| Auteur : Justin Petipeu |
| Sujet : HOMELIE de l'abbé BONNETERRE, le 25/02/03 |
| Date : 2003-03-11 20:23:36 |
Homélie prononcée au prieuré St-Louis, à Nantes, le 25/02/03.
"Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, ainsi-soit-il.
Mes bien chers frères,
C'est du Rosaire dont je vous parlerai ce matin. Vous allez me dire : ce n'est pas le mois d'Octobre...Sans doute, mais c'est l'Année du Rosaire et de cette Année du Rosaire, il me semble qu'il est bon de parler. Réfléchissons un instant sur la situation du Rosaire, du chapelet, du dizainier, peu importe le volume de cette prière mariale !
Les plus jeunes n'ont pas idée de ce qui était ; les anciens s'en souviennent et on peut voir qu'en une quarantaine d'années, le Rosaire sous toutes ses formes a pratiquement disparu de la vie de l'Eglise. Prenons l'aspect matériel, c'est-à-dire l'objet : le chapelet. Il y avait des oeuvres d'art, il y avait des artisans, il y avait des usines de chapelets...Elles ont toutes disparu. Il nous reste des chapelets en bois avec un fil de nylon ou une cordelette, des objets de piété qu'on ne peut qualifier de minables parce qu'ils sont faits par des religieux, mais en tout cas, c'est pauvre...Quelle décadence ! et encore, il reste quelque chose. Il y a quarante ans, lors d'une communion solennelle, on offrait un chapelet. Après, on a offert une montre ; ensuite, divers objets électroniques...Il n'y a plus de chapelets. Les jeunes ne savent plus ce qu'est le chapelet, ne connaissent plus les Mystères du chapelet. Dans les paroisses, il n'y a plus rien ! Plus rien ! A la cathédrale, aux mois de mai et d'octobre, dans un recoin de la sacristie, pour que celà fasse le moins de bruit possible et qu'on n'en parle pas, quelques personnes se réunissent pour dire le chapelet. Le reste de l'année : RIEN. Par contre, le Rosaire a subsisté, a survécu dans des lieux privilégiés, dans des familles privilégiées qui ne devraient jamais s'en enorgueillir mais remercier Marie. Il a subsisté dans des cars qui allaient en pélerinage vers des lieux de pélerinage. Il a subsisté chez quelques personnes pieuses, des groupes de prière qui se sont organisés pour résister ! Mais le clergé, hélas, on peut le dire, a enseveli le Rosaire.
Eh bien la bonne nouvelle dont je veux vous faire part ce matin, mes bien chers frères, c'est que le pape Jean-Paul II a exhumé - l'expression n'est pas trop forte - le Rosaire. Il a ressucité cette prière ou en tout cas, il a tout fait pour le faire, même si celà est occulté avec tous les moyens possibles d'obstruction à son message... Quand l'a-t-il fait ? Il l'a fait le 16 octobre 2002, à l'occasion de son 24ème anniversaire au souverain pontificat. C'est un testament spirituel lorsqu'on voit dans quel état il est. C'est une lettre, une lettre sur le Rosaire, un lettre longue de 60 paragraphes. Qu'est-ce que les médias en ont retenu, mes bien chers frères ? Bien sûr c'est LA nouveauté des mystères lumineux. Point. Eh bien les mystères lumineux, dans son texte, qu'il ne fait que proposer et en tout cas n'obligent jamais, ne représentent que deux paragraphes sur 60 ! Si ce n'est pas de la désinformation, parler ne veut plus rien dire....
Le pape a dit autre chose et puisque nous étudions dans des réunions où nous essayons d'approfondir le sujet mais que la foule n'est pas toujours là pour des circonstances que je comprends bien, je voudrais simplement résumer ce que le Saint-Père a dit, même si tout ce qu'il a dit présente parfois des défauts ; il a parlé des mystères lumineux : il y a quelque fois des ombres, justement dans les mystères lumineux et particulièrement dans le cinquième, celui de l'institution de l'Eucharistie. Le Saint-Père fait allusion à cette notion de "mystère pascal", notion de théologie un peu obscure pour définir le mystère eucharistique.
Mais en dehors de ces quelques travers qui sont vite définis et vite circonvenus, le texte est parfaitement extraordinaire et je voudrais que vous en saisissiez la portée.
