... retrouvé sur le site du Prieuré St-Louis de Nantes. À méditer.
Prieuré Saint-Louis Fraternité St-Pie X 25, rue François Bruneau 44000 NANTES
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"Qu'avez-vous fait des protestants convertis ?"
par Guy Rouvrais
Ce texte est né de la coïncidence de deux événements. Le premier, ce fut l’envoi par Jean Madiran, à la suite d’une conversation, d’une brochure intitulée Qu’avez-vous fait des communistes convertis?, un beau .texte dû à la plume d’Henri Barbé. Le second, intervenu peu de jours après, ce fut l’annonce, par un ami très cher, converti au catholicisme, de son retour au protestantisme. Cet ami, nous l’appellerons Etienne P. Qu’un converti devienne relaps, cela devrait susciter le silence, la prière et la compassion plus qu’une annexe dans ce livre. Mais je ne puis me résoudre à jeter le manteau de Noé sur ce départ. Il y a, à cela, des raisons personnelles. Etienne est un ami d'enfance, nous appar-tînmes à la même Eglise protestante, et à quelques années de distance nous suivîmes le même chemin allant du protestantisme au catholicisme; dans cette aventure spirituelle je fus le premier de cordée. Ce qui me valut le privilège d’être le témoin de son abjuration et son parrain de confirmation. C’est dire combien ma responsabilité est engagée à son égard et l’émotion qui fut mienne lorsqu’il m’annonça son intention de retourner à son point de départ. Ces considérations d'ordre privé seraient à elles seules insuffisantes à justifier l’interpellation que constitue ce texte. L’itinéraire d’Etienne P. pourrait ne relever que de l'anecdote s’il ne s’était déroulé avec, en arrière-fond, la crise de l’Eglise. Le « relaps Etienne » en est un symptôme. Sa conversion fut exemplaire des raisons pour lesquelles, naguère, des protestants rejoignaient l’unique Eglise. Son apostasie l'est aussi du malaise qui saisit les convertis devant l’évolution de l’Eglise catholique.
Certes, il n’y a pas de statistiques, en France, sur ces conversions et ces convertis-là. Peut-être juge-t-on tout cela négligeable, voire inopportun en période d’oecuménisme. Des statistiques, il en existe ailleurs. Aux Etats-Unis, notamment. Avant le concile, on comptait environ 170.000 conversions du protestantisme au catholicisme par an. Après, elles n’atteignent plus le millier. Pour ce qui est d’un autre pays aux racines protestantes, la Suisse, l’évêque de Coire a déclaré que de 1954 à 1964 il y eut, dans son diocèse, 933 conversions de protestants (sur une population de 150.000 personnes) tandis que pour les dix années suivantes (1964-1974) il n’y en eut que 318. Ces chiffres, pour partiels qu’ils soient, n’en sont pas moins significatifs : les protestants se convertis-sent de moins en moins au catholicisme. Le paradoxe, c’est que le concile oecuménique Vati-can II se proposait un objectif exactement contraire : rendre le visage de 1’Eglise plus désirable afin que nos « frères séparés » réintègrent l’unité catholique. « Promouvoir la restauration de l’unité entre tous les chrétiens, c’est un des buts prinøpaux du saint concile oecuménique Vatican II » : telle est la phrase qui ouvre le décret sur l’oecuménisme, Unitatis redintegratio. Non seulement on se convertit moins, mais ceux qui ont accompli ce pas salvateur s’interrogent sur son bien-fondé. Venu de l’anglicanisme, Julien Green s’est fait l’écho de ce trouble: « Un jour que j’étais à la campagne avec ma soeur Anne, nous assistâmes à une messe télévisée, le curé du village étant absent ce dimanche-là. Je me souviens que, tournant les pages de mon missel français, j’essayais de reconnaître sur l’écran quelque chose qui ressemblât àune messe. En vain. Ce que je reconnus, comme Anne de son côté, était une imitation assez grossière du service anglican qui nous était familier dans notre enfance. Le vieux protestant qui Sommeille en moi dans sa foi catholique se réveilla devanl l’évidente et absurde impos-ture que nous offra l’écran, et cette étrange cérémonie ayant pris fin, je demandai simplement à ma soeur : « Pourquoi nous sommes-nous convertis ? » Interrogation douloureuse d’un homme, d’un catholi-que, au soir de sa vie. Combien sont-ils à se poser la même et terrible question parmi ceux qui ont abjuré l’hérésie? Combien sont-ils à avoir répondu comme mon ami Etienne P. : « J’ai eu tort, je retourne à la religion de mes pères? » Combien sont-ils? A vrai dire, le nombre importe peu. Notre Seigneur a eu des paroles très dures pour ceux qui scandalisaient « un seul » de ces petits qui croient en lui. Un seul... Qu’avez-vous fait de mon ami Etienne? Qu’avez-vous fait des protestants convertis?
