livrées sans commentaires de ma part,... Je me suis dit que ça pouvait intéresser.
Athanasios
2. Evolution de la forme de la Messe jusqu'à saint Pie V
Au jour de son institution par le Christ, le jeudi saint, la messe qu'il célèbre est essentiellement constituée par les paroles de la consécration « Ceci est mon corps... Ceci est mon sang » et par la communion reçue par les apôtres.
Au cours des âges, tout en conservant cet indispensable nécessaire, la messe évoluera dans la langue et dans le rite proprement dit. L'araméen utilisé par Jésus sera abandonné hors de la Palestine et, dans le bassin méditerranéen, sera remplacé par les langues vernaculaires de l'époque le latin et le grec ; le latin a été conservé jusqu'à nos jours dans l'Église occidentale le grec, pendant très longtemps dans l'Église orientale et orthodoxe, mais les autorités hiérarchiques patriarcales ont rapidement autorisé les langues vernaculaires dans leurs pays de mission.
Quant au latin, il était obligatoire dans toute l'Eglise catholique romaine, quel que soit le lieu où elle s'est répandue, jusqu'au concile de Vatican II. Durant les sessions, la messe de l'assemblée est célébrée dans la plupart des rites reconnus par Rome et pratiqués dans les diocèses des évêques présents. Ce pluralisme liturgique est une image vivante de la diversité des églises locales dans l'Église universelle.
Cependant les Pères conciliaires ont maintenu le latin comme langue officielle et le missel de la messe de Paul VI est également édité en cette langue. Toutefois, tenant compte de l'universalité de l'Église et de la multiplicité des langues parlées dans le monde, les conférences épiscopales sont autorisées à offrir â leurs fidèles des traductions dans la langue de leur pays mais leur emploi n'est permis qu'après en avoir reçu l'agrément de Rome. La conférence épiscopale qui s'aviserait de cette autorisation pour interdire le latin sortirait de ses attributions.
Contre cette tolérance linguistique, concédée par le Concile, des protestations se sont élevées. Sans doute un voyageur en pays étranger n'est plus aussi â l'aise quand il assiste â l'office eucharistique ; le latin avec les traductions qui l'accompagnaient était devenu familier et se retrouvait partout : c'était une marque d'unité. Mais parmi ceux qui protestent le plus véhémentement, beaucoup n'ont jamais appris le latin et au surplus ont-ils un seul instant songé que si des pays comme la France, l'Italie, l'Espagne etc. dont la langue est d'origine latine, peuvent assez facilement s'habituer au latin liturgique, grâce aux missels, il n'en est pas de même lorsqu'on exige d'un chinois, d'un japonais, d'un arabe, d'un africain ou même d'un russe européen de se mettre à prier en latin dont le génie linguistique est totalement différent du leur et dont les caractères graphiques leur sont absolument inconnus. C'était un obstacle d'importance pour l'évangélisation. Ceux qui en douteraient n'auraient qu'à demander l'avis d'un missionnaire qui a ouvre en Extrême-Orient. La cause me semble donc entendue, à moins que la critique n'exige que français, allemands, chinois et autres reviennent à la langue araméenne.
Quant au rite proprement dit, l'évolution sera continuelle au cours de l'histoire. Sans vouloir entrer dans le détail, ce n'est pas l'objet de ces réflexions, et sans vouloir préciser la date d'apparition des divers éléments qui le composent, l'autorité pontificale a introduit les prières pénitentielles d'entrée ; les oraisons ; la lecture de textes sacrés ; l'offertoire ; la préface ; le canon en lequel sont insérées les deux formules essentielles de la consécration du pain et du vin ; la seconde partie du canon ; le Notre Père, les prières préparatoires â la communion et celles de l'action de grâces. L'office se termine par le renvoi des fidèles après la bénédiction. Dans un passé encore récent, les moins jeunes s'en souviennent, ont été supprimées la lecture du prologue de saint Jean et les prières dites de Léon XIII.
