotion à Notre Dame de Fatima est tournée en dérision alors que l’on n’ignore pas l’attachement de notre fondateur à cette dévotion.


Ce cours fut suivi, non sans raison « logique », d’un complément sur « la femme selon saint Thomas ». Sous couvert de thomisme, il nous y est commenté, non sans un zèle amer clairement exprimé dans le texte ci-joint, que « la femme est un être déficient et imparfaitement produit qui se définit par sa déficience dans l’usage de la raison ». Le lien avec les apparitions est évident : neuf fois sur dix, ce sont des femmes qui en sont les témoins. Voilà encore une majeure, suivie d’une mineure ; la conclusion reste à l’appréciation du lecteur … et en toute « logique » elle ne s’est pas faite attendre au sein du séminaire. Le plus surprenant est que ce cours se termine par la recommandation suivante : « Ad usum privatissimum studentium (à l’usage très privé des étudiants)». Lorsque j’ai voulu faire photocopier ce cours, le professeur en question a intercepté ma demande, me faisant dire que ce cours ne devait pas être photocopié ; suite à cela, il a été retiré et chaque séminariste a reçu un exemplaire purgé.

Après les examens de milieu d’année, nous avons enfin été conviés à une entrevue avec le directeur pour la remise des notes. Cet entretien m’a beaucoup éclairé ; en effet, j’ai fait le rapprochement et l’expérience de tout ce qu’on m’avait dit au sujet <du directeur>. Manifestement, il n’avait jamais jeté un œil dans mon dossier car dès que je suis entré dans son bureau, sans me regarder il me dit : « ah, …, vous devez avoir fait deux ou trois ans de droit avant d’entrer au séminaire ! », je lui répondit : « non monsieur le directeur, j’ai fait sept ans d’études scientifiques … travail en entreprise » ; il me répondit : « ah, alors vous avez été tordu ! ». Voilà qui fut suffisant pour me faire comprendre que j’étais sur la sellette, car combien de fois nous avait-on dit en conférence spirituelle que ce qui est tordu ne peut pas être redressé !

Peu après …<on> … m’a fait part des pressions … reçues de la part du directeur et de l’abbé … à mon sujet. En effet, il sont plusieurs fois venus … pour …dire que j’avais l’air mal à l’aise au séminaire …

En mars et avril, les événements se sont accélérés ; je voyais le directeur et l’abbé … de plus en plus suspicieux à mon sujet ; des propos de prêtres et séminaristes m’ont confirmé que le directeur avait une mauvaise opinion de moi … je n’en connaîtrai jamais la raison !

…. Je suis ensuite allé chez le directeur pour lui annoncer mon départ ; sa réaction m’a montré que je ne m’étais pas trompé. En effet, ce fut pour lui aussi un soulagement. Comme il vit que je n’étais pas troublé par cela, il me parla librement, ce fut étonnant ! Il m’avoua qu’il avait « le nez pour voir à la démarche d’un séminariste s’il devait ou non rester au séminaire » ; jusque là je croyais que c’était une grâce d’état. Il précisa que « voyant mon malaise à ma démarche » il avait eu l’intention de me convoquer pour me signifier mon renvoi mais qu’il était content de voir « que j’avais craqué tout seul ». C’était trois jours après le dimanche du Bon Pasteur …

<Le directeur> m’a laissé le choix de prévenir mes confrères de mon départ. Je fus heureux de constater leur étonnement et leurs témoignages d’amitié ; enfin, beaucoup d’autres, surtout dans les années supérieures, ont insisté pour que j’aille vous voir.

Je vous confie ce témoignage comme un fils à son père en vous priant de bien vouloir m’excuser si le moindre de mes propos venait à vous choquer. Je prie pour que vous ne teniez aucun compte de ce témoignage si jamais vous estimez qu’il est sans intérêt, pas assez digne de foi ou même qu’il dépasse la mesure et la réserve que vous attendez de moi. Enfin, si vous le jugez nécessaire, je me tiens à votre disposition pour vous rencontrer et répondre à vos questions.


Je vous prie de croire, Monseigneur, en l’expression de ma profonde considération ..."


La discussion

 FSSPX : le terrible témoignage, de Taedium [2005-09-03 08:07:53]
      Mamma Mia ! , de Glycera [2005-09-03 08:28:37]
      La conférence d'un déterminisme déguisé, de Taedium [2005-09-03 08:40:45]
          L'abbé de Jorna, de Louis-Hubert Remy [2005-09-03 10:17:47]
          Directeur de séminaire ? Vraiment ?, de Nahum [2005-09-03 20:34:25]
      Remerciements, de C. Saxius Aquator [2005-09-03 17:53:32]
      [réponse], de croisé81 [2005-09-03 18:27:10]
      Et Dieu dans tout ça ?, de Dodom [2005-09-03 19:17:08]
      les trois tamis, de Adso [2005-09-05 09:39:51]
          de l'usage parcimonieux des tamis, de Accipiter [2005-09-05 10:30:59]