Pour comprendre la décision d’Etienne - je dis bien la comprendre, pas la justifier - il est nécessaire d’exposer le cheminement qui fut le sien. Je le ferai avec d’autant plus de facilité que nos itinéraires, à quelques variantes près, furent parallèles, sauf, bien sûr, pour sa phase finale (?) qui a suscité le présent article. Etienne vient donc du protestantisme. Pas n’importe lequel. Le protestantisme orthodoxe dans son expression luthérienne. Par "orthodoxe", il faut entendre cette fraction de protestants qui s’oppose au protestantisme libéral, l’équivalent du modernisme dans le catholicisme. Autrement dit, il croit aux grandes affirmations chré-tiennes définies par les premiers conciles. Cette opposi-tion au libéralisme protestant fut un des moteurs qui le conduisit au catholicisme. Il considérait, lorsqu’il était luthérien, que le protes-tantisme libéral était une expression aberrante de la pensée des Réformateurs. Que pouvait-il y avoir de commun entre un Luther ou un Calvin, qui croyaient à la naissance miraculeuse, à la divinité du Chnst, à sa mort expiatoire, à sa Résurrection, à son Ascension, et les pasteurs qui ne croyaient à rien de tout cela ou qui ne recevaient ces dogmes que dans un sens symbohque qui les vidait de tout contenu ? La lecture de livres d’un grand théologien libéral français, puis une longue conversation avec lui, le convainquit bientôt du contraire. Le protestantisme libé-ral, s’il n’était pas fidèle, selon la lettre, aux Réforma-teurs, l’était bien, selon l’esprit. En ruinant le principe d’autorité incarné dans l’Eglise, ils ruinèrent également l’autorité de l’Ecriture Sainte. Un de ces pasteurs libé-raux dit à Etienne P. : « Nous avons renoncé au pape de chair, ce n’est pas pour nous soumettre au pape de papier », comprenez la Bible. Ce fut à ce moment-là qu’il bascula. Si le protestantisme exténuait les dogmes auxquels il croyait de toute la force de sa foi, le catholicisme, lui, les conservait intacts. Ce qu’il y avait de meilleur dans le luthéranisme orthodoxe, c’était ce qu’il conservait du catholicisme. C’était ce protestan-tisme-là qui était aberrant, dans la mesure où il n’allait pas jusqu’au bout de ses principes: il est contradictoire de contester 1’Eglise au nom de l’Ecriture puisque c’est l’Eglise qui fonde l’autorité de l’Ecriture. Plus logiques étaient les libéraux. Etienne me dit à ce moment-là, drôlement : « En somme si la Réforme est notre mère, l’Eglise catholique est notre grand-mère.» L’essentiel était acquis. Mais il lui fallait encore répondre à une autre question qui l’embarrassait : quel est le rapport entre certains dogmes "contemporains" et le donné révélé ? Il lui apparaissait que la lettre de l’Ecriture était singulièrement éloignée de dogmes tels que l’Immaculée Conception, l’Assomption ou l’infaillibilité pontificale.
