je ne voulais pas provoquer de polémique... Il faut resituer la lettre qui était un fait privé et destiné aux séminaristes que Mgr Liuciani voulait tenir au courant des discussions conciliaires. N'oublions pas que la constitution sur la liturgie était prometteuse et fut signée unanimement par les pères conciliaires (y compris Mgr Lefebvre) à part une infime minorité. Mgr Liuciani témoignait de cette opportunité d'une réforme nécessaire et désirée par tous comme étant une grande chance pour l'Eglise. A ce sujet, j'espère vous réconcilier avec son prédécesseur immédiat, Paul VI, avec ce qu'écrit Nicolas Iung dans "Crise et espoir de l'Eglise" (posté plus largement plus bas):
« Certains se croient autorisés à créer leur propre liturgie »... « Songez à ces messes dont le rite est bouleversé selon la fantaisie d'un célébrant ou d'un groupe. Songez aux prêtres qui négligent ce qui est prescrit pour le vêtement liturgique. Songez aux prières eucharistiques non approuvées. Songez à ces messes dont des textes profanes remplacent la Parole de Dieu. Songez à ces messes disloquées où l'on sépare liturgie de la Parole et liturgie du Sacrifice... D'autres limitent parfois le sacrifice de la messe ou les sacrements à la célébration de leur propre vie ou de leur propre combat, ou encore au symbole de leur fraternité. On parle d'Eucharistie ; on n'ose plus employer son nom traditionnel « la messe ». On parle de « partage du pain et du vin) ; on semble oublier que le Christ est là, qui se livre. On célèbre « ce qu'on a vécu ensemble», alors qu'il s'agit de célébrer la Pâque du Seigneur».
Tous ces comportements, qui causent au pape une peine profonde, sont strictement inadmissibles. Monseigneur Etchegarray, président de la conférence épiscopale française, a fait écho à la voix pontificale au cours de la réunion plénière de Lourdes en octobre 1976 : « Il nous appartient d'accueillir et de respecter fidèlement le rite de la messe, tel que le pape Paul VI l'a promulgué. Ce rite n'est pas manipulable à la guise des célébrants, il ne peut encore moins être le fruit de leur invention. L'Eucharistie ne saurait, non plus, être confisquée au profit d'engagements humains, si légitimes soient-ils. Au moment où les chrétiens investissent de plus en plus en politique, avec la tentation, dans un monde sécularisé, de sacraliser leurs choix, il nous faut comprendre l'irritation de ceux qui voient des célébrations occulter leur propre identité chrétienne en ne signifiant plus une Église, non certes absente, mais différente du monde ».
Le chanoine Berrar, archiprêtre de Notre-Dame. dira dans une de ses homélies, le 12 juin 1977, à l'occasion d'un Jubilé d'or sacerdotal
« La messe d'hier, celle qui nous avait été confiée par l'Église comme son trésor le plus précieux était une merveille... Merveille aussi que celle d'aujourd'hui ». Ce n'est pas en reniant le passé qu'on progresse dans la foi de l'Église, ce n'est pas non plus en se crispant sur le passé, c'est en l'assumant, et, sous des formes neuves, en vivant de ce qui a nourri authentiquement des générations chrétiennes et façonne la prière des saints. Tout ce qui nous était donné hier nous est encore proposé aujourd'hui, en plénitude, en surabondance. A nous de l'accueillir, de le faire fructifier.., dans le respect intelligent... A nous d'en vivre par un approfondissement spirituel et d'en témoigner par la qualité de notre prière... ».
|