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les femmes et l'Eglise Imprimer
Auteur : castor junior
Sujet : les femmes et l'Eglise
Date : 2003-03-06 22:45:27

Si elle prône le célibat des prêtres et se bat contre une contraception désordonnée, l'Église voit souvent ses rapports avec les femmes taxés d'obscurantistes. Pourtant, dans ce domaine comme dans d'autres, l'Église a, dans l'Histoire, été souvent plus avant-gardiste que la société civile elle-même.

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Les Écritures jalonnées par des femmes :

Dès le premier livre de la Bible, la Genèse, la femme trouve sa place, donnée par Dieu lui-même : "Il n'est pas bon que l'homme soit seul. Faisons-lui une aide qui lui soit assortie" (Gen, II, 18). L'ancien Testament fourmille d'exemples de femmes courageuses et fortes telles que Rachel, Anne, Judith et Esther ou dangereuses comme Dalila. Les Évangiles sont empreints de l'intérêt de Notre-Seigneur pour la "cause des femmes" (pas au sens du MLF !). Le Nouveau Testament commence avec Marie, Élisabeth et la prophétesse Anne. Le ministère de Notre-Seigneur est jalonné par la Samaritaine, la femme adultère, la veuve de Naïm, la Cananéenne, Marthe et Marie, et Marie-Madeleine.

Ce sont ces mêmes femmes qui, alors que le Christ a été crucifié et que les apôtres se terrent au Cénacle par peur des représailles des Juifs, font montre d'un grand courage. Ce sont ces femmes qui ensevelissent le Christ et le mettent au tombeau, ce sont elles qui, les premières, découvrent la Résurrection du Sauveur et l'annoncent aux disciples. Alors que Judas a trahi Jésus en le vendant pour trente deniers et que saint Pierre l'a renié par trois fois, les Évangiles rapportent la grande foi de ces saintes femmes. Elles sont l'exemple même de la fidélité au Christ, malgré les épreuves et les menaces. Fidélité pouvant aller jusqu'au martyr le plus terrible, telle sainte Blandine jetée dans les arènes romaines.


Saint Paul et les premiers siècles de l'Église:

"Le chef de tout homme, c'est le Christ, le chef de la femme, c'est l'homme, ce n'est pas l'homme qui a été créé pour la femme mais la femme pour l'homme" nous dit Saint Paul dans cette épître aux Collossiens qui a fait couler beaucoup d'encre. S'il cherche à donner sa place à chacun dans le mariage, l'apôtre reconnaît quel soutien les femmes peuvent être dans son ministère, elles qui comme Phébée et Persis "se fatiguent beaucoup pour le Seigneur" (Romains, I, 6). Et l'apôtre d'ajouter : "Dans le Seigneur, la femme ne va pas sans l'homme, ni l'homme sans la femme : car si la femme a été tirée de l'homme, l'homme, à son tour, naît de la femme et tout vient de Dieu" (I Coll., II, 2). Certains de ses successeurs interpréteront de façon beaucoup plus machiste le récit de la Genèse. Pour Tertullien, la femme porte plus de culpabilité que l'homme : "C'est toi la porte du diable, toi qui es venue à bout si aisément de l'homme, l'image de Dieu. C'est ton salaire, la mort qui a valu la mort même au Fils de Dieu" (Sur la toilette des femmes, I, 1).

De cette culpabilité découle la justification de la présence de Marie et de sa part au salut. Grâce à elle, pour Saint Pierre Chrysologue, la femme "devient messagère de résurrection, elle qui était l'interprète de la perdition". Le christianisme a modifié énormément et, en faveur des femmes, la loi de Rome par l'indissolubilité du mariage, la lutte contre la bigamie et contre l'inceste, l'interdiction du concubinage et la modification de la législation sur l'adultère qui, auparavant, condamnait exclusivement les femmes.

Ce qui révolte Saint Grégoire de Nazianze : "L'épouse qui déshonore le lit nuptial subit les dures sanctions de la loi. Mais l'homme trompe impunément sa femme. Je n'admets pas cette législation (...) autre est la volonté de Dieu".


