Un foulard qui fâche au lycée lyonnais
A la Martinière-Duchère, une élève de seconde vient en cours un foulard sur les cheveux. La majorité des enseignants ne l'accepte pas et réclame un conseil de discipline, aujourd'hui en suspens.
«La laïcité est en danger» affirment les personnels élus au conseil d'administration du lycée La Martinière-Duchère à Lyon. Au pied des grandes barres d'immeubles, cet établissement lyonnais accueille plus de 2 000 élèves. Depuis décembre, une élève de 16 ans, inscrite en seconde, vient en cours un foulard sur les cheveux, noué derrière le cou. La jeune fille motive son attitude par des convictions religieuses. Les enseignants affirment avoir essayé de la convaincre à maintes reprises, sans succès. La semaine dernière, Hanifa Chérifi, chargée de mission du ministère de l'Education nationale sur ces questions, s'est rendue au lycée pour jouer son rôle de médiatrice. « Les enseignants ont envoyé cette élève en permanence pendant un mois et cela ne l'a pas fait changer d'avis. Elle oppose une forte résistance, privilégiant sa tenue plutôt que sa scolarité » remarque-t-elle. La médiatrice a jugé sincère le père de la lycéenne, qui lui a affirmé qu'il préférerait que sa fille ne vienne pas voilée à l'école. A l'issue de sa visite, Mme Chérifi, a conseillé de suivre la réglementation en vigueur, soit la convocation d'un conseil de discipline « car il est impossible de temporiser en permanence » Exclusion en suspens C'est aujourd'hui la suspension de cette démarche disciplinaire qui provoque l'ire de la plupart des enseignants. Lundi dernier, environ 200 d'entre eux, sur les 250 que compte l'établissement, se sont réunis. Suite à cette assemblée générale, les personnels élus demandent le maintien du conseil de discipline initialement programmé hier et annulé à la demande du rectorat de Lyon. Préoccupées par la situation, les autorités représentant le ministère de l'Éducation nationale pour notre académie (Ain, Rhône, Loire) se sont déplacées à la Duchère, et ont estimé qu'il fallait « prendre le temps de la réflexion et de la concertation ». Les enseignants jugent que ce temps a trop duré. Ils fixent désormais un ultimatum au 13 mars, concrétisé par un préavis de grève, qui sera effective si le conseil de discipline n'a pas lieu ce jour là. « Nous entendons par notre action, préserver l'ensemble des élèves des tentations et des comportements qui sapent les principes de la République [ ] Plus que jamais dans le contexte actuel, nous ne pouvons tolérer que s'affichent impunément, les appartenances religieuses, politiques ou communautaires » explique leur communiqué. « Le respect de la laïcité (refus de toute manifestation d'appartenance à un groupe religieux) se justifie dans tous les lieux d'enseignement. En effet il est le moyen de garantir à nos élèves (notamment aux jeunes filles) un espace de droits et de libertés, indépendant de toute forme de sectarisme, leur permettant de devenir autonomes et de faire des choix libres ». Les enseignants trouvent un soutien dans les récentes déclarations de leur ministre « à titre personnel opposé au port du foulard islamique à l'école » et qui conseille aux chefs d'établissement de prendre « l'interprétation la plus dure possible » de l'avis du Conseil d'Etat du 27 novembre 1989, qui sert toujours de base aux conduites à tenir . Ils réclament une clarification de la réglementation en vigueur qui laisse une large part d'appréciation au terrain. MURIEL FLORIN
LE PROGRES - ST ETIENNE - 21/02/03 |