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Homélie de Mgr Jean-Michel Di Falco Imprimer
Auteur : XA
Sujet : Homélie de Mgr Jean-Michel Di Falco
Date : 2003-03-23 13:43:12

" Diocèse de Paris

Homélie de Mgr Jean-Michel Di Falco à l’occasion de la messe d’adieu à M Jean-Luc Lagardère en l’église Saint-François- Xavier, le jeudi 20 mars. "

Source (on ne sait jamais, mes copier-coller ont tendance à être peu lisibles ces derniers temps) : http://www.cef.fr/catho/actus/evenements/2003/20030321lagardere.rtf

Dernier adieu à Jean-Luc Lagardère
Eglise Saint François Xavier
Le jeudi 20 mars 2003

Pourquoi ? Oui pourquoi mon Dieu ?
Pourquoi Jean-Luc ?
Pourquoi déjà ?

Que de « pourquoi ? » nous brûlent les lèvres et embrasent notre cœur alors qu’est arraché à notre amitié, à notre amour, un être cher, un être aimé !

Mon Dieu, nous serions prêts à nous faire tout petits, prêts même à ne plus t’invectiver, trop empressés que nous sommes d’obtenir une réponse à tous ces « pourquoi », attendant un signe qui nous aide à comprendre.
Mais non ! tu sembles rester impassiblement drapé sous une chape de silence.

Mais qui donc es-tu mon Dieu, pour qu’il soit parfois si difficile, si douloureux d’entrer en conversation avec toi ?

Mais qui donc es-tu, pour laisser un sentiment de solitude et d’impuissance nous envahir, face à la souffrance, à l’injustice, à la haine et à la violence ? Et que nous soyons désemparés devant la mort.

Pour tenter de t’atteindre, nos yeux sont tournés vers toi, vers l’au-delà, nos bras tendus vers le ciel !

Alors, si nous l’osions, à l’exemple de Job dans la bible, nous pourrions proférer vers toi des mots de colère, de révolte et d’incompréhension.

En guise de cela, nous sommes comme de petits enfants, qui ne tentent même plus de se faire entendre, parce qu’ils se savent devant quelque chose, quelqu’un, de bien plus grand qu’eux et qui les dépasse.

Pardonne-moi, mon Dieu de m’adresser à toi sur un ton que certains qualifieront de véhément. S’il en est ainsi, qu’ils sachent que c’est parce que je t’aime comme un Père. Je te sais à l’écoute de tes fils et je me fais l’interprète de ce que peuvent penser quelques-uns des membres de notre assemblée.

Il nous arrive de nous interroger : est-ce toi qui te refugie dans le mutisme, ou sommes-nous les frères de ceux que le Christ désignait en disant d’eux : « Ils ont des yeux et ne voient pas, des oreilles et n’entendent pas » ?

Serions-nous devenus sourds, abasourdis par le bruit incessant dont nous nous entourons pour nous rassurer, tout en nous en plaignant. Assourdis par le vacarme que font les armes des nations qui ne connaissent pas la paix ?

Aurions-nous peur du silence, de ce silence habité par ta présence ? Si nous nous abandonnions, nous découvririons alors que bien des maux dont nous te rendons responsables sont dus à la folie des hommes.

Dans ce silence, nous pourrions alors trouver réponse à quelques-uns de nos « pourquoi » ! C’est en nous que nous puiserions les ressources nécessaires pour connaître le réconfort. Non que nous inventions des réponses, mais parce qu’elles sont déposées depuis toujours par toi, mon Dieu, au fond de notre cœur meurtri, aujourd’hui, par le départ de Jean-Luc.

Lorsque nous nous sommes rencontrés, Madame, vous m’avez confié un peu du bonheur que vous avez vécu avec Jean-Luc.

Ce n’est pas d’abord du dirigeant d’entreprise que vous m’avez parlé, mais de l’homme que vous aimez et avec qui vous avez partagé 25 ans de vos deux vies. Au cours de ces années, qui ne vous semblent qu’un instant, vous ne l’avez jamais entendu juger les autres, s’il donnait une appréciation c’était toujours sur leurs qualités.

Il était respectueux de leur liberté, de leur indépendance. Ne disait-il pas : «La confiance, c’est à 100 %, à 99 % ce n’est plus de la confiance. »

Vous m’avez parlé de sa passion pour la terre, sa terre de Gascogne et de ces vers de Cyrano de Bergerac, qu’il aimait tant, que vous les aviez inscrits sur l’une des portes de la maison : « C’est moralement que l’on doit porter ses élégances. »

Il aimait sa Gascogne, ce qui ne l’empêchait pas de dire : « Je suis fier d’être gascon dans une France forte, je suis fier d’être français dans une Europe forte ! »

Chacun connaît la place qu’occupaient les chevaux dans sa vie. Ils étaient un peu comme des modèles. Et là encore c’est avec passion qu’il en parlait : « Un cheval reste toujours debout, il dort debout, lorsqu’il tombe, il ne tombe qu’une seule fois. »

Nous les hommes si nous tombons nous devons nous relever immédiatement. Lorsqu’il était à l’hôpital, et que l’on a annoncé des visites, il s’est levé, pour recevoir debout. Bien qu’il connut aussi des échecs et de rudes revers il était un homme définitivement debout !