Le Moyen-âge des femmes éminentes :

Dans l'ombre des hommes célèbres du Moyen-âge on trouve pléthore de saintes femmes : sainte Clotilde qui convertit son époux Clovis et avec lui tout l'empire franc, sainte Geneviève qui protégea Lutèce du terrible Attila, sainte Hedwige ou encore, moins connue, sainte Olga de Kiev. En politique aussi, les femmes prennent des places prépondérantes; on retiendra notamment Brunehaud ou encore la princesse tchèque Dobrava. Ce n'est sans doute pas par hasard si cette époque est aussi celle de l'extension de la dévotion à la Sainte Vierge Marie, dévotion dont nous avons gardé de magnifiques antiennes telle que le Salve Regina, tout à la gloire de la Reine des Cieux.

Le folklore actuel entend nous faire passer toutes les âmes consacrées du Moyen-âge pour de pauvres filles déçues, obligées, laides ou bien encore pécheresses, alors que ce réel essor de la vie religieuse résulte au contraire d'une volonté d'honorer plus parfaitement Dieu, à l'exemple des grands religieux de ce temps. Cette époque voyait effectivement l'attribution de charges ecclésiastiques à des fils de nobles familles n'ayant pas nécessairement de vocation religieuse. Pour autant, s'ils portaient le titre honorifique d'abbé de telle ou telle abbaye, ils ne menaient pas la vie contemplative.

L'entrée dans un couvent ou une abbaye résulte donc, hier comme aujourd'hui, de la part du postulant d'une volonté délibérée de se consacrer à Dieu, par choix et non par dépit, parfois, du reste, après un mariage ou une carrière civile. Dans le cas contraire, ces âmes auraient les plus grandes difficultés à supporter une règle et une vie rudes, surtout dans les ordres féminins où la clôture est beaucoup plus contraignante que dans les ordres masculins.

L'abbaye de Fontevraud, fondée en 1114, est un exemple probant de la place que les femmes prennent aussi dans le monde religieux. Dans l'abbaye, une communauté d'hommes et une autre de femme se trouvent juxtaposées. Les hommes et les femmes y font profession, entre les mains de l'abbesse, qui est obligatoirement une femme veuve ayant donc une expérience solide du mariage. Des femmes célèbres de l'histoire de l'Église tourmentée en ses siècles, nous ne citeront que sainte Catherine de Sienne (+ en 1380) qui œuvra pour le retour du pape à Rome, sainte Brigitte de Suède ou encore sainte Jeanne d'Arc dont tout le monde connaît l'épopée. Parmi elles, se trouve aussi sainte Hildegarde de Bingen (dont les œuvres donnent aujourd'hui lieu à des interprétations ésotériques farfelues) qui, grâce à son savoir encyclopédique, devint conseillère des papes et des rois. Elle fut même invitée à prêcher en présence du pape Eugène III et de saint Bernard de Clairvaux, vers 1147.

Le Moyen-âge laisse aux femmes des places stratégiques, que ce soit dans la vie publique -Aliénor d'Aquitaine en est l'exemple le plus célèbre- ou dans la vie recluse des monastères.


Des Guerres de Religion au Concile de Trente :

Les Guerres de Religion ne sont pas une période faste pour les femmes : les mœurs comme les discours de Luther en sont la preuve : "Si ta femme se refuse à toi, prends ta servante" n'hésite-t-il pas à dire dans ses sermons. Du côté catholique, on profite des controverses pour redoubler d'efforts dans la catéchisation des femmes. C'est par elle que tout passe : ce sont elles qui élèvent les enfants, les chrétiens de demain. Les programmes modernes d'enseignement des peuples par les femmes n'ont rien de novateurs...

L'époque est marquée par des initiatives originales émanant de femmes. Sainte Angèle Merici (vers 1475) crée la Compagnie de sainte Ursule, dédiée à l'enseignement des filles. Sainte Thérèse d'Avila réforme le Carmel et entraîne, dans son sillage, la réforme de l'ordre masculin des Carmes. Saint Jean de la Croix va jusqu'à la considérer comme sa maîtresse spirituelle. Pourtant, la chasse aux sorcières qui sème la terreur dans les campagnes de 1560 à 1680 envoie quatre femmes au bûcher pour un homme. Au XVIIème siècle, des femmes font véritablement l'histoire de l'Église. Marie de l'Incarnation est de celles-là : cette jeune veuve, entrée chez les Ursulines, part en Nouvelle-France et accomplit un énorme travail d'évangélisation des peuplades indiennes.

