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DICI relance le débat sur le livre Le Problème de la réforme liturgique Imprimer
Auteur : ARNAUD Xavier
Sujet : DICI relance le débat sur le livre Le Problème de la réforme liturgique
Date : 2001-06-30 10:57:07

Problème de la réforme liturgique



Débat ouvert sur le livre Le Problème de la réforme liturgique



Ce livre, présenté au Pape par la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X, est l’occasion d’un débat.

D.I.C.I. prête volontiers ses colonnes à cette affaire.

D.I.C.I., dans sa livraison du vendredi 15 Juin, n° 12, annonçait les critiques faites par un moine du Barroux – le Père
Emmanuel – dans la revue La Nef (du mois de Juin). Monsieur l’abbé Laisney lui répond :



Le Barroux prend la défense de la nouvelle messe

Le numéro de juin de La Nef présente un article du Père Emmanuel, o.s.b. du Barroux, qui critique le livre « Les Problèmes
de la Réforme Liturgique » récemment publié par la Fraternité Saint Pie X. Cette critique manifeste un manque complet de
compréhension de la crise de l’Eglise et de la technique des modernistes, telle que nous l’avons exposée dans le numéro de
mai du Bulletin St. Jean Eudes.

Reprenons les points du Père Emmanuel du Barroux :

1/ Etude de théologie positive. Le Père ose affirmer : « on doit déplorer, dans les différentes parties, l’absence d’une
enquête historique de théologie positive. »

Le but des auteurs de ce livre n’était pas d’écrire une somme de 3000 page comme certains moines, mais une présentation
résumée et solidement charpentée de la théologie sous-tendue par la nouvelle Messe. Il est clair que ces auteurs ont fait cette
étude de théologie positive, et sont familiers avec les passages cités par le Père. Mais il n’a pas du tout compris le live qu’il se
proposait de critiquer. En effet, au numéro 51, les auteurs présentent le résultat de la recherche de théologie positive :
l’expression mystère pascal se rencontre certes de rares fois dans les Pères et le Magistère avant Vatican II, MAIS elle n’avait
pas le sens que lui donne les théologiens modernes. Et il n’aurait pas été difficile au Père de vérifier ce point s’il avait fait
proprement son étude de théologie positive en lisant ce que disent ces théologiens modernes et en comparant à ce que disent
les Pères : il aurait facilement trouvé qu’ils ne désignent pas la même chose. Il est remarquable qu’un livre exposant justement
la nouvelle théologie du mystère pascal est paru précisément au mois de mars 2001 et se trouve dans toutes les libraires dites
catholiques, souvent à plusieurs exemplaires, intitulé « Le Christ notre Pâque ». Si notre bon père avait fait son « étude
historique de théologie positive » et lu ce livre, jamais il n’aurait ignoré la grande différence de sens de l’expression chez les
Pères et chez les théologiens modernistes. De même le lecteur se souvient que Vatican II cite St. Cyprien utilisant le mot
« sacramentum » pour l’unité de l’Eglise, mais lui donne un sens fort différent de celui de St. Cyprien, introduisant une idée
absolument contraire à St. Cyprien, à savoir que l’Eglise serait signe d’une « unité de salut » plus large qu’elle-même.

Vraiment le Père Emmanuel n’a pas encore réalisé que les modernistes donnent un sens nouveau à des expressions anciennes.
Que sert de citer « la doctrine traditionnelle du ‘mystère pascal’ » si on ne remarque même pas que les modernistes parlent
d’une autre doctrine du ‘mystère pascal’ ?

Que vaut une « enquête historique de théologie positive » si on ne comprend pas le sens donné par les Pères, et qu’on ne
regarde que la similitude matérielle des mots ? Voilà bien la théologie du Barroux !