L'étude des travaux du grand converti que fut le cardinal Newman lui fut d’un précieux secours, notamment l’Essai sur le développement du dogme. Cette étude permit à Etienne de distinguer entre le développe-ment légitime du dogme et sa corruption. Un lointain précurseur de Newman, saint Vincent de Lérins, avait déjà posé les critères de cette évolution homogène : « ce qui a été cru toujours et partout par tous ». La «nouveauté » est une meilleure compréhension, un approfondissement, une autre lumière apportée à une vérité qui demeure identique dans son essence. « Que l’on com-prenne plus clairement, écrivait saint Vincent de Lérins, ce que l’on croyait vaguement auparavant : mais enseigne les choses mêmes que tu as apprises, et en les disant sous une nouvelle forme, n’en dis pas de neuves. » Ainsi mon ami comprit-il que le dogme de l’Assomp-tion, loin d’être une nouveauté, était tout entier contenu dans celui de l’Immaculée Conception, lequel était en germe dans celui de la maternité divine. Pendant toute sa recherche, les manuels qu’il consulta furent: Le petit catéchisme à l’usage des diocèses de France, la Doctrine catholique du chanoine Boulenger, le Manuel de théologie dogmatique de Mgr Bartmann, les livres de Newman, plus quelques ouvrages catholiques sur le protestantisme. Nous étions en 1970. La crise post-conciliaire était à son apogée. Mais ce ne fut pas dans les textes du concile qu’il apprit le catholicisme. II ne manifestait à son égard aucune hostilité de principe. Il pensait que le concile ne pouvait, par définition, rien dire d’autre que ce que l’Eglise avait toujours enseigné. Devenu catholique, il commença à souffrir dans sa paroisse en écoutant les propos de ses prêtres. Il ne voulut y voir, d'abord, que quelques cas isolés, probablement ignorés des évêques et de Rome. Lorsqu'il voulut se marier, on lui rit au nez lorsqu'il demanda une messe "en latin". Pas une messe de St Pie V, une messe de Paul VI, mais en latin. On la lui refusa. Sa vie spirituelle commença à être atteinte de cette situation. Il ne trouvait plus dans les sermons de quoi nourrir sa foi ; et l’administration désinvolte des sacrements par des prêtres dont il se demandait s’ils croyaient encore ne le satisfaisait pas. Alors, pour nourrir son âme affamée, il se remit à lire sa Bible assidûment, y trouvant une «nourriture solide ». En soi, lire la Bible est une excel-lente chose, assurément ; or, il ne s'est pas mis à la relire en plus de l’apport spirituel qu’il aurait dû recevoir de l’Eglise mais à la place. Le poison du doute l’envahit peu à peu. Dès lors il se posa, avec la même rigueur que naguère, les questions fondamentales : les négations post-conciliaires sont-elles dans l’esprit du concile ou sont-elles son contraire? Le post-concile était-il dans le concile? Le décret sur la liberté religieuse dit-il substantiellement autre chose que le Syllabus? S’agit-il, dans ce cas, d’une évolution homogène de la doctrine ou de sa corruption? Comment l’Eglise peut-elle sanction-ner aujourd’hui ceux qui professent la même doctrine qu’hier et laisser le champ libre à ceux qui nient les dogmes fondamentaux? Il commença à s’ouvrir de ses doutes. Je l’écoutai et lui répondis, mais je pressentais qu’il était déjà trop tard. Quelque chose s’était brisé en lui; c’était la foi en l’Eglise. Il ne la voyait déjà plus que gouvernée par l’opportunisme; « l’esprit du monde », disait-il. Il eut alors une lecture rétrospective de l’histoire de l’Eglise dans cette optique. Il n’y discerna plus l’action du Saint-Esprit. Son unité, son immutabilité à travers les siècles lui apparut factice ou, à tout le moins, comme le fruit d’influences temporelles et non divines.