Vous m’avez dit aussi son respect pour ses collaborateurs, les personnes qui étaient à son service, son humilité et sa tendresse envers les petits.

Et puis il y avait Arnaud, rien ne sera égal à la passion qu’il avait pour son fils. Il y avait aussi Alexandre et Emery ses petits-enfants, respectueux et discret il était cependant attentif à leur éducation. Jean-Luc voulait transmettre, là encore il ne s’agit pas de se tromper, ce n’est pas de la transmission concernant les affaires et le groupe qu’il s’agissait mais de la transmission de valeurs, de repères... Un lien émouvant les unissait tous les deux, un amour réciproque, un amour rare entre un père et son fils. Tout ce que Jean-Luc faisait, il le faisait pour son fils, en pensant à son fils.

L’hommage unanime que lui ont rendu les médias, n’est pas de pure convenance comme cela se produit souvent. On reconnaît à celui ou celle qui vient de mourir des qualités qu’on lui refusait de son vivant.
Non, ici c’est un hommage unanime, enthousiaste où s’expriment spontanément les regrets et le chagrin.

Ceux qui ont eu la chance de l’approcher sont nombreux à reconnaître qu’il rendait les autres plus grands ! Jamais d’amertume, de rancœur, de mélancolie. Plusieurs de ses amis ont évoqué sa gaîté communicative. Sans doute Jean-Luc n’aimerait-il pas nous voir triste ce matin. Il avait une grande confiance dans le destin. Il considérait comme inutile de perdre du temps et de dépenser de l’énergie pour ce qui nous échappe et dont nous ne sommes par maîtres.

Quelques jours avant l’une de ses interventions chirurgicales, l’un de ses proches lui a dit : « Je penserai bien à vous ». Gardant le silence il a levé les yeux. Peut-être pensait-il alors à cette phrase de l’Abbé Pierre : « La vie est plus un consentement qu’un choix. On choisit si peu. On dit oui ou non au possible qui nous est donné. La seule liberté de l’homme c’est de tenir la voile tendue ou de la laisser choir. Le vent n’est pas de nous. »

L’un de ses amis m’a dit : « Avec Jean-Luc, c’est un type d’homme qui disparaît car le moule disparaît avec lui. L’humanité s’appauvrit de ce type d’homme. »

Jean-Luc LAGARDERE était un homme tout simplement, un homme digne de ce nom, un homme qui réjouit le cœur de Dieu.

Évoquant les milliers d’hommes et de femmes auxquels Jean-Luc LAGARDERE a procuré un travail, on pense aussitôt à cet intendant de l’Evangile, fidèle et avisé, que le maître a établi sur sa maison pour donner à chacun et à temps sa ration de blé. Jésus nous dit : « Heureux ce serviteur que son maître en revenant trouvera agissant ainsi. En vérité, je vous le dis, il l’a établi sur tous ses biens. »

A chaque fois que notre course s’arrête quelques instants pour accompagner quelqu’un que nous avons aimé vers sa dernière demeure, l’occasion nous est donnée de regarder notre vie. Penser à la mort n’est pas réservé à ceux qui croient en une vie après la mort. Nous aussi nous serons un jour à la place qu’occupe aujourd’hui Jean-Luc LAGARDERE. Cela peut nous amener à jeter un regard sur notre vie, à apprécier ce qui est important et ce qui ne l’est pas.

La parole de Dieu met l’accent sur ce qui compte, sur ce qui restera, sur ce qui nous survivra : le pardon, l’attention aux autres, la justice, la bonté qui se traduit en acte, la passion de la paix et de l’unité. Cela, est plus fort que la mort.

La mort engloutit avec elle ce qui n’a pas de valeur réelle, tant de choses auxquelles nous donnons de l’importance et qui nous font passer à côté de celles qui comptent vraiment. La mort ne peut rien contre l’amour, contre la foi, contre l’espérance. Cela est immortel, parce que déposé par Dieu dans le fond de notre cœur.

L’amour ne peut mourir !

Le Christ nous a appris qu’il ne fallait jamais renoncer, jamais capituler ni devant la violence, ni devant la haine, ni devant l’injustice, ni même devant la mort. Pour le Christ et pour les chrétiens, la mort n’est pas le dernier mot de notre existence. C’est l’amour qui est le dernier mot, la foi et la confiance dont le Christ fut le témoin jusque dans ses souffrances et dans sa mort.

Au terme de cette célébration nous dirons adieu à Jean-Luc LAGARDERE. A Dieu, ce mot qu’il nous arrive de prononcer en ayant oublié son origine, sa signification. Nous ne vous verrons plus, Jean-Luc, mais vous nous donnez rendez-vous auprès de Dieu. A votre baptême, l’Eglise a proclamé que vous veniez de Dieu ; Aujourd’hui l’Eglise proclame que vous retournez « à Dieu ».

Tout à l’heure, nous bénirons le corps de Jean-Luc avec l’eau, source de vie, comme au baptême. C’est un acte de foi : aujourd’hui c’est sa naissance à une autre vie, la vie en Dieu. Quelque chose est fini aujourd’hui pour Jean-Luc mais quelque chose commence.

Dieu le promet, je lui fais confiance, telle est mon espérance.




+ Jean-Michel di FALCO
Évêque auxiliaire de Paris


La discussion

      Homélie de Mgr Jean-Michel Di Falco, de XA [2003-03-23 13:43:12]