2/ Citations du Magistère et de théologiens. Il faut citer le passage en entier pour bien en voir l’absurdité. « Deuxième
erreur : la confusion constante entre les textes du Magistère et ceux des auteurs privés. On nous prévient d’ailleurs avec une
candeur déconcertante que cette confusion est tout à fait voulue (n° 50) : « En chacune de ces études, nous synthétiserons les
thèses de la nouvelle théologie, puisant tantôt chez les théologiens qui sont au principe de la réforme liturgique, tantôt dans
les textes officiels post-conciliaires. » Un tel préambule suffit à réduire à néant cette étude. » Bien au contraire : il faut être
aveugle pour ignorer que les réformes conciliaires ont été élaborées par des théologiens, « experts », et ceci est
particulièrement vrai pour la liturgie. Lorsque le Magistère utilise le travail d’experts, que ce soit des bons (ainsi le Concile de
Florence utilise beaucoup St. Thomas) ou des mauvais comme dans les réformes post-conciliaires, l’étude de ces théologiens
est certainement une aide pour mieux comprendre les textes du magistère.

Analyser le nouveau rite d’après le texte de 1969 de l’Institutio Generalis, loin d’être une erreur, est une nécessité pour bien
le comprendre, car s’il y a eu une nouvelle édition « corrigée » de l’Institutio Généralis, il n’y a pas eu de correction dans le
rite de la Messe lui-même, qui a bel et bien était fait selon les principes exposés dans la version originale.

D’une part notre auteur présente le Magistère récent comme exempt de toute erreur, et d’autre part il insiste sur la nécessité
d’oublier les textes originaux « qui ne sont plus en vigueur » et de ne considérer que les dernières éditions (mais seront-elles
elles-aussi remplacées par de futures éditions « corrigées » ?)

La crise de l’Eglise vient du libéralisme, qui admet une grande gamme de nuances, depuis les extrêmes du 19° siècle jusqu’au
… Barroux inclus. A la racine de ce catholicisme libéral, il y a le désir de plaire au monde, ou tout du moins de ne pas être
l’objet de l’opposition du monde. D’où l’ouverture au monde, l’aggiornamento, la non-condamnation de nombreuses hérésies
professées même par des évêques (ex. Mgr. Koch de Bâle, voir Bulletin de mai), et l’effort pour assimiler des valeurs de deux
siècles de culture libérale (Card. Ratzinger, Entretiens sur la Foi, p. 38). Le drame de la présente crise de l’Eglise, ce sont ces
papes libéraux. Or le libéralisme chez un Pape fait qu’il n’exerce pas son autorité comme ses prédécesseurs : ainsi le Concile
a explicitement voulu ne rien définir. Ignorer que les papes conciliaires sont plus ou moins imbus de libéralisme, c’est nier
l’évidence à laquelle eux-mêmes rendent témoignage. Que faire dans une telle situation ? S’attacher à ce qui est
indubitablement solide, c’est-à-dire à la Tradition, à ce que les Papes ont enseignés avec une admirable continuité avant cette
crise, à ce que l’Eglise nous a transmis ! Et se méfier des nouveautés, même enseignées par le « magistère ». Car la Foi ne
peut pas être nouvelle. Ce qui est nouveau, par raison de sa nouveauté elle-même, ne vient pas de Notre Seigneur Jésus
Christ.

3/ « Troisième erreur, le piège de la dialectique : alors que l’Eglise distingue pour unir, le moderniste distingue pour
opposer… Ainsi celui qui défend l’aspect sacrificiel de l’Eucharistie va se trouver amener lui aussi, s’il n’y prend pas garde, à
l’opposer à l’aspect repas et à considérer comme suspecte toute allusion à l’aspect repas de l’Eucharistie. Même remarque au
sujet de l’aspect mémorial de l’Eucharistie qu’il ne faut surtout pas opposer à l’aspect sacrificiel. » Mais notre prétendu
théologien n’a pas compris que le danger de la nouvelle théologie n’est pas dans l’opposition mais dans la réduction d’un
aspect dans l’autre : elle prétend que l’aspect repas commémoratif inclut par lui-même déjà la présence réelle et l’aspect
sacrificiel. On ne voit plus alors la perfection du Nouveau Testament sur l’ancien : St. Thomas dit en effet que selon le mode
« d’image représentative de la Passion du Christ… on peut dire que le Christ était immolé même dans les figures de l’Ancien
Testament. ». Certes la Messe inclut cet aspect d’image représentative de la Passion, mais ne s’y réduit pas : ce n’est pas une
explication suffisante du Sacrifice parfait de la nouvelle alliance. Ce qui est propre au nouveau testament, c’est que « l’œuvre
de notre Rédemption s’accomplisse » à la Messe : pour St. Thomas il est clair que cela ne se réduit pas au premier mode. Il
est donc faux de prétendre simplement comme notre moine que la doctrine de St. Thomas est que l’aspect sacrificiel de la
Messe découle de sa dimension mémoriale.

