Monseigneur Gaillot : « L'être humain passe avant les lois »
Afin d'obtenir leur régularisation, 11 algériens continuent leur grève de la faim commencée le 4 janvier. Le Préfet ne cède pas. Et Monseigneur Gaillot les soutient.
Assis au milieu des voies du tramway à l'angle du cours Lafayette et du boulevard des Brotteaux, douze membres du Collectif pour la Régularisation des sans-papier (CRP 69) scandaient hier en fin d'après midi : « Régularisez les grévistes de la faim ! ». 20 minutes de circulation bloquée, pour 54 jours sans manger pour 9 hommes et 2 femmes de nationalité algérienne. Venu soutenir les sans-papier, Mgr Gaillot a appelé l'archevêque Barbarin à la demande des grévistes et lui a gentiment demandé de venir les voir. « J'espère qu'il va faire bouger les choses » soupirait Mgr Gaillot. « Ils ont besoin d'être régularisés. L'être humain passe avant les lois ! ». La salle dortoir de l'association Divercité est surchauffée et sent le café. Les grévistes sont emmitouflés dans plusieurs épaisseurs de vêtements et couvertures. Pouvant se lever avec peine, ils boivent énormément. Amoindris physiquement, ils sont déterminés mentalement : « Nous irons jusqu'au bout. Nous ne retournerons pas dans la clandestinité. Nous sommes prêts à mourir si le préfet ne nous régularise pas. » Inquiète, le docteur Jacqueline Bosle du Secours Populaire a alerté lundi soir la Préfecture du Rhône et le Ministère de l'Intérieur. « Leur état de santé est extrêmement critique » explique le docteur. « La plupart des 11 grévistes présente des troubles de la vue pouvant entraîner une cécité, et tous ont des atteintes des nerfs les empêchant de bouger correctement les membres. ». Si un des gréviste est à l'hôpital depuis 11 jours, deux ont déjà perdu 20 % de leur poids. « Si on perd encore 2 kg, on va mourir ! » s'exclame l'un d'eux. Présentant des troubles hépatiques, trois autres menacent de faire une hépatite aïgue, « pouvant entraîner la mort » précise Jacqueline Bosle. La Préfecture du Rhône reste sur ses positions : « Nous réexaminerons tous les dossiers, même ceux qui sont sous le coup d'un refus de séjour. A une condition : qu'ils arrêtent leur grève. Ils n'ont aucune légitimité dans leur action. Ils veulent nous forcer à examiner en priorité leurs dossiers, alors que des centaines d'autres attendent depuis plus longtemps qu'eux. » Le bras de fer continue. Le rendez-vous est fixé, vendredi (27, NDXA) à 16 heures, place Bellecour. F. B
LE PROGRES de LYON - 27/02/03 |