« Le hasard est le Dieu des imbéciles », dit Léon Bloy. J’ai justement lu hier, dans le dernier n° de FIDELITER, revue bimestrielle de la Fraternité Saint Pie X, un article de Jean Dickes sur la Tradition dans votre pays !
Je me permets de le recopier ici.
Contactez donc l’abbé Callier, qui a l’air tout à fait exceptionnel… et il vous dira tout sur la splendeur de la messe traditionnelle :
Monsieur l’abbé Callier
Prieuré St François de Sales
1, rue Neuce-des-Horts
34690 Fabrègues
tél 04 67 85 24 10
La messe le dimanche y est célébrée à 10h30, et en semaine à 18h30
Merci pour votre mot plein d’espérance… pour nous aussi !!!
Bien cordialement
In Christo
Bertrand Décaillet
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LANGUEDOC ET ROUSSILLON: TRADITION ET MODERNITE'
par Jean-Pierre Dickes
Moun Vin envoia Santad et Joya 1866. « Que notre vin vous envoie la santé et lajoie. » Une vieille pierre sculptée et scellée au-dessus du portail de la chapelle accueille les bons chrétiens. L'inscription est en langue d'oc. Nous sommes dans cette région qui a gardé par son nom celui de sa langue ; celle pratiquée par saint Dominique et saint Vincent
Ce bâtiment est de taille gigantesque. Il s'agit d'un ancien chai où le vin était traité. A cette époque, les vins du Languedoc ne bénéficiaient pas d'une appellation contrôlée et n'étaient que de consommation locale. Il faut en déduire que les gens du cru, si l'on peut dire, devaient en vérité avoir une forte soif. Nul doute que désormais une telle soif va se reporter vers quelques bienfaits spirituels. Car, certes, si le bon saint François de Sales est bien logé en cet endroit, les paroissiens mieux encore: dans une énorme bâtisse en gros moellons extraits des flancs de la montagne voisine. De formidables poutres soutiennent le toit. Et bien sûr, ces merveilleuses tuiles romaines qui font le charme des villes méridionales. Quatre cents mètres carrés d'emprise au sol. De quoi mettre fort à l'aise trois cents paroissiens.
FABREGUES
Voici donc Fabrègues, à une dizaine de kilomètres de Montpellier. Le jeune prieur, l'abbé Callier, est fort accueillant. Il habite une maison de maître devant le chai. L'ensemble a été donné en 1986 à Mgr Lefebvre par une donatrice dont le nom figure toujours sur la boîte aux lettres. Le défenseur de l'Église aimait se retrouver en cet endroit et avait souhaité que la chapelle soit mise sous le patronage de Notre Dame de Fatima. L'abbé est un admirateur du pape Pie XII. En tant que médecin, moi de même, un terrain d'entente est vite trouvé.
Les vieux de la vieille se souviennent qu'après la tourmente conciliaire, il fallait courir désespérément à la recherche de la messe. L'abbé Leperderel, à Garges-les-Gonesse, tenait bon la barre. Ceux qui avaient le courage de résister à la nouvelle messe venaient de tout le département du Val d'Oise. Moyennant quoi l'évêque avait réussi à chasser ce bon prêtre. A cette époque, il n'était pas bon d'oser faire le catéchisme en chaire. Il s'exila ainsi à Fabrègues, où il mourut un an plus tard, à une date symbole. Lui qui aimait tellement la sainte Vierge rendit à Dieu son âme admirable le 15 août 1987.
La chapelle est très fréquentée dimanche, et les paroissiens très nombreux. Mais, loin de la ville, dans ce village, l'abbé, un peu isolé, a du mal à atteindre la dimension qu’il voudrait donner à son apostolat. Il fait construire une petite école moderne derrière le chai. Celle-ci « tourne » très bien. Mais il a bien d'autres projets... Il ne chôme pas. Nous sommes à la limite du pays cévenol, où le protestantisme a toujours trouvé des racines. Effectivement, quelques paroissiens sont des protestants convertis.