4/ « Un manque de rigueur dans l’exposé des faits et leur conclusion. »

Le Père n’a pas compris la technique des innovateurs de changer l’esprit de la liturgie en déplaçant l’emphase loin des points
de doctrine qui les gênent, en augmentant l’emphase sur d’autres points, vrais en eux-mêmes mais alors déplacés. Un
exemple typique est la mise au même plan de l’Ecriture et de la Communion : ce qui est dangereux là, c’est une nouvelle
présentation de la structure de la Messe. Traditionnellement il y a la Messe des catéchumènes, préparation à la Messe des
fidèles qui comprend l’offertoire, le Canon et la communion. Cette structure, qui remonte aux premiers siècles, met bien en
valeur le Canon comme le vrai sommet de la Sainte Messe, qui est entouré dans tous les rites de marques d’égards très
grand. La nouvelle structure le fait passer rapidement entre la Liturgie de la Parole et la Communion.

Ainsi, le père Emmanuel lui-même ne respecte pas « la rigueur dans l’exposé des faits et leur conclusion », car sa citation du
n° 9 du livre tronque tout ce paragraphe. L’argument de ce paragraphe consiste dans la suppression du « climat sacrificiel qui
caractérise l’offertoire romain » et qui est manifesté par tout un ensemble de paroles ; or certaines de ces paroles sont
supprimées du nouveau rite ; la prière In Spiritu humilitatis qui mentionne une fois le mot sacrifice doit être dite secreto –
tout bas, chose très rare dans le nouveau rite, pour que les fidèles ne l’entendent pas ! Et la deuxième prière qui mentionne le
mot sacrifice, à savoir l’Orate fratres est abominablement tronquée dans les traductions, ce qui manifeste bien le soin
d’effacer le climat sacrificiel.

Notons la dévalorisation des prières de l’Offertoire : « Notons aussi qu’il aurait été plus exact de parler non pas de
‘l’offertoire romain’ mais des ‘prières qui sont apparues dans l’offertoire de la messe romaine à partir du VIIIe siècle’. »
Ces prières font-elles ou ne font-elles pas partie de l’Offertoire Romain ? De plus, autre est la simple absence de ces prières
dans une liturgie plus antique dans laquelle elles furent plus tard introduites par expression de la foi antique, autre est la
suppression de ces prières dans le nouveau rite, suppression qui a pour conséquence la perte de cette foi antique chez
certains fidèles (et chez certains théologiens !)

Le manque de rigueur du Père Emmanuel est particulièrement visible pour sa dernière remarque : « on s’indique que dans le
nouveau rite la fonction de lecteur puisse être attribuée à un laïc, et non obligatoirement à un ministre ordonné… Si je ne me
trompe, dans toutes les chapelles de la FSPX, ce sont des laïcs qui remplissent les fonctions d’acolyte, alors que l’acolytat
est le plus élevé des ordres mineurs. » Notre bon père oublie-t-il que lire l’épître ou l’évangile à la Messe n’appartient pas à
l’ordre mineur du lectorat, mais bien aux ordres majeurs du sous-diaconat et du diaconat ? Surprenante rigueur chez ce
moine ! Comment le prendre au sérieux, comme il le dit lui-même ?

Daigne la très sainte Vierge Marie, siège de la sagesse, nous aider à rester fidèles à ce que l’Eglise a toujours enseigné, dans
dévier ni à droite ni à gauche, mais marchant droit vers le Ciel !