Définition du Rosaire, tout d'abord : "Réciter le Rosaire n'est rien d'autre que contempler avec Marie le visage du Christ." Et comment s'y prendre ? le pape propose : Pour donner un plus grand relief à cette invitation, profitant de l'occasion du tout proche cent vingtième anniversaire de l'encyclique de Léon XIII déjà mentionnée, je désire que, tout au long de l'année, cette prière soit proposée et mise en valeur de manière particulière dans les différentes communautés chrétiennes. Je proclame donc l'année qui va d'octobre de cette année à octobre 2003 Année du Rosaire. Je suis certain que cette directive sera accueillie avec générosité et empressement. Il y a peut-être de l'ironie dans ses propos...La générosité, où est-elle et l'empressement, je ne le vois nulle part ! Je ne parle pas de vous, j'observe le diocèse, j'observe la France et le pape est obligé de rappeler les misérables - sans les nommer - qui ont enterré le Rosaire avec un paragraphe sur les objections au Rosaire.
Et ensuite, il dit que le Rosaire est "une école de contemplation" et là, il veut redéfinir la vraie mission de l'Eglise. Dans une Eglise de France où le cardinal Castrillon disait il y a déjà six ou sept ans que les prêtres étaient devenus des assistantes sociales et que les sermons parlaient d'un catholicisme horizontal, le pape dit : il faut un christianisme qui se distingue avant tout dans l'art de la prière ! Ecoutez bien : "il est plus que jamais urgent que nos communautés chrétiennes deviennent d'authentiques écoles de prière .Le Rosaire se situe dans la meilleure et dans la plus pure tradition de la contemplation chrétienne".
Et il montre le double but du Rosaire : la paix et la famille. Le Rosaire est d'abord la prière pour la paix. Il est aussi la prière de la famille et pour la famille "cellule de la société, toujours plus attaquée par des forces destructrices, au niveau idéologique et pratique". Et il conforte l'autorité du Magistère de l'Eglise par deux apparitions : Lourdes et Fatima, Notre-Dame du Rosaire. Il se situe dans la lignée de trois grands docteurs du Rosaire : St Louis-Marie Grignon de Montfort, bien sûr, le padre Pio et enfin Bartolo Longo. Bartolo Longo, mes bien chers frères, est inconnu en France...hélas ! Qui était-ce ? Un laïc, un simple laïc, avocat de métier et qui s'est consacré entièrement au Rosaire et a construit avec l'aide du pape Léon XIII la basilique du Rosaire de Pompéi. En France, lorsqu'on parle du Rosaire, on pense à la basilique du Rosaire de Lourdes ; c'est bien. Mais le centre mondial du Rosaire, c'est la basilique de la reine du Rosaire de Pompei, construite par Bartolo Longo, né en 1841, mort en 1926.
Le Saint-Père montre que le Rosaire est une école de contemplation. Il donne comme modèle de l'âme qui récite son Rosaire, les Apôtres à la Transfiguration : "Il nous est bon d'être ici". Le Rosaire est une icône de contemplation chrétienne et il montre la Vierge comme modèle indépassable d'âme contemplative. Pourquoi ? parce qu'elle ressemble au Christ, comme je vous l'ai dit à Noël et qu'entre eux existe une intimité spirituelle indépassable. Les Mystères du Rosaire, comme tout l'Evangile, ce sont les souvenirs de Marie ! et la communauté chrétienne qui récite le Rosaire se met en symphonie avec le souvenir et avec le regard de Marie.
Jean-Paul II cite Paul VI dans "Marialis Cultus" et là, il est bien inspiré : Paul VI disait que sans la contemplation, le Rosaire est un corps sans âme, que le Rosaire doit être récité calmement, il faut prendre son temps. Il faut se souvenir du Christ avec Marie. Que par Marie, dans le Rosaire, on apprend le Christ, qu'avec Marie, par le Rosaire, on se conforme au Christ. Ce point-là est capital, mes bien chers frères : le Rosaire amène la conversion. "Dans le parcours spirituel du Rosaire, fondé sur la contemplation incessante en compagnie de Marie du visage du Christ, on est appelé à poursuivre un tel idéal exigeant de se conformer à Lui grâce à une fréquentation que nous pourrions dire amicale". Et il cite St-Louis-Marie Grignon de Montfort : " lus une âme est consacrée à Marie, plus elle l'est à Jésus-Christ". Supplier le christ avec Marie...La prière de l'Eglise est portée par la prière de Marie. Bartolo Longo disait que Dieu est tout-puissant par nature mais que la Vierge est toute-puissante par grâce. Que le Rosaire est également une prédication, il est une "catéchèse significative" et le pape dit ceci : "Le Rosaire conserve toute sa force et reste un moyen indispensable dans le bagage pastoral de tout bon évangélisateur".