Il y a aussi Boirargues, près de Lattes à desservir. Une petite chapelle sauvage accueille les estivants qui auparavant se rendaient à la plage de Montpellier. Mais, actuellement, Lattes peut être considéré comme dans la grande banlieue de Montpellier. L'abbé Carrière, un vieux résistant de la Tradition, l'avait fait construire il y a cinquante ans. Il y dira sa dernière messe à l'âge de 95 ans après l'avoir confiée aux prêtres de la Fraternité Saint-Pie X. Ceci au grand dam de l'évêque, qui ne réussit jamais à retrouver dans les papiers du brave abbé le moindre legs en sa faveur. Certes, Notre Dame de la Médaille Miraculeuse, qui a donné le nom à cette chapelle, a su reconnaître les siens.
Ce n'est pas tout. L'abbé va aussi à Béziers, où une chapelle placée sur le vocable de saint Thibéry a été aménagée dans un appartement au premier étage, en plein centre ville. Mais la chapelle n'est ouverte que le dimanche et pour les catéchismes.
NARBONNE
Changement de province. La garrigue ardente des contreforts pyrénéens est un merveilleux spectacle perpétuellement renouvelé au détour de ces petites routes bordées de vignes. Nous sommes à Narbonne. Le premier diocèse de France a été créé là par un officier de Saül auquel ce dernier était profondément lié. Paul Serge, nouvellement converti, va même donner son prénom a l'apôtre des Gentils après le chemin de Damas.
Une ville chargée d'histoire. Magnifique cité antique où il est bon de flâner à la recherche des églises. L'esprit est ici tout à fait différent. Les traditionalistes sont comme mûris par leur passé. Et aussi étonnamment accueillants.
Tout le monde a plus ou moins entendu parier de Monsieur Cathala. Viticulteur connu dans la Tradition, il est aussi un érudit. Cela ne l'empêche pas d'être très débrouillard. Il eut une idée extraordinaire; celle de reconstituer la confrérie des Pénitents blancs disparus depuis longtemps. Il existe, paraîtil, une règle canonique qui stipule que, si le dernier pénitent de la confrérie est mort depuis moins de cent ans, il est possible de reconstituer la confrérie. L'évêque sera bien obligé de l'inscrire parmi celles du diocèse de Carcassonne.
Les pénitents blancs sont habillés d'une bure de couleur écrue claire ; ils ont une corde autour de la taille et peuvent se protéger du soleil lors des processions par un capuchon. Ils sont une dizaine actuellement.
Le rôle initial de la confrérie est de veiller les morts, d'accompagner les convois funèbres, de consoler les familles. Mais surtout, bénéficiant d'un statut officiel, la confrérie a pu acheter une église du XV'siècle. Une petite merveille d'architecture construite dans un style cistercien tardif. On a peine à croire qu'il y avait naguère en cet endroit... une salle de cinéma. Des travaux importants de restauration ont été entrepris et sont toujours en cours avec l'aide des Monuments Historiques.
Les pierres tombales ont été dégagées. Compte tenu de son ancienneté, cet édifice est sans nul doute le plus beau de la Tradition dans le cadre des villes elles-mêmes.
PERPIGNAN
De Narbonne à Perpignan, nous sommes en Catalogne française, appelée aussi Roussillon. Étonnement : le nom des rues est écrit en catalan de la même façon qu'à Barcelone ou à Majorque. Cette région était rattachée aux Baléares pendant la durée de l'éphémère royaume de Majorque, de 1229 à 1344. Le fameux palais des rois de Majorque est là pour en témoigner. La mentalité est celle des Catalans ; entreprenante, efficace, industrieuse. L'abbé Vernoy est aussi un jeune prêtre de la Fraternité. Il a pas mal bourlingué en Asie. C'est un combatif.
L'association Saint-Pie V de Perpignan avait été créée en 1970. De vieux prêtres ayant maintenu contre vents et marées la messe permirent de surmonter ces années difficiles. Désormais ils reçoivent certainement auprès du Père une récompense bien méritée. Leur lutte n'a pas été vaine. Du haut du Ciel, ils savent que la « paroisse tradi » de Perpignan est la plus importante de toute la ville.