Sommaire


Nous donnons également le commentaire de Monsieur l’abbé de La Roque d’une homélie de Mgr Rouet, évêque de
Poitiers :



Voici cette homélie de Mgr Rouet :

« En remettant en honneur très vigoureusement la notion centrale du mystère pascal, le Concile Vatican Il nous ramène
avec générosité aux enseignements les plus constants, les plus clairs et les plus forts des pères de l'Église. Le Concile,
pratiquement dans tous ses textes, parle du mystère pascal comme étant au coeur même de la vie chrétienne. [...] Par
là, notre Église revient à sa source, retrouve ce qui a été sa richesse la plus splendide pendant sa fondation
apostolique, pendant l'établissement des premières réflexions théologiques qui sont la base, encore actuelle, de toute
réflexion vraiment fructueuse, dans le peuple de Dieu. La tradition ne s'arrête pas aux décennies qui nous ont
précédés, ni même à l'époque de la Réforme. La véritable tradition est cet esprit et cette source qui remontent par les
apôtres au Christ lui?même, la source glissant toujours au?delà de ce que nos mains peuvent en saisir.

En parlant du mystère pascal comme étant l'expression la plus juste de notre foi, que veut dire exactement le concile Vatican
Il ? [...] « Ceux que le Christ a justi­fiés, il ne les a pas simplement ajustés à son pardon, mais il les a également glorifiés ».
Ce que le Christ a en vue ce n'est pas simplement un retour à ce que nous étions [avant le péché], ce qui serait parfois bien
lassant avouons?le, et qui se retrouve dans d'autres mytholo­gies. Ce que le Christ a en vue est la transfiguration pro­fonde de
notre humanité. Transfiguration de ce monde, car « la création, comme dit Paul aux Romains, gémit dans l'attente de sa
véritable naissance ». Nous sommes une terre en gésine, nous sommes une terre en train d'accoucher d'un monde que Dieu
appelle de tous ses voeux. Mais également transfiguration pour nous?mêmes [...] Le mystère pascal a pour objet de nous
transfigurer à l'image du Fils ; d'être changé de jour en jour, grâce à l'action de l'Esprit Saint en une image de plus en plus
fidèle au Fils unique de Dieu, Jé­sus?Christ, notre Seigneur.

Or, on ne peut obtenir cette grâce de la transfiguration que si nous acceptons de mourir à nous?mêmes, que si nous
acceptons de nous laisser totalement saisir par le Christ. Rappelez?vous, frères prêtres, ce moment où vous étiez, pour la
prostration, abandonnés comme au tombeau à la volonté de Dieu, ne cherchant plus ce qui vous plaît mais prêts à entendre la
voix pour tout appel, même parfois stupéfiant où la mission nous entraînera. [...] La mort de Jésus est essentiellement ce
renonce­ment à nos limites, ce renoncement à nos petitesses pour qu'éclate dans une chrysalide divine qui s'ouvrirait pour
nous, l'humanité que Dieu désire.

Rappelez?vous cette position qui a eu cours, en plein Moyen Âge et que l'on apprenait en cachette, à l'époque de nos études:
même s'il n'y avait pas eu le péché origi­nel, le Christ se serait incarné, car ce que Dieu désire ce n'est pas simplement le
pardon des offenses mais c'est beaucoup plus, l'alliance intime d'une humanité renou­velée entre Dieu le Père, Jésus son Fils
uni aux hommes dans l'unique Esprit. C'est l'alliance qui est le but du mystère pascal. [...] Il est clair que cette conception est
le cœur de la vie chrétienne, que vous mettez en oeuvre chaque fois que vous baptisez, que vous célébrez dans l'Eucharistie
[...]