Jusqu'au concile de Vatican II, il y avait d'ailleurs plusieurs rites utilisés dans l'Église catholique le rite romain, le rite lyonnais, le rite ambrosien, le rite dominicain et d'autres encore. Leur histoire a fourni matière à des ouvrages importants.
Le pape dominicain, saint Pie V, en 1570, n'a en somme que codifié et constitué la messe qui porte son nom, que les anciens parmi nous ont bien connue pour y avoir assisté ou l'avoir célébrée.
Mais dans le domaine liturgique, un pape peut de plein droit réduire, augmenter, modifier ce qu'a fait un prédécesseur, en conservant d'ailleurs la substance essentielle les formules de la consécration.
De fait, sans que cela n'ait produit le moindre remous parmi le peuple chrétien le rite de la messe de saint Pie V a connu des modifications, bien avant le concile de Vatican II. Publié en 1570, il a été revisé par les papes Clément VIII, Urbain VIII entre autres, et réformé par Pie X. Les dernières modifications datent de 1962, et même Jean XXIII, au cours de la première session du concile décidait d'ajouter le nom de saint Joseph au canon romain. Cette brève et rapide esquisse prouve à l'évidence que la forme de célébration originale de saint Pie V n'a jamais été considérée comme intangible.
3. La messe de Paul VI
Conformément aux décisions du concile de Vatican II, Paul VI a fait préparer par une commission ad hoc, le texte latin d'une nouvelle messe qui porte son nom. C'est son droit imprescriptible. Dès sa publication, elle a soulevé des réactions, quelques-unes au moins, bien inattendues.
En effet, les cardinaux Ottaviani et Bacci transmettaient au pape Paul VI une brochure d'une trentaine de pages intitulée « Bref examen critique du nouvel Ordo de la messe », et déclaraient dans leur lettre d'envoi que ce nouvel Ordo, « si l'on considère les éléments nouveaux, susceptibles d'appréciations fort diverses, qui y paraissent sous-entendues ou impliquées, s'éloigne, de façon impressionnante, dans l'ensemble comme dans le détail, de la théologie catholique de la sainte messe, telle qu'elle a été formulée â la 201 session du Concile de Trente... » C'est pourquoi, en terminant, ils souhaitaient que soit maintenue la possibilité de recourir à « l'intègre et fécond missel romain de saint Pie V ».
Tombée dans le domaine public, cette lettre déchaîna une vaste campagne de calomnies. En fin de compte, le cardinal Ottaviani protestant qu'on ait abusé de son nom et qu'on ait publié une lettre qui aurait dû rester privée, se déclara, en février 1970, satisfait des précisions doctrinales que Paul VI avait fournies en deux interventions.
En conséquence, lors de la publication du missel complet, k 26 mars 1970, dans la présentation il fut donné en 15 articles un résumé de la doctrine eucharistique selon la tradition des conciles de Trente et de Vatican II. L'intervention des cardinaux avait done été fructueuse et efficace.
Le pape Paul VI, qui a écrit l'admirable profession de foi du Credo, dont il sera question plus loin, qui a promulgué la traditionnelle encyclique «Mysterium fidel», et qui a publié en 1969 l'ordinaire de la messe et en 1970 le missel complet, rédigé en latin, aurait pu, s'il l'avait jugé bon, maintenir avec ce nouveau rite, celui aussi de la messe de saint Pie V, au moins pendant quelque temps. La messe de Paul VI, peu à peu, se serait imposée seule. Pour mon compte personnel, je suis passé à la nouvelle messe, dès qu'elle fut permise à titre expérimental. J'avais préparé mes paroissiens et la mutation s'est effectuée sans heurt. Si un pluralisme liturgique pour les rites de saint Pie V et de Paul VI avait été admis, il aurait vraisemblablement évité des controverses fâcheuses.
En fait, le rite de la nouvelle messe a été rendu obligatoire le 28 octobre 1974 pour les célébrations publiques , ((non obstant la raison de n'importe quelle coutume, même immémoriale». Les prêtres âgés ou infirmes qui souhaitent continuer à célébrer la messe de Pie V, lorsqu'ils n'ont pas d'assistance, y sont autorisés, mais à condition qu'ils en aient reçu la permission de leur évêque.