Eh bien mes bien chers frères, je voudrais fouiller les poches des prêtres, des aumôniers de collèges et parfois des évêques : que font-ils du chapelet ? Qu'avez-vous retenu de vos cours du secondaire en catéchèse, en "instruction religieuse", s'il vous plaît ? RIEN ! parce qu'ils ne prêchaient pas le Rosaire ! Le pape le dit : Le Rosaire conserve toute sa force et reste un moyen indispensable dans le bagage pastoral de tout bon évangélisateur.
Le pape parle des mystères joyeux, des mystères lumineux, mais ces mystères lumineux feront assurément long feu, parce que le Rosaire est assurément ternaire, comme toute la spiritualité qui est Trinitaire...introduire un "4" dans le christianisme, c'est presqu'une incongruité. Il ne l'a sans doute pas perçu mais je pense que le succès sera très modéré. Respectons les mystères joyeux, douloureux et glorieux, les mystères de la Tradition. Le Saint-Père propose de cheminer ainsi avec Marie ; là encore, dérapage idéologique et c'est normal : on a la pensée que l'on a et on ne change pas de pensée à 82 ans : "le mystère du Christ révèle le mystère de l'homme".
Peu importe, l'essentiel n'est pas là, l'essentiel est dans le Rosaire ressucité, méthode fondée sur la répétition et le pape insiste : "Ce n'est pas une pratique aride et ennuyeuse.Au contraire, on peut considérer le chapelet tout autrement, si on le regarde comme l'expression de cet amour qui ne se lasse pas de se tourner vers la personne aimée par des effusions qui, même si elles sont toujours semblables dans leur manifestation, sont toujours neuves par le sentiment qui les anime". Le poète disait : "aimer n'a qu'un mot et le dire sans cesse, c'est ne se répéter jamais". Méthode valable du Rosaire ! mes bien chers frères, et le pape donne quelques conseils : la composition de lieu et il parle des exercices spirituels de St-Ignace, disant qu'il faut composer l'image dans son imagination : l'Annonciation, la Visitation, etc... On peut prendre son Nouveau Testament pour méditer le Rosaire ! Tout est dans la parole de Dieu qui doit nourrir la méditation du Rosaire et le plus intéressant, c'est ce que le Saint-Père dit du silence dans le Rosaire : le Rosaire n'est pas un brouhaha de cavalcades plus ou moins harmonieuses. Dans certains lieux de prière, le Rosaire est une espèce de poulaillier de cocottes qui pondent des oeufs de façon complètement arythmique...Le Rosaire, ce n'est pas ça, mes bien chers frères, on prie ensemble et le silence a sa place ! c'est ce que le pape dit : "L'écoute et la méditation se nourrissent du silence. Après l'énonciation du mystère et la proclamation de la Parole, il est opportun de s'arrêter pendant un temps significatif pour fixer le regard sur le mystère médité, avant de commencer la prière vocale." Il parle du Notre Père, il parle de l'Ave Maria, il parle du Gloria Patri, des oraisons jaculatoires qu'on peut ajouter, par exemple celle de Fatima qui est la plus classique, il parle de l'objet, le chapelet, qui converge vers le Crucifié et il cite Bartolo Longo : le chapelet est « chaîne » qui nous relie à Dieu.
Et le pape arrive à sa conclusion : sa conclusion, c'est l'invitation à la prière pour la famille et surtout, pour la paix. "L'Église a toujours reconnu à cette prière une efficacité particulière, lui confiant les causes les plus difficiles dans sa récitation communautaire et dans sa pratique constante. En des moments où la chrétienté elle-même était menacée, ce fut à la force de cette prière qu'on attribua l'éloignement du danger, et la Vierge du Rosaire fut saluée comme propitiatrice du salut." Vous savez que la diplomatie vaticane est peut-être la mieux informée du monde, mes bien chers frères, et lorsque le Saint-Père énonce la paragraphe suivant, on ne peut que trembler : "Les difficultés que la perspective mondiale fait apparaître en ce début de nouveau millénaire nous conduisent à penser que seule une intervention d'en haut, capable d'orienter les cœurs de ceux qui vivent des situations conflictuelles et de ceux qui régissent le sort des Nations, peut faire espérer un avenir moins sombre.Le Rosaire est une prière orientée par nature vers la paix, du fait même qu'elle est contemplation du Christ, Prince de la paix et « notre paix »".