Les hérésies qui fleurissent à l'époque doivent aussi aux femmes : on retiendra Mère Angélique Arnaud, abbesse de Port-Royal, haut-lieu du jansénisme, et Madame Guyon qui œuvra pour le quiétisme. Épaulant les plus grands saints de l'époque, on trouve sainte Louise de Marillac, bras droit de saint Vincent de Paul, dans la fondation de la Compagnie des Filles de la Charité (vers 1633) et sainte Jeanne de Chantal qui, sous l'instigation de saint François de Sales, crée l'ordre de la Visitation. Pour poursuivre, en France, l'œuvre de la Réforme du Carmel, initiée en Espagne par sainte Thérèse d'Avila, la Providence suscite Madame Acarie. Le Concile de Trente se penche sur l'institution du mariage et rend obligatoire la publications des bans, la présence d'un prêtre et le fait qu'il soit public, pour éviter tous les abus tels que polygamie et répudiation dont les femmes pouvaient être victimes dans certains pays.


Après la Révolution, un siècle marial :

Avec la Révolution, le mariage civil comme le divorce sont créés de toutes pièces. L'anticléricalisme ambiant est tellement oppressant que les femmes sont obligées de rester en retrait de la vie religieuse. "Citoyens, citoyennes, désormais, vous êtes libres !" disent les révolutionnaires aux religieux et religieuses tout en les empêchant par la force de continuer à mener leur vie tout à Dieu. Les femmes s'écartent également de la vie politique. Le Concordat redonnera un nouvel essor à la féminisation de la religion : le personnel féminin de l'Église dépasse largement celui des hommes. Le culte marial s'étend.

Dès 1800, les congrégations religieuses se multiplient. Les tertiaires dominicaines et franciscaines tiennent les écoles, animent les veillées des villages. Quatre cent nouvelles congrégations sont crées en vingt-quatre ans. En 1861, il y a, en France 90.000 religieuses dont les deux tiers sont enseignantes. Le XIXème siècle est aussi le siècle de l'esprit missionnaire : nombreux sont les récits relatant le passage du Cap Horn par une poignée de religieuses ou la chevauchée du Rio Grande argentin par un petit groupe de sœurs. Mais c'est aussi le siècle de la révolution industrielle et l'on voit se former les premières ligues féminines, premiers syndicats. Initiée par le Génie du christianisme de Chateaubriand, la dévotion mariale est soutenue les écrits de saint Louis-Marie Grignon de Montfort et saint Alphonse de Liguori.

Les apparitions n'ont jamais été aussi nombreuses qu'au cours de ce siècle : la Rue du Bac en 1830, La Salette en 1846, Lourdes en 1858, Pontmain en 1871. Partout, Notre-Dame apparaît à des femmes et à des enfants. La publication du dogme de l'Immaculée Conception, en 1854, consacre cet essor marial. Il affirme que la sainte Vierge Marie a été conçue sans le péché originel qui souille depuis Adam et Eve l'âme de tout homme. La Mère du Sauveur est ainsi l'unique créature humaine a n'avoir jamais été touchée par le péché. Pas un saint, aussi grand soit il, n'a bénéficié de ce privilège divin.


Nos contemporaines :

Si les médias ont popularisé les figures emblématiques de Mère Térésa et de Sœur Emmanuelle ces dernières années, il ne faut pas en oublier pour autant l'action religieuse des femmes, telle qu'Edith Stein, durant la Seconde guerre Mondiale. Notre siècle a également porté sur les autels, par la canonisation, de nombreuses femmes : sainte Jeanne d'Arc, sainte Catherine de Sienne ou plus récemment sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, docteur de l'Église, pour n'en citer que quelques unes parmi les plus célèbres.

Les détracteurs de l'Église ont donc beau jeu de faire passer notre religion pour machiste. Des premiers siècles à nos jours, la femme a eu et a un rôle capital dans l'Église, par l'apostolat dont elle est capable, la charité qu'elle rayonne autour d'elle ou la prière humble et contemplative. L'histoire de l'Église est empreinte des actions de " femmes fortes " au sens de l'Évangile et le martyrologe du Canon de la Messe rappelle a la mémoire des vivants l'exemple de sainte Félicité, sainte Perpétue, sainte Agathe, sainte Lucie, sainte Agnès, sainte Cécile et sainte Anastasie.

N'oublions pas que la créature la plus élevée dans les Cieux, celle qui tient la place la plus haute après celle du Dieu trinitaire, est une femme : la Vierge Marie, Épouse du Saint-Esprit, Mère du Sauveur et co-rédemptrice, c'est-à-dire ayant participé à l'œuvre de Rédemption de nos péchés accomplie par le Christ. Quoi de plus grand ?



La discussion

      les femmes et l'Eglise, de castor junior [2003-03-06 22:45:27]