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JUIN 2001 A JUILLET 2003

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Chronique de la débâcle épiscopale Imprimer
Auteur : Lutefisk (129.177.61.xxx)
Sujet : Chronique de la débâcle épiscopale
Date : 2003-05-15 09:46:11


Lu dans Pacte, le bulletin de l'Abbé de Tanoüarn :

Chronique de la débâcle épiscopale

DE L'URINOIR A LA BOUCHERIE : LA PASSION ARTISTIQUE DE L'EVÊQUE DE POITIERS

Retardée pour cause d'encombrement, la file d'attente épiscopale s'allonge à l'entrée de cette chronique. Le livre de Mgr Albert Rouet et de Gilbert Brownstone n'en perd pas son actualité. Depuis octobre, le délai de grâce offrant à la conférence épiscopale le temps d'une marche en arrière, et à Rome celui de trouver pour l'ordinaire de Poitiers un évêché "in partibus infidelium". Les photos obscènes, hébergées sur le site internet des évêques ont disparu, mais on le doit à une campagne de presse où l'hebdomadaire Minute s'est distingué. Pour les catholiques, le scandale
est énorme, il continue et devient chaque jour plus insupportable. Le livre blasphème co-signé par un évêque, soutenu par plusieurs autres, appelle une riposte forte.

Pour le jubilé de l'an 2000, l'association Arts-Culture-Foi, présidée par l'évêque de Chalons-en-Champagne, préfacier du livre scandale, voulait une exposition. Elle voulait un geste, l'ouverture d'un dialogue entre l'Eglise et l'art contemporain. Le thème fut choisi, "Dieu et la Chair", un livre et son prolongement Internet parut plus prudent. Autour de vingt-quatre oeuvres reproduites en couleur au centre de "L'Eglise et l'art d'avant-garde - De la provocation au dialogue" se précise pour Mgr Louis un
thème qui l'obsède : "La chair est au coeur de la démarche religieuse du
christianisme". Le débat ne porte pas sur l'art chrétien, les auteurs ignorent totalement le point de vue de la foi et font preuve d'une perversion sans nom. Mgr Louis croit au début d'une aventure, à un chemin difficile où il souhaite persévérer. Il éprouve le besoin de préciser la nature des oeuvres présentées ; le sujet n'est pas religieux, et elles peuvent "heurter, choquer ou attirer l'attention par la perception que nous offrent les artistes, par une certaine beauté." Le dialogue les justifie "en vue de réaliser un monde plus viable pour tous" à partir d'un "monde dur qui écrase, qui rejette, qui exclut."

Cette vision du monde conduit les évêques à un expert, mot béni depuis Vatican II, "étonné et séduit" : l'Américain Gilbert Brownstone accepte de se charger du côté profane. Il ira d'étonnements en étonnements : "L'épiscopat français est prêt à rompre le silence sur des sujets considérés tabous. L'oecuménisme et l'humanisme dont font preuve les membres d'Arts-Culture-Foi sont inouïs." L'Eglise des pauvres ne néglige
pas les petits voyages à New York. En 1999, Brownstone leur fait rencontrer Serrano, un artiste incontournable qui "plongeait dans l'urine toutes sortes d'objets, dont des reliques." Il nous est demandé de n'y voir aucune "volonté d'outrager le crucifié", mais d'admirer "des teintes inédites" dues aux "qualités plastiques étonnantes" du liquide. Les évêques américains, en le menaçant d'excommunication, en firent une vedette et passèrent pour des inquisiteurs. Par chance, l'artiste n'en veut pas à
l'Eglise, il ouvre ses portes aux "membres du clergé français". Le Père Pousseur, secrétaire de l'association, dénoncera dans un sermon télévisé l'indignation des catholiques envers ce "très grand artiste". Sans doute des émules de ces intégristes de tout bord qui "brûlèrent les affiches du film "Je vous salue Marie" de Jean-Luc Godard". Avec les évêques français, pas de risque : "Il s'agit d'une réelle remise en cause des positions adoptées par l'Eglise." On est "soulagé" !... Les membres d'Arts-Culture-Foi "agissant pour le compte de l'Eglise catholique de France, font preuve de courage et d'audace".

