Dans Le monde de ce jour :
"C'est l'un de ces enfants perdus de l'extrême droite catholique intégriste, à la fois provocateur et fanatique. Mis en examen et écroué, lundi 3 février, pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste", "menaces réitérées de destruction" et "infraction à la législation sur les explosifs", Florian Scheckler ne cachait pas son projet de se faire sauter dans une mosquée à l'heure de la prière du vendredi. D'après ses déclarations à la police, ce jeune homme d'une trentaine d'années, employé dans une agence de voyages à Paris, semblait vouloir mettre fin à ses jours en martyr de l'occident chrétien, de préférence en tuant le maximum d'Arabes musulmans.
Le projet a été jugé suffisamment sérieux pour déclencher son interpellation, en milieu de semaine dernière, par la brigade criminelle. Elle avait été alertée par les renseignements généraux, qui surveillent de près la mouvance dite nationale-révolutionnaire depuis que l'un de ses membres, Maxime Brunerie, avait tiré sur le président de la République, le 14 juillet 2002. L'attentat avait conduit à la dissolution, quelques semaines plus tard, de la principale organisation de cette mouvance, le groupuscule Unité radicale (UR).
Proche de cette nébuleuse, Florian Scheckler connaissait Maxime Brunerie. Son projet d'attentat-suicide semble trouver sa filiation dans un nouveau groupe apparu à l'occasion de l'agression du curé de la basilique de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), le 15 septembre 2002. Une dizaine de jeunes avaient pénétré dans l'église et s'en étaient pris au Père Bernard Berger, en l'aspergeant de gaz lacrymogène et de mousse à raser. Ils avaient distribué des tracts dans lesquels ils l'accusaient d'être un "collaborateur de l'invasion", parce qu'il avait ouvert son église aux sans-papiers. Le groupe connaissait Maxime Brunerie et avait revendiqué son action en se baptisant Unité amicale, allusion à Unité radicale (Le Monde du 26 octobre 2002).
Florian Scheckler n'avait pas participé à l'agression mais il avait été entendu par la police pour s'expliquer sur la réunion du groupe à son domicile. Dans la bande, figurait un de ses amis proches, Nicolas D.. Deux semaines plus tard, ce jeune homme de 16 ans se suicidait d'une balle dans la tête. En pleine dépression, Florian Scheckler a alors tenté de se suicider et a été brièvement hospitalisé à l'hôpital psychiatrique Saint-Anne, à Paris. De retour chez lui, le jeune homme a reçu la visite d'un prêtre de l'église intégriste Saint-Nicolas du Chardonnet, à Paris, dont il était proche.
C'est une amie commune de Florian Scheckler et du jeune Nicolas, Adeline Rimoux, qui avait fourni l'arme du suicide, un pistolet automatique de calibre 7,65 mm. L'adolescent avait laissé une lettre : il justifiait à demi-mots son geste par l'amour impossible qu'il éprouvait pour la jeune femme, la fille de Lionel Rimoux, chef de cabinet du ministre de la justice, Dominique Perben. Mise en examen pour infraction à la législation sur les armes, la jeune femme n'a pu expliquer la provenance du pistolet. "Ma fille est majeure et je m'interdis toute immixtion dans la procédure, affirme M. Rimoux. Tout ce petit monde se connaissait avant ces événements mais je ne connais à ma fille aucun engagement politique d'extrême droite."
"LE MEURTRE DU TYRAN"
Adeline Rimoux était présente à l'enterrement de Nicolas D., auquel assistait aussi un groupe de jeunes gens aux cheveux ras, qui semblaient tous appartenir au même groupe de skinheads. Après le décès de Nicolas, un site Internet intitulé "gardefranque" publiait un avis "in Memoriam". Le même site mettait en ligne un texte qui justifiait "le meurtre du tyran", comme une allusion à l'acte de Maxime Brunerie.
C'est à cette époque que Florian Scheckler a élaboré son projet de faire sauter une mosquée. Il aurait confié qu'il souhaitait baptiser l'opération du nom de Nicolas, en hommage à son ami disparu. "Les mobiles ne sont pas d'une clarté folle. Il est difficile de faire la part des choses entre la volonté de suicide et un projet obsessionnel contre tout ce qui est arabe", affirme le parquet de Paris. "Il a reconnu l'intégralité des faits et a affirmé avoir voulu agir seul, indique une source policière. Il voulait se suicider en se faisant péter au milieu des infidèles en lutte contre l'Occident chrétien."
Lors de ses quatre jours de garde à vue, Florian Scheckler aurait évoqué la grande mosquée de Paris et celle de la rue Jean-Pierre Timbaud, dans le 11e arrondissement de la capitale, comme cibles potentielles. Les enquêteurs ont découvert chez lui des substances explosives. Il cherchait à se procurer d'autres armes et munitions "
Frédéric Chambon et Xavier Ternisien
• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 07.02.03"
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