Un long chemin a été parcouru depuis le temps de cette chapelle trop petite située dans le quartier du Vernet, un ancien garage écrasé par le soleil. Plus d'un y a perdu connaissance en raison de la chaleur qui y régnait et de l'entassement des fidèles. En 1993, la Fraternité rachète un ancien immeuble. C'était à l'origine une usine où l'on décortiquait du riz. Ensuite, l'ensemble immobilier a été un dépôt de coffres-forts aménagé par une société de convoyage de fonds.
Les locaux sont absolument gigantesques. A n'en pas douter, il y a en cet endroit le plus grand prieuré de France. Rien qu'au rez-de-chaussée, le visiteur trouve une très grande chapelle, une non moins grande salle de réunion, plus divers locaux techniques. Le prieuré est bâti sur trois niveaux. Sans rire, l'abbé explique qu'il va aménager le troisième niveau de manière à faire trois logements pour les prêtres ainsi qu'un jardin suspendu.
L'étonnant est que tous ces travaux ont été réalisés par les paroissiens. Ils sont environ deux cents à la grandmesse. Le maître mot ici est le suivant : délégation. Le prieuré de Fabrègues est loin. Il faut des responsables pour les multiples taches nécessaires à l'apostolat. L'organisation est efficace. Comme disent les Anglais : the right man in the right place. L'homme qu'il faut à l'endroit qu'il faut. Il y a un responsable pour tout: cercles d'études, visites aux malades, ouvroir, bibliothèque, pèlerinage, catéchisme, entretien des locaux, table de presse, Chevaliers de Notre Dame, croisade des vocations, du Rosaire, etc. Il y a même un responsable des quêtes, des fleurs, des déplacements du prêtre et des randonnées. Un organigramme énorme et très précis a été mis au point. Chacun s'organise dans un local qui lui est affecté et où il a installé bien souvent du matériel informatique.
Il y a beaucoup de monde aux cercles d'étude et aux conférences qui ont lieu tous les mois. Il y a toujours ensuite un repas fraternel, où chacun partage ce qu'il a apporté avec les autres. Ce côté convivial a fait beaucoup pour cimenter cette communauté si vivante. « Qu'il est bon, qu'il est doux pour des frères d'être tous ensemble », chantait le psalmiste. Une mentalité exceptionnelle d'esprit de groupe s'est développée ainsi. Les possibilités d'apostolat sont actuellement considérables.
Comment ne pas mentionner que l'arbre doit être jugé à ses fruits ? Le fils d'une veuve, femme médecin, est entré au grand séminaire de Flavigny. Il était champion de France de judo. Et major de l'École Militaire de Saint Cyr-Coëtquidan. Le gouvernement en a été tellement effaré qu'il envisage de modifier le recrutement de cette prestigieuse école.
À Perpignan, la Tradition est comme un poisson dans l'eau. Elle est insérée dans le cortège des Mystéries du Vendredi saint. Tout le monde connaît ces images de pénitents cagoulés qui portent de lourdes statues au travers des villes en Espagne, notamment à Séville. De telles processions existent toujours et rencontrent un succès considérable. Mais avec le temps, elles se sont plus ou moins déconfessionnalisées pour en venir à être de simples manifestations folkloriques. Ici, elles portent le nom de cabarouxa. La présence du groupe extrêmement priant des traditionalistes a eu pour effet de redonner de la spiritualité à cette vénérable procession. Ce sont ici les Pénitents noirs.
Étonnant paradoxe entre ces trois villes du Midi ! La première où la Tradition vit essentiellement par l'activité du prêtre, la deuxième par un besoin instinctif de se rattacher à des racines culturelles, la troisième foisonnante de jeunesse et de dynamisme. Chacune se retrouvant dans un élan missionnaire différent.
L'important est que le bon Dieu y trouve son compte.
(tiré de FIDELITER juillet-août 2000 – n°142)