Faute de pétrole vénézuélien, Washington achète... irakien
NEW YORK (AP) - En raison des sanctions internationales et d'un dirigeant guère fiable, l'Irak ne peut être considéré comme un fournisseur de pétrole sûr. Mais, par un tour ironique de l'histoire, les Etats-Unis deviennent de plus en plus dépendants des exportations de brut irakien afin de pallier la pénurie vénézuélienne.
Alors que Washington brandit la menace d'une guerre contre Saddam Hussein, certains analystes s'inquiètent de l'impact que pourrait avoir un éventuel conflit sur les cours mondiaux.
"Les Etats-Unis importent des centaines de milliers de barils de brut irakien par jour. Ce n'est pas rien", analyse John Lichtblau, président de PIRA Energy à New York. Selon des données préliminaires, ces importations sont en hausse: depuis le début de la grève générale le 2 décembre au Venezuela, on en est à plus de 500.000 barils/jour, soit près du double du volume enregistré en septembre-novembre.
La semaine dernière, ces importations ont fait un bond à 830.000 b/j, soit le chiffre le plus haut depuis début 2002, représentant ainsi près de 10% des importations américaines de la semaine, selon un analyste du ministère américain de l'Energie. Une poussée qui fait la différence, estiment les experts, puisqu'elle a accru de 200.000 b les importations américaines quotidiennes pour atteindre un total de 8,5 million b/j.
Après avoir atteint un million de barils/jour en janvier-février 2002, les exportations irakiennes vers les Etats-Unis ont plongé, notamment raison d'une nouvelle grille de prix imposée par les Nations unies pour empêcher l'Irak de surfacturer ses ventes. Après que le régime de Bagdad eut tenté en vain de lancer un embargo en avril par soutien à la cause palestinienne, les exportations devaient baisser à moins d'un million b/j, dont moins de la moitié allant vers les Etats-Unis.
Face à la baisse des recettes pétrolières et les menaces d'intervention américaine, Bagdad acceptait finalement de supprimer le surcoût, comme l'ONU l'avait demandé. Un changement qui devait pousser les grandes compagnies pétrolières à revenir sur le marché irakien pour la première fois depuis près de deux ans, selon des analystes et des diplomates onusiens. Résultat: une hausse des exportations, selon l'ONU. Depuis septembre, elles ont représenté 1,5 million b/j.
L'Irak exporte habituellement 40 à 50% de sa production vers le marché américain. Si ce pays accroît ses exportations et si Petroleos de Venezuela (PDVSA) continue d'être paralysé par la grève générale, les analystes redoutent un avenir pas si lointain où les deux producteurs seraient absents du marché. Des craintes qui font que le baril de brut est au plus haut depuis deux ans à 33 dollars le baril, soit une hausse de 75% sur un an. AP
Michel
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