Le vrai scandale est causé par le maire de New York, protestant contre une exposition où un tableau représentait "la Vierge Marie recouverte d'excréments d'éléphants et entourée d'organes génitaux découpés dans des magazines pornographiques et collés sur la toile. Pour le maire, les contribuables n'ont pas à financer de telles obscénités
antireligieuses." Avec Rouet et ses amis, rien à craindre : "Ils redéfinissent et repoussent les limites entre le profane et le sacré." Témoins : "La lecture inédite des oeuvres choisies pour illustrer le thème de la chair et Dieu" sous la plume de l'évêque de Poitiers. En voici un exemple. Mgr Rouet s'arrête devant l'oeuvre de Marina Abramovic, toute de sensibilité, de liberté, de courage, de compassion. Jugez-en : l'artiste se met en scène "au milieu d'un tas d'ossements, habillée d'une tunique blanche tachée de sang, elle tient un fémur, elle regarde cet os de façon
pensive et sereine". Le choix épiscopal s'est arrêté sur une prétendue forme l'Art corporel. Gilbert Brownstone décrit ces oeuvres parlant "de la violence, de la misère de l'humanité, de la ségrégation sexuelle, de l'irrespect, du racisme, de l'ostracisme qui dure encore." Voyez Bacon, il "met à nu sous une chair sanguinolente et proche de la viande, nos angoisses existentielles, nos paradoxes." Tel autre, au cours de ses
séances, "revêt des chasubles religieuses [kss kss, Orgue !!], dispose les entrailles de l'agneau et verse le sang d'un calice sur le corps et le sexe dénuté des auteurs." Le Français Journiac propose une "messe sur un corps" et il "donne en communion une hostie de boudin cuisiné avec son propre sang."

Voilà, selon nos évêques, "les chercheurs du souffle qui passe". "Si l'Eglise veut continuer son service de l'humanité, dit l'évêque de Poitiers avec gravité, elle doit ouvrir ou rouvrir l'oeil." On pourrait aller vomir, mais l'enthousiasme épiscopal reste confiant dans un dialogue. Les évêques ont goûté leur similitude avec les artistes. Le volant sacré de l'ouvrage tourne autour d'un surprenant commentaire du Cantique des Cantiques. L'évêque de Poitiers perçoit le livre sacré comme un poème qui
"critique vigoureusement une religion assurée, établie." Toutefois, il se défend "d'une récupération religieuse active et immodeste de la sainte Ecriture."

Et l'Eglise ? Un grand mystère ; on peut cependant dire "que l'Eglilse est une réalité traversée par une présence, trouée au plus intime d'elle-même". Comme dit Rouet : "ça me fend" ! Hélas ! Il fallut se quitter, et l'adieu de l'évêque à l'artiste sera aussi mon salut final : "Merci l'artiste, dommage que tu n'aies pas la foi."


Abbé Bruno Shaeffer

Gilbert Brownstone - Mgr Albert Rouet, préface de Mgr Gilbert Louis, "L'Eglise et l'art d'avant-garde - De la provocation au dialogue. Albin Michel, Paris, octobre 2002, 153 p., 19 euros.


La discussion

      Chronique de la débâcle épisco [...], de Lutefisk (129.177.61.xxx) [2003-05-15 09:46:11]
          Pour voir un point de vue plus modéré [...], de Henri Buci [2003-05-15 11:11:46]
              De même, de Jean [2003-05-15 13:45:30]
                  Re : De même [NT], de Henri Buci [2003-05-15 14:23:03]
              Re : Pour voir un point de vue plus modér&e [...], de PGM (216.162.67.xxx) [2003-05-15 20:21:09]
                  Re : Pour voir un point de vue plus modér&e [...], de Henri Buci [2003-05-16 09:16:15]
          Larme, de Ioannes [2003-05-15 15:54:30]
          De toute manière..., de Matthieu [2003-05-15 21:21:07]