C'est le moment d'unir ces trois grandes intuitions de Vatican II dont on voit maintenant combien elles sont lumineuses. C'est
parce qu'il y a un mystère pascal qu'il y a un peuple de Dieu. [...] S'il y a un mystère pascal, il y a un unique peuple de Dieu.
Non pas d'abord une py­ramide mais un peuple de frères [...] Le mystère pascal fonde l'Église comme peuple de Dieu. Elle
fonde le presbytérium. Jamais le Concile Vatican II ne dit « le » prêtre, toujours il dit « les » prêtres. Car le prêtre n'est pas
une identité abstraite, homologable à travers tous les pays du monde. Il appartient à un presbytérium concret avec son
histoire. On est prêtre à la proportion vraie où on accepte d'être membre d'un presbytérium, où on consent à cette histoire, où
on en est le serviteur dans un peuple donné. Tout le reste est une spiritualité désin­carnée. C'est ce que nous célébrons dans
l'Eucharistie. L'Eucharistie que nous célébrons ensemble. Rappe­lez?vous Jean Chrysostome disant à ses fidèles déjà en
retard : u Je ne peux pas célébrer sans vous, je ne peux pas commencer sans vous, je ne célèbre pas sans mon peuple». Car
c'est ensemble, comme peuple sanctifié que nous célébrons l'unique Eucharistie.

Ce serait une réduction, une dégénérescence que d'en rester à ce que trois époques, plutôt sombres pour la théologie, ont dit
du sacrifice. Il a fallu l'arrivée tardive dans l'histoire, mais cruelle pour nos pays, de trois épi­démies de peste aux XIV` et
XVe siècles, en particulier la « grande peste noire », à l'issue de laquelle un certain nombre de nos pays avaient perdu la
moitié de leur po­pulation, pour que le sacrifice ne soit plus ce qu'Augustin appelait : u l'hommage, l'offrande spirituelle d'une
li­berté à son Dieu », mais que d'un seul coup le sacrifice ne devienne que la mort. La mort ! Comme si Dieu ai­mait la mort !
Il a fallu cette sorte de crispation anti­?protestante pour que le sacrifice devienne l'arme de combat : dès lors qu'on ne
prononçait pas des mots mor­tifères, excluants et sanguinolents, c'est comme si on avait trahi la foi. Pardonnez?moi ce mot
cruel que vous trouverez dans Emmanuel Leroy?Ladurie, « Montaillou, village Occitan », village qui va tomber tout entier
dans l'hérésie cathare : a Ils aiment le Christ, ils l'aiment sai­gnant ». C'est atroce ! N'empêche que c'est cette dévo­tion?là qui
a été assimilée, en un temps d'horreur et de mort, cela se comprend, quand la moitié d'une population meurt de peste,
comprenons qu'il n'y a que dans la mort qu'on peut trouver un sens. La crispation anti?protestante était aussi liée à des
couvres de mort. Nous nous sommes entre?tués ! I1 y a un rapport entre une théologie sacrifi­cielle et prendre les armes. La
troisième époque, si noire pour la réflexion chrétienne, est le romantisme et sa douleur a Mais lui aimait souffrir, il a magnifié
d'autant plus la souffrance qu'il y prenait son plaisir et 1° trouvait sa récompense ». Or de ces traditions à courte vue, très
typées dans l'histoire de l'Église, il en est résulté la no­tion d'un sacrifice mutilé, dégénéré, contre laquelle le Concile s'est
élevé bien sûr, c'est celle d'un sacrifice lié au manque, à la privation, à la blessure, en un mot à une sorte de masochisme.

Réfléchissons deux secondes : si nous ne gardons dans l'eucharistie, comme coeur de l'eucharistie, non plus le mystère
pascal, mais seulement l'idée du sacrifice du Christ alors il n'y a plus que deux solutions

? D'un côté cette mort ignominieuse, celle des esclaves, de Jésus en croix, vous allez l'oublier, comme très pro­bablement
(n'en déplaise à un texte apocryphe), Pilate a dû complètement oublier qu'un jour il avait abandonné au Sanhédrin un petit
agitateur Galiléen...

