Deux messes indigentes se sont offertes à la suite ce dimanche. Alors voilà, Toulouse et les tradis, eh bien... disons qu'il vaut mieux ne pas etre tradi ici.
Matinée d’horreur à Toulouse.
Réveillée avant midi ce dimanche, je décidai d’ajouter un chapitre à mon Gault Millau des paroisses. La bonne nouvelle est que j’en ajoute présentement deux ; la mauvaise nouvelle est qu’ils ne sont point flatteurs.
Précisons tout de même que la veille, mes pas touristiques m’avaient mené à Albi puis à Conques, deux églises qui ne sont pas parmi les plus moches dans la chrétienté ; j’avais eu la bonne surprise de retrouver à Conques des prémontrés de Juaye Mondaye avec qui j’avais eu l’occasion de chanter du temps que je donnais dans le scoutisme, il y a neuf ans exactement.
Me voilà donc à dix heures trente derrière le musée des augustins. Apparemment, j’ai mal retenu les horaires : cela se passe à dix heures. J’arrive donc en plein credo, chante en pilote automatique et examine ce qui m’entoure. Ce n’est pas joli joli. Pour tout dire, cela correspond à l’idée que je me fais d’une messe paroissiale en campagne dans les années 50. c’est assez lourdaud, l’harmonium ronfle, les gens beuglent, les enfants de chœur sont de toutes tailles et gabarits et se déplacent sans grâce. Bref, c’est du Grenoble, est ce n’est pas un compliment. Les fidèles ont tendance à être endimanchés plus que bien habillés, c'est-à-dire qu’on voit de la veste à petits carreaux avec le col de chemise fermé et pas de cravate ; il y a la plupart des types physiques de tradiland : le couple pondeur, le gamin de trois ans qui s’appelle Foulques ou Enguerrand et porte un pull rouge à col en V, l’intellectuel d’AF des années 30, lunettes rondes et vert bouteille sombre. Manque à l’appel le militaire en civil. Etrange !
Les fidèles ne sont pas éduqués liturgiquement. A l’offertoire on s’assied avant que le prêtre ait donné le voile du calice au servant. Au sanctus, on se met à genoux (n’importe quoi !). A l’élévation, on incline la tête (alors que l’élévation est faite pour qu’on regarde ; on s’incline après). L’enfant de chœur en chef prend grand soin de soulever la chasuble, quoi qu’elle est du modèle « carton gallican échancré » classique et qu’elle ne gêne donc en rien le prêtre lorsqu’il bouge. On se remet à genoux avant l’Agnus – je vais finir par croire que certains aiment ça. Divine surprise, un chant du P. Gouzes est chanté pour la communion, pas mal. Et, chose inexplicable, le prêtre dit Benedicamus Domino et non l’Ite Missa est à la fin de la messe. Pour moi, cette pratique du Benedicamus Domino en temps de pénitence ne se fait plus depuis 62, le missel prescrivant l’Ite missa est à la fin de toutes les messes, sauf celle du soir du Jeudi saint. Autre archaïsme, le confiteor avant la communion.
Mais ce n’est pas tout. Il y a tous ces désagréments mais il y en a un autre bien plus lourd : le bruit. Comme dans toute bonne messe tradi, on pond une progéniture nombreuse pour l’emmener à la messe ensuite. Là, je dois dire que nous avons été gâtés ! il y a des moments où l’on n’entendait même plus les « dominus vobiscum », au point que les fidèles répondaient sur un peu n’importe quel ton. Que l’on me permette d’affirmer haut et fort à la face des parents qu’à ce degré, ce n’est plus de la christianisation des enfants mais du foutage de gueule. Comme d’habitude également, autant il y a force enfants en bas âge, autant il n’y a aucun adolescent. Deux solutions à cela : les adolescents ont dit merde à leurs parents et ne vont plus à la messe. Ou alors toute la famille, après quelques années de traditionalisme, change de paroisse et va écouter du Paul VI lorsque les enfants grandissent. Dans les deux cas, ô fidèles toulousaings, ce n’est pas la peine d’amener toute votre progéniture ici : ça ne servira à rien. Foulques et Enguerrand seront content de faire la grasse mat’, ou un cercle autour de l’autel dans toute autre paroisse ; et vous éviterez de les donner en spectacle avec un chapelet en guise de hochet, au point de forcer d’autres fidèles à les ramasser lorsqu’ils tombent – oui, j’ai vu ça aussi.
Bons points : ornements roses, kyriale 412 bis de circonstance. Note globale : 1,5. A titre de comparaison, Grenoble est à 1. Finalement, ce n’est peut être pas un péché d’aller chez St Pie X.
Cerise sur le gâteau, une messe Paul VI en latin est prévue à onze heures. On trimbale un autel à roulettes dans le chœur, avec une lampe ikéa pour éclairer le missel. Je reste donc, pour ma plus grande douleur. C’est l’affluence des grands jours : vingt cinq fidèles, que des personnes âgées. Au moins on n’aura pas de bruit. Un prêtre tout seul. Oraisons en français. Ca traîne, c’est lent, c’est insupportable. Le sermon est plan plan. Deux ou trois personnes dans la tribune font office de chorale, mais n’arrivent pas toujours à chanter dans le ton de l’orgue, le kyriale devient aussi confus que la situation à Bassorah. Pas plus de propre grégorien que dans la messe d’avant.
Bilan : Denis Crouan devrait voir ça. 0,5 sur 5, et je suis gentille. Dimanche prochain, je crois que je vais aller à Rangueil chez les dominicains.
Un message à nos amis toulousains : Vers Narbonne, sur la commune de Bizanet (entre Narbonne et Lézignan, non loin de Fontfroide), il existe… Gaussan. C’est une fondation de Fontgombault ; en 97 lorsque j’y étais passée, elle était plutôt chouette, et on y dit la messe correctement. Allez-y donc faire un tour… (et cela vaut aussi pour vous, cher Rémi qui ne connaissiez pas la chance que vous avez d’avoir du Fontgombault à moins de cent kilomètres de chez vous !)
Nelly - pisse vinaigre aujourd’hui
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