A ce stade, je ne puis que livrer des extraits de notre correspondance. (Etienne R habite désormais la province.) « Qu’est-ce que dit l’Eglise d’aujourd’hui? Qu’elle s’est trompée au XIXème siècle sur un sujet aussi fondamen-tal que la liberté religieuse, écrit-il. Et pourquoi ne serait-ce pas au XVIème siècle aussi? D’ailleurs, certains le disent qui sont prêts à canoniser Luther. Tu me dis que le décret sur la liberté religieuse n’est pas un dogme revêtu du sceau de l’infaillibilité. J’entends bien mais ce n’est tout de même pas une matière indifférente ! La preuve : selon le Syllabus, étaient anathèmes, c’est-à-dire excommuniés, retranchés de l’Eglise visible, ceux qui professaient ce que le pape aujourd’hui professe sur la liberté religieuse. Comment veux-tu que j’ai foi en cette Eglise-là? Que le Syllabus dise autre chose que le décret conciliaire, ce n’est pas une interprétation personnelle. J’ai lu, comme tu me l’avais demandé, le dialogue entre Madiran et Congar: ils ne sont d’accord que sur un seul point, celui-là, précisément : Madiran pour le déplorer, Congar pour s’en réjouir. Ainsi, les deux fractions de l’Eglise partagent le même constat.» Et encore: « Il y a, certes, des catholiques fidèles que tu m’in-vites à rejoindre. Je ne doute pas qu’ils existent mais, précisément, ils sont en dissidence d’avec l’Eglise offi-cielle qui les réprouve. Ils ne sont pas formellement excommuniés, mais c’est tout comme. Et, de toute façon, un catholique a le droit de vivre en catholique au grand soleil de l’Eglise, en pleine communion avec le pape et son évêque. Ce que tu me proposes c’est de me fondre dans ce que j’appelle - excuse l’expression- l’underground traditionaliste, ou intégriste. Tu ajoutes que «l’Eglise catholique authentique subsiste toujours ». Certes, mais pas à Rome, pas dans ma paroisse, pas dans mon diocèse. J’ai sous les yeux le texte de ma rétractation par laquelle j’ai abjuré le protestantisme. J’ai juré, "la main sur le saint Evangile", comme tu as juré toi-même, de professer tous les dogmes de la sainte Eglise et « spécialement » toutes les définitions « du concile de Trente » et de « condamner tout ce que l’Eglise condamne ». Je n’ai pas le sentiment d’être parjure. Ce n’est pas moi qui ai changé. J’ai tenu, autant que je l’ai pu, mes promesses. C'est l'Eglise qui n'a pas tenu les siennes. De fait, je ne peux plus professer la foi catholique dans l'Eglise catholique ordinaire, et mongamin, qui a six ans maintenant, sera privé du caté-chisme du concile de Trente alors que l’on demandait à son père de souscrire à toutes ses définitions ! Je com-prends que des catholiques de naissance préfèrent la marginalité du néant spirituel. Mais, moi, grâce à Dieu, j’ai la Bible. C’est à elle seule que je crois désormais. » Etienne P. va rejoindre non pas l’Eglise luthérienne, mais une « Eglise » fondamentaliste «évangélique », baptiste, je crois.
Que conclure? Qu’il a tort, bien sûr. On peut avoir des griefs légitimes contre sa mère, mais on a toujours tort de l’abandonner. Qu’avez-vous fait des protestants convertis? Qu’en avons-nous fait? Qu’ai-je fait, moi, de mon ami Etienne P.? Peut-être n’ai-je pas su assez tôt m’alarmer de son trouble et y répondre? Peut-être ai-je, moi-même, été trop vif dans mes critiques contre 1’Eglise conciliaire, sans égard pour un plus faible dans la foi ? Peut-être ma vie n’a-t-elle pas assez témoigné de la sainteté de l’Eglise? Peut-être... Mais il est vrai également qu’il y a, à l’égard des protestants convertis, une hiérarchie des responsabilités au sommet de laquelle je ne suis pas. Ce n’est pas à moi - fort heureusement!- qu’Etienne s’est converti mais à l’Eglise. Ce n’est pas moi, ce n’est pas nous, traditionalistes, qui portons la plus lourde des responsabilités. Notre catholicisme, le catholicisme auquel il a adhéré, c’est le nôtre. Etienne ne s’est jamais senti étranger à ce que nous croyons. Il était chez lui chez nous. Nous ne l’en avons pas chassé. D’autres l’ont fait. On a piétiné tout ce qu’il avait réussi à croire à force de veilles, d’études, de prières, de déchirements. Quitter le protestantisme lui fut une tragédie. Dans l’enthou-siasme de sa conversion il ne pouvait soupçonner qu’il en connaîtrait une autre : y retourner.