? Ou bien, d'un autre côté, cette mort qui est le signe de toutes nos morts, vous devez la répéter, la redire, la ma­gnifier. Voilà
comment le christianisme est parfois devenu une religion qui encensait la mort. Par conséquent, il faut sans arrêt pouvoir la
redire et la célébrer. Celui qui célèbre le sacrifice mortel est celui qui a pouvoir sur les autres, sans se rendre compte
malheureusement qu'il res­semble plus à un prêtre païen qu'à celui dont parle l'épî­tre aux Hébreux : ce Christ faisant arrêter
les sacrifices multiples en une fois par une unique offrande, a mis fin à toutes les répétitions qui sont toujours liées à des
affir­mations de pouvoir et à des dégénérescences de la pen­sée.

[...] C'est important de se redire cela à un moment où on est en train de se perdre en dehors de l'essentiel. Ne croyez pas
qu'il s'agit là d'un supplément de théologie accidentelle, il y va du coeur de la foi [...] Très particu­lièrement de ce point que
Vatican Il lui?même a remis en honneur, la sacramentalité de l'Église. Certes, avec pru­dence Vatican II dit qu'elle est «
comme un sacrement u. Oui! Mais si l'Église n'était pas le corps actif, il n'y aurait pas d'autres sacrements ! Nous ne
pouvons pas célébrer l'eucharistie si l'Église n'est pas rassemblée ; nous ne pouvons pas baptiser (ce sera un point important
pour notre diocèse), si la communauté n'est pas présente ; nous ne pouvons pas donner le sacrement de mariage si l'Église
n'est pas là pour l'accueillir [...] II a fallu le ré­trécissement de la crise protestante pour que la validité prenne une telle place
alors que célébrer un sacrement c'est montrer que ce peuple?là est transfiguré par la pré­sence de son Seigneur et le service
de son Évangile [...] L'homme est fait pour la générosité, pour l'espace et la liberté. Si nous avons, nous, comme signe
sacramentel de notre présence au milieu des hommes, un seul signe à donner, c'est de mettre au large les hommes et les
fem­mes que nous rencontrons pour qu'ils ne se rétrécissent pas dans des combats inutiles, dans des crispations stéri­les,
dans des impasses et des recherches de vent ».



Commentaires de Monsieur l’abbé de La Roque



« Crispations stériles », « impasses », « recherches de vent »... A écouter l'homélie que Mgr Rouet prononçait à Poitiers le
10 avril dernier, aucun mot n'est trop dur pour qualifier l'étude théologique que la Fraternité Saint?Pie X communiquait à tous
les prêtres de France, Le problème de la réforme liturgique (PRL). Cette agressivité serait négligeable si elle ne visait que
l'opuscule précité. Mais, par?delà cette étude, la violence des mots atteint les éléments vitaux de l'Église catholique. Oui, il y
va du coeur de l'Église : à l'instar des propos tenus par Bruno Chenu (La Croix du 2 avril 2001), cette homélie dénature la
théologie sacrificielle de la messe pour mieux la rejeter dans son ensemble ; dans ses décombres, elle emporte la notion
catholique du sacerdoce. Certes, Mgr Rouet a raison d'insister sur le fait que l’œuvre de la Rédemption ne se limite pas à la
simple restauration d'un ordre brisé par le péché. Il est clair pour tous que notre rédemption ne s'arrête pas à la rémission de
nos péchés, mais nous mène à la divinisation. Aussi me fait?elle sourire, l'autosatisfaction de ceux qui prétendent avoir
redécouvert cette vérité soit disant enfouie par dix siècles de scolastique : cette vérité élémentaire, le missel tridentin me la
rappelle chaque jour, en l'une de ces prières que le nouveau missel a supprimées: « O Dieu, gui avez créé la nature humaine
d'une manière admirable et l'avez restaurée d'une manière plus admirable encore... ». De la même manière, saint Thomas
d'Aquin m'enseigne combien la Résurrection et l'Ascension sont également causes de mon salut, évidence que la Fraternité
Saint?Pie X n'a jamais remise en cause (cf. PRL n° 93).

La nouveauté dénoncée par Le problème de la réforme liturgique ne porte donc pas sur la prétendue redécouverte de l'objet
("transfiguration") et du but ("divinisation") de la Rédemption ? ou du Mystère pascal, peut importe le mot, puisque ce n'est
pas le mot que la Fraternité Saint?Pie X remet en cause (cf. PRL n° 51 ), mais la théologie qu'aujourd'hui ce mot recouvre.

