"Je désire que mon geste ne divise pas"
_ Que vous arrive-t-il ?
_ Michel Viot: Je suis entré dans la pleine communion avec l'Eglise catholique. Mon souci premier est celui de l'évangélisation. Pour que le monde croie, il faut que les chrétiens soient unis. L'unité n'est pas accesoire. La division des chrétiens est un obstacle à l'évangélisation.(...)
_ Cet obstacle levé, aucun autre dans l'Eglise catholique ne vous repousse ?
_ L'Eglise catholique a publié trois dogmes depuis la Réforme. Deux sur marie, et un sur l'infaillibilité du Pape. pour ce qui regarde les croyances concernant la Vierge Marie, Luther y croyait dans l'ensemble. J'admets aujourd'hui ces dogmes mariaux d'autant plus que l'Eglise affirme l'obtention du salut par la seule foi au Christ. quant à la question du Pape, il faut donner à la promesse faite à Pierre toute sa portée. Jésus, en effet, ne pouvait ignorer que la construction de l'Eglise demanderait des générations. Ce qui s'appliquait à Pierre, le premier choisi, s'applique donc à ses successeurs...
_ Votre geste est-il aussi une forme de protestation adressée au protestantisme ?
_ Je dois reconnaître que plusieurs points m'agacent. Par exemple: les Eglises réformées, avec qui les luthériens sont pourtant en union, admettent aujourd'hui des non-baptisés à la communion. C'est inacceptable. Autre problème: un laïc, par simple délégation, reçoit aujourd'hui le pouvoir de célébrer l'Eucharistie. C'est une insulte à la tradition du ministère eucharistique. Les Eglises réformées doivent vraiment se déterminer sur la question des ministères et des sacrements. Il faut arrêter les formules ambiguës alors que les luthériens et réformés n'ont pas la même vision des sacrements. En effet, une grande majorité des réformés ne croit pas à la présence réelle du Christ dans l'Eucharistie. Par ailleurs, le monde protestant en Europe est déclinant. Mis à part les Etats-Unis, la Finlande et la Norvège, les grands pays protestants comme l'Allemagne sont en plein déclin. Quand il y a déclin, il y acrise quelque part.
_ Quelles solutions proposez-vous ?
_ Il faut redonner aux gens le sens du sacré. Il faut que les sermons parlent de vie intérieure, de la vie du monde invisible. Il ne faut pas avoir peur de démonstrations extérieures. Ceratins protestants méprisent la foi populaire au nom du pur Evangile, ce qui est de l'orgueil déguisé.
_ Etiez-vous déjà attiré par l'Eglise catholique ?
_ J'ai toujours eu un attrait pour l'Eglise catholique. Elle prend vraiment en main sa responsabilité d'évangéliser et de réevangéliser l'Europe. L'Eglise catholique est une eglise qui va de l'avant, très présente au monde. Il y a une réelle dynamique. De ce point de vue, ce qu'a réalisé Jean-Paul II avec les JMJ est absolument fondamental. Elles ont des retombées. Il se passe quelque chose en profondeur. (...)
_ Votre geste va susciter de fortes incompréhensions...
_ Je désire que mon geste puisse aider au rapprochement et qu'il ne divise pas. J'espère aussi qu'il suscitera d'autres ralliements. Ce qui compte, c'est la vérité du Christ. Mon geste n'est pas une déclaration de guerre entre Eglises, d'autant que je me suis battu pour la paix entre les confessions chrétiennes. Il ne faut pas raviver les haines. Au contraire, il faut cultiver le désir d'unité pour que le monde croie. Et évangéliser avec le dynamisme que je ressens dans l'Eglise catholique; parce qu'il est fondé sur des bases solides, alors que certains protestants se posent aujourd'hui des questions sur des aspects essentiels de la foi. (...)
_ Vous n'avez jamais caché votre appartenance à la franc-maçonnerie...
_ Oui, mais j'ai abandonné depuis cinq ans les hauts grades que j'occupais. J'en suis sorti depuis un an dans la perspective de ce passage, car je considère qu'un prêtre catholique ne peut pas être franc-maçon. (...)