« Quitter le protestantisme",c'est une abstraction. C'est quitter sa paroisse, ses amis et son pasteur qui l'a nourri dans la foi. C'est rompre avec une enfance, c'est répudier la religion de ses pères. Mais, dans cette tristesse selon le monde, perce la joie selon Dieu : il rejoint l’unique, la seule Eglise, celle fondée par Notre Seigneur. Comme le prodigue, las d’être nourri de carouges, il va enfin avoir part au festin des noces. Seulement voilà, pour ce prodigue-là on ne tue pas le veau gras ! On trouve sa démarche incongrue. «Vous convertir au catholicisme, quelle drôle d’idée en période d’oecuménisme! Vous savez, maintenant, entre catholiques et protestants, la différence est de peu. »Nous entendîmes nous-même ce discours lorsque nous frappâmes, pour la première fois, à la porte d’une paroisse catholique. Il veut une messe en latin pour son mariage? Quelle bizarrerie ! II est fils de l’Eglise mais on lui refuse son héritage : la liturgie catholique, le dogme catholique, on lui dispute les moyens de la sainteté catholique. Lit-il la déclaration des évêques alle-mands, du 1er janvier 1986, il apprend qu’entre l’Eglise catholique et les communautés protestantes « à peu de distinctions près, c’est la même profession de foi ». A peu de distinctions ! Alors que l’assentiment àchacun des dogmes catholiques fut l’objet d’âpres com-bats intérieurs ! Prier la Vierge Marie? On peut le faire ou ne pas le faire, disent les nouveaux prêtres aux protestants. non convertis. Le converti, lui, se souvient de la première fois où il a osé balbutier les premiers mots de l’Ave Maria, dans la crainte du blasphème; son intelligence est convaincue du bien-fondé de cette prière, mais, le poids de quatre siècles de piété protestante lui noue la gorge. Et puis, il va jusqu’au bout de son Ave. Le Ciel ne lui est pas tombé sur la tête. La joie d’en haut transfigure ses tremblements d'ici-bas. Il sent à ce moment-là qu’il a rompu les amarres, il est dans la mer immense de la plénitude de la foi catholique. Mais il lui faut la confesser, cette foi nouvelle. Il va trouver son pasteur. Il lui explique. Les mots ont peine à venir. Ils hésitent pour sauver la vérité sans blesser la charité. Puis l’homme de Dieu - car il l’est, ce brave homme- comprend que la discussion est inutile, II serre une dernière fois contre lui celui qu’il baptisa, éduqua, confirma. C’est fini. C’est la séparation, c’est la blessure, la douleur. Le pasteur semble avoir vieilli de dix ans. Le mien pleura. Il n’est pas de sacrifice trop grand pour l’amour de la vérité. Mais c’est un sacrifice. Savent-ils ce qu’ils piétinent ceux qui nous disent que le catholicisme et le protestantisme, c’est bonnet blanc et blanc bonnet? Savent-ils ce qu’ils bafouent? Savent-ils ce qu’ils mépri-sent? Qu’avez-vous fait des protestants convertis? Oh, la douleur d’Etienne lorsque, croyant être le fils de 1’Eglise, on l’a traité comme un bâtard, un gêneur, une curiosité de musée. Il voulait être un vivant dans l’Eglise du Dieu vivant et les curés le montraient aux confrères comme un objet d’archéologie : un protestant converti, elle est bien bonne, et en plus, il veut une messe en latin ! « Une messe en français, ça te rappellera ton enfance, non? » L’imbécile. D’enfance, il n’en a plus. Son enfance, c’était le petit catéchisme de Luther, la fête de la Réformation le 31 octobre, le pèlerinage annuel au Musée du désert, le «martyre » de Marie Durand, morte, dans la Tour de Constance, après avoir écrit de ses ongles "Résistez" sur les murs. Il n’a plus d’en-fance. Il n’a plus d’Eglise. Il en a adopté une autre, « évangélique », dit-il. Ce n’est pas la sienne. Jusqu’où ira ton errance? Dans quelle secte échoueras-tu? Quel sera le terme de ta quête? Quel sera ton naufrage? car je sens bien, malgré ta véhé-mence et ta neuve assurance, tout ton désarroi et toute ta désespérance. Quel gâchis. J’enrage. Je serre les poings. Et j’espère."
In Christo,
PGM
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