L'innovation est ailleurs. Elle éclate à plein dans l'homélie de Mgr Rouet : jamais le saint sacrifice de la messe n'a été dénigré
avec des propos aussi déformants qu'offensants. A?t?on déjà vu la théologie sacrificielle de la messe qualifiée de masochisme
ou encore considérée comme cause des guerres de religion ? Curieux jugement de la part de celui qui, en son propre diocèse,
rallume les guerres de religion au sein même de son clergé... Ce qui est en fait écarté, refusé, rejeté, c'est l'immolation
sanglante du Christ sur la croix, renouvelée chaque jour sur l'autel de manière non sanglante. De cela, on ne veut plus. On
estime désormais beaucoup plus à propos d'affirmer : « La mort de Jésus est essentiellement ce renoncement à nos limites,
ce renoncement à nos petitesses pour qu'éclate dans une chrysalide divine gui s'ouvrirait pour nous, l'humanité que Dieu
désire ». Est?ce cela, le sacrifice qui n'est plus « lié au manque, à la privation, à la blessure » ?

Sûr de lui, Mgr Rouet croit pouvoir s'appuyer sur les « enseignements les plus constants, les plus clairs et les plus farts des
pères de l'Eglise », accusant une « tradition à courte vue » de s'accrocher à ce qu'une « période plutôt sombre pour la
théologie » a dit du sacrifice. O sophisme facile, permettant de relativiser un magistère par trop dérangeant ! Veut?on
entendre la grande Tradition ? Je la revendique à plein ! Mgr Rouet aime à citer saint Jean Chrysostome ? Et bien lisons?le !
c'est dès les premiers pas du raisonnement que Mgr Rouet s'écarte de celui qu'on a pu appeler le docteur de l'Eucharistie. Si
l'évêque de Poitiers ne veut pas considérer le sacrifice comme « lié à la blessure », c'est parce qu'il ne veut pas considérer le
point de départ de la transfiguration à laquelle nous sommes appelés : notre état présent de pécheur. Il célèbre l'Eucharistie «
comme peuple sanctifié ». Pour sa part, l'illustre évêque de Constantinople n'omet pas de constater que notre condition
pécheresse est le point de départ de notre transfiguration : « Représentez?vous le palais d'un monarque : ceux qui sont
enchaînés pour avoir offensé la majesté souveraine se tiennent au dehors ; quelqu'un qui voudra travailler à leur réhabilitation
n'ira pas commencer par les introduire, c'est lui plutôt qui sortira pour leur parler, et ce n'est qu'après les avoir rendus dignes
de se présenter qu'il les amènera devant le monarque. Voilà ce qu'a fait le Christ : il est sorti pour venir à nous, il nous a
transmis les volontés du Roi, et c'est alors qu'il nous a fait franchir l'enceinte, nous ayant purifiés de nos péchés et réconciliés
» (3° hom. in He).

Et parce que quotidiennement nous offensons notre Père, chaque jour est renouvelé sur l'autel le sacrifice de purification et
de réconciliation. Sacrifice, donc, que la messe, « sacrifice expiatoire «, pour reprendre l'expression de Jean Chrysostome ;
tel est bien ce qui transparaît constamment de ses pages eucharistiques. En s'approchant de la table sainte, nous y voyons «
le Seigneur immolé et gisant sur l'autel «. Le prêtre est « penché sur la victime », tandis que les assistants sont « couverts de
ce sang ». Oui, « célébrer la pâque, c'est participer à un sacrifice saint et redoutable : vous avez sous les yeux le Christ
égorgé ». En effet, là, « l'Agneau de Dieu s'immole pour vous, le prêtre est pour vous dans une sorte d'angoisse. Le sang
coule pour votre salut du flanc très pur de l'Agneau et remplit la coupe ». Tout cela se réalise par les paroles consécratoires,
qui « suffisent et suffiront pour opérer dans toutes les églises, depuis la dernière pâque de Jésus?Christ jusqu'à nos jours et
jusqu'à son avènement, l'accomplissement du plus parfait des sacrifices ». Par la communion, nous venons donc recevoir
une « chair sacrificielle » etc, etc...

