Sans-papiers : l'Eglise « solidaire »
l'Eglise lyonnaise aimerait que le gouvernement prenne conscience de l'insuffisance de son dispositif en matière d'asile.
-------------------------------------------------------------------------------- Après la visite vendredi 9 mai, de Mgr Gaillot aux grévistes de la faim algériens de l'Escale Cavenne, l'Église lyonnaise a voulu démontrer, lundi, qu'elle n'était jamais restée inerte tout au long de ces grèves répétées. « Même si l'Église ne peut soutenir ce genre de moyen puisque cela va à l'encontre de notre regard sur l'homme », précise le père Vincent Féroldi, délégué diocésain à la communication. Le père Gérard Danière, curé de l'église Saint-André, était venu témoigner de « son rôle de solidarité » lors de l'occupation de son église de septembre à fin octobre 2002. De même, l'Escale Cavenne - dès le départ dans le giron de la paroisse de la Guillotère - est née aussi de l'idée d'en faire un accueil de jour pour les sans-papiers. C'est ici, depuis l'épisode de la passerelle de Perrache occupée par des familles en août 2002, que sont distribués chaque jour des petits déjeuners et des goûters. Mais ce lieu, sert aussi à donner des cours de français et à accompagner les sans-papiers dans leurs démarches administratives. « Depuis que la subvention de la mairie n'a pas été renouvelée, nous recevons 150 personnes tous les matins, sous forme d'une réponse immédiate à une solution d'urgence », explique le curé de la paroisse de la Guillotière.
« Redéploiement national » Ces solutions d'urgence Bruno Lachnitt, délégué du Secours catholique, aimerait bien en voir l'issue. « Avec 8 000 demandeurs d'asile sur Lyon en 2002 et un chiffre à peu près équivalent attendu en 2003, et 1 700 personnes hébergés dont 500 à l'hôtel aujourd'hui, l'insuffisance du dispositif est évident. Mais cela demande un redéploiement national », estime-t-il. Les chiffres sont tout aussi éloquents : 90 000 demandeurs d'asile tous statuts confondus, pour 10 000 places en centre d'accueil pour demandeurs d'asile (Cada). Le gouvernement s'engage dans une volonté de réduction des délais de procédure. Mais certains sont incompressibles. « Tout cela mis bout à bout laisse un temps minimum de neuf mois pour traiter correctement une demande d'asile. La réduction des délais ne peut exonérer l'État de l'ouverture des places nécessaires », commente Bruno Lachnitt. Et de remettre le couvert, sur l'appel lancé en janvier dernier par neuf associations lyonnaises pour la création de 15 000 places supplémentaires en Cada, et relayé quelques semaines plus tard par Mgr Barbarin, Gérard Collomb, Anne-Marie Comparini, et Michel Mercier dans une lettre au Premier ministre. « Avec 17 000 places en Cada annoncées d'ici fin 2005, le gouvernement ne peut faire face aux besoins. La question des places est centrale et révélatrice de la volonté et des intentions du gouvernement. En matière d'asile on ne peut faire l'économie d'une politique plus volontariste », résume le délégué du Secours catholique. YVES PICARD
-------------------------------------------------------------------------------- Rassemblement de soutien
Au 72e jour de grève de la faim des six sans-papiers algériens de l'Escale Cavenne, une trentaine de sympathisants et membres du comité de soutien se sont rassemblés, hier vers 19 heures place des Terreaux devant l'Hôtel de Ville. Une banderole en forme de SOS, sur fond rouge, en signe d'alerte aux passants pour « les six grévistes de la faim en danger ». Des panneaux d'explications aussi, lus attentivement par quelques badauds, mais pas vraiment la grande mobilisation. Les amis des grévistes sont pourtant très inquiets sur l'état de santé des occupants de l'Escale Cavenne. En particulier, celui de Riad hospitalisé au Vinatier depuis sa tentative de suicide du 11 mars dernier. L'un d'eux explique : «Je suis allé au chevet de Riad cet après-midi. Il ne pèse plus désormais que 48 kg. Il se voit comme une bougie en train de s'éteindre. Pour les autres aussi, les médecins nous disent désormais que tout peut arriver». Un autre s'interroge : «Le Préfet attend peut-être que tous les grévistes soient hospitalisés, et laisser pourir la situation?»La visite de Mgr Gaillot le 9 mai et des témoignages d'André Gerin et de Guy Fischer ont apporté une aide au comité de soutien, qui entendait hier, rameuter les troupes à travers une assemblée générale. Une manifestation est aussi prévue des Terreaux à l'Escale Cavenne le 17 mai, à 14h. Y.P.
Source : LE PROGRES - 15 mai 2003 |