Et la prière de la famille, des parents et aussi des enfants, "chemin de croissance des enfants", dit le pape, " rier le Rosaire pour ses enfants, et mieux encore avec ses enfants, en les éduquant depuis leur plus jeune âge à ce moment quotidien de « pause priante » de la famille, n'est certes pas la solution de tous les problèmes, mais elle constitue une aide spirituelle à ne pas sous-estimer"...
Et la conclusion, forte : c'est la mobilisation générale de la chrétienté, mes bien chers frères. "Je m'adresse à vous en particulier, chers Frères dans l'épiscopat, prêtres et diacres, Je m'en remets aussi à vous, théologiens, Je me tourne vers vous, frères et sœurs de toute condition, vers vous, familles chrétiennes, vers vous, malades et personnes âgées, vers vous les jeunes: reprenez avec confiance le chapelet entre vos mains, le redécouvrant à la lumière de l'Écriture, en harmonie avec la liturgie, dans le cadre de votre vie quotidienne." Et le mot pathétique : "Que mon appel ne reste pas lettre morte !"
Mes bien chers frères, les canons grondent ! les évêques de France qui ne sont pas de grandes lumières ont malgré tout entendu le son. Eh bien qu'est-ce qu'ils ont fait, eux ? Ils ont fait une déclaration commune - protestants, orthodoxes, catholiques -, ils n'ont pas trouvé de franc-maçons pour l'occasion mais je pense qu'ils auraient souhaité une signature de ce calibre...Et qu'est-ce qu'ils ont dit ? "La prière commune, la prière les uns pour les autres, nous apparaît comme un signe fort et comme le gage de l'unité entre tous les chrétiens. Dans la prière commune, nous apprenons à écouter ensemble Celui en qui seul se trouve notre unité.En nous adressant à vous, nous voulons vous appeler à poursuivre, bien au-delà de cette semaine, cet engagement commun dans la prière, la prière pour la paix".
Mais il n'y a pas UN MOT sur le ROSAIRE !!! Les évêques de France ont des boules Quies dans les oreilles ; ils ne veulent pas entendre le Saint-Père. C'est pitoyable ! et à Nantes, que se passe-t-il ? C'est égal si ce n'est pas pire ! Mgr Soubrier en a parlé et quand je dis "parlé", c'est une ligne, deux fois. Le 17 octobre, il recevait les représentants des équipes du Rosaire - 150 personnes -, il fait un sermon et une allusion : "nous sommes dans l'année du Rosaire"...Le 1er janvier, pour les voeux annuels, "En cette année du Rosaire, etc..." Rien d'autre. Point barre. Aucune action, aucune directive diocésaine pour la récitation du Rosaire et dans les paroisses : zéro pointé. J'ai observé, j'ai lu, on me passe énormément de bulletins paroissiaux, il y a deux prêtres du diocèse, en tout cas de la ville, qui ont fait presque rien : le père M. de la paroisse TA, qui a rappelé qu'il y avait évidemment les mystères lumineux. C'est tout. Le père T. à SP qui a mis deux paragraphes dans son bulletin, hors-sujet. Il les a cités mais ç'a n'a rien à voir avec l'essentiel du message pontifical.
Mes bien chers frères, revenons deux ans en arrière ! Que se passait-il il ya deux ans ? C'était le grand Jubilé de l'an 2000. L'évêque faisait obstruction aux Indulgences ; les prêtres n'en parlaient pas. Nous avons fait du bruit et nous sommes allés à la cathédrale le jour de Noël et celà a enclenché un processus : l'évêque s'est mis à parler des Indulgences, des paroisses sont venues à la cathédrale.
Voilà pourquoi je vous invite tous personnellement, et je compte sur chacun d'entre vous à venir à la cathédrale samedi prochain à 15 heures réciter le Rosaire ! Ce sera un exemple, qu'humblement, nous donnerons à l'évêque, dans sa cathédrale ; je pense qu'il ne sera pas sourd. Et je pense que les 12000 tracts distribués sur la ville de Nantes avec les paroles du pape nous réuniront nombreux, non seulement vous, mes bien chers frères, mais des fidèles de partout, pour prier le Rosaire.
Que la paix vienne ou qu'elle ne vienne pas, celà est entre les mains de Dieu, mais nous aurons fait notre devoir ! Nous aurons été, une fois de plus, les seuls fidèles au pape dans le diocèse et croyez-moi, celà finit par se savoir !
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, ainsi soit-il." |
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