Doit?on, avec Mgr Rouet, qualifier « d'atroces » de tels propos ou considérer cette spiritualité comme « mortifère » ? Rien de
plus inconséquent. Saint Jean Chrysostome explique au contraire : « Le Christ a trouvé sa gloire dans la passion (...) Non
seulement la mort a perdu sa puissance, mais c'est par la mort que celui qui nous faisait une guerre implacable, le démon, a
vu son empire détruit et comme écrasé dans sa chute (...) C'est ce qui rendait la victime plus éclatante : elle le serait moins, si
le vainqueur n'avait pas détruit la mort par la mort. Voilà précisément ce qu'il y a d'admirable, qu'il ait remporté la victoire
avec les armes qui faisaient la force de l'ennemi ; ainsi s'est manifestée partout sa puissance invincible » (Hom. 4 in He).

Tel est ce qui est renouvelé sur l'autel, de l'avis même de tous les pères de l'Église. Non pas qu'il s'agisse d'y délaisser le
souvenir de la Résurrection et de l'Ascension, mais c'est le sacrifice de la Croix qui est renouvelé sur l'autel, dont le premier
effet pour nous est propitiatoire. D'où la célèbre page de saint Grégoire le Grand : « [Afin d'apaiser Celui gui nous jugera au
dernier jour], envoyons lui nos larmes en ambassade, envoyons?lui nos oeuvres de miséricorde, sacrifions sur son autel des
victimes expiatoires, reconnaissons que nous ne pourrons lui tenir tête au jour du jugement. (...) Le sacrifice offert sur le
saint autel avec des larmes et un cœur plein de bonté est particulièrement efficace pour nous obtenir l'absolution, puisque
celui qui, ressuscité des morts, ne meurt plus, souffre à nouveau pour nous dans le mystère de celte oblation. Car chaque
fois que nous lui offrons le sacrifice de sa Passion, nous renouvelons en nous [l'effet de] sa Passion pour notre absolution »
(Hom. 37 in Ev.)

Dénigrant le sacrifice de la messe, Mgr Rouet ne peut que rejeter la notion même de sacerdoce. Car il y a un lien indissoluble
entre le prêtre et le sacrifice : « Tout prêtre pris d'entre les hommes est établi pour les hommes en ce qui regarde le culte de
Dieu, afin qu'il offre des dons et des sacrifices pour le péché » (He 5, 1). A refuser le sacrifice, on ne peut donc que
déformer gravement le sacerdoce. Le prêtre n'est plus premièrement l'homme du culte, « celui gui a pouvoir sur le corps et le
sang du Christ » (DzH 1764), mais « serviteur dans un peuple », « tout le reste n'étant que spiritualité désincarnée «. Faut?il
chercher ailleurs qu'en ce double refus la cause profonde du tarissement des vocations sacerdotales ?

Nous le constatons : si les divergences doctrinales sont profondes, ces enjeux ne sont pas sans conséquences pastorales
immédiates. I1 en va du coeur de l'Église. Plutôt qu'une harangue dialectique et venimeuse, c'est une discussion sereine,
honnête et fondée qu'il faut entreprendre. Elle servira le bien de toute l'Église.

 



La discussion

      DICI relance le débat sur le livre Le Problème d [...], de ARNAUD Xavier [2001-06-30 10:57:07]
          Géométrie variable, de Arnold [2001-06-30 14:08:17]
          Pour un débat vraiment objectif, de ARNAUD Xavier [2001-06-30 21:09:08]
              Pour votre information, de ARNAUD Xavier [2001-07-06 13:23:48]
                  Tiens donc !!!, de Petipeu Justin [2001-07-06 14:30:31]
                      Non, de ARNAUD Xavier [2001-07-06 14:35:15]
                          Pourquoi ?, de C Christian [2001-07-07 23:00:22]
                              Il ne m'appartient pas, de ARNAUD Xavier [2001-07-08 20:00:41]