En novembre 1974, le missel de Paul VI a été rendu obligatoire en France par la conférence épiscopale et, malgré les études faites sur les traductions françaises du missel et des lectionnaires par le Père J. Renié, dont les critiques paraissaient susceptibles d'éveiller l'attention, puisque la validité était mise en cause, la décision de l'Episcopat français fut confirmée par Rome en 1975. Sans nous attarder sur ce point et avant d'exposer la mise en pratique de la décision romaine, il est intéressant de connaître ce qui différencie la messe de saint Pie V de celle de Paul VI.
4. Différences entre les deux rites
Voici les principales différences
- Au début de la messe, le psaume Judica me , déjà omis auparavant aux messes de Requiem est supprimé;
- le confiteor a été réduit à un seul, mais la prière pénitentielle prend plus de relief et peut s'exprimer de plusieurs façons
- le système cyclique de la distribution des lectures, avec l'introduction pour le dimanche des années A, B et C ainsi que des années paires et impaires pour la semaine, permet d'avoir une connaissance plus large des textes sacrés de l'Ancien Testament et surtout du Nouveau;
- l'offertoire a subi une simplification décisive, acceptée après de bien longues controverses en commission
- la prière universelle, qui remonte à une haute antiquité, a été restaurée elle avait d'ailleurs persisté sous des formes variées suivant les paroisses et les lieux.
- Officiellement, au seul canon romain ont été ajoutées trois autres prières eucharistiques l'une, la plus ancienne, est celle de saint Hippolyte de Rome, du Ill' siècle, les deux autres très proches de la tradition orientale, expriment plus nettement le caractère sacrificiel de la messe et l'offrande du Christ par l'Église. L'Ordo de Paul V] a été complete plus tard.
- Le canon romain est identique dans les deux ordos de Pie V et de Paul VI, à part de légères modifications â « Ceci est mon corps », on ajoute : « livré pour vous » au lieu de « Chaque fois que vous accomplirez cela », on dit plus simplement : « Vous ferez cela en mémoire de moi ».
- Quant â la formule Mysterium fidei, « Mystère de foi », qui ne fait pas partie des paroles du Christ pour la consécration, elle a été reportée après elle en différentes formules de proclamation de la foi, à la mort et à la résurrection du Christ.
- A la fin de la messe a été supprimée la lecture de l'évangile de saint Jean.
Eu égard â ces différences et au pluralisme, largement répandu en théologie et ailleurs, le groupement Una Voce réuni en assemblée générale à Lourdes, et dans un esprit de fidélité au Magistère, a adressé au Saint-Siège une motion par laquelle il demande le maintien ou la restauration dans la liturgie latine, des rites traditionnels à côté des nouveaux.
Quelles que soient les conséquences de cette requête, il est patent que la messe, malgré les mutations introduites après le concile, est demeurée la même dans son identité et sa substance.
5. Application et abus de la messe de Paul VI
La réforme liturgique a été mise en pratique dans l'ensemble de la France, de bon gré et dans un esprit d'obéissance, par la majorité du clergé et des fidèles, mais en trop de paroisses ou de communautés avec des réserves graves et des abus inadmissibles.
En effet, dés que le rite de la messe de Paul VI est rendu obligatoire, des résistances éclatent au grand jour. Des prêtres continuent à célébrer en public et avec assistance la messe de saint Pie V comme ils le faisaient auparavant. Ils font fi de l'autorisation épiscopale accordée dans des limites que nous savons.
C'est ce qui explique l'ambiguïté fâcheuse de l'abbé DucaudBourget, qui, s'il a reçu la permission de célébrer le saint sacrifice, selon le rite ancien de saint Pie V, à supposer qu'il l'ait demandée, n'a pas le droit de le faire devant le public de plusieurs milliers de personnes, à la salle Wagram de Paris. Ce comportement est devenu un véritable scandale, depuis que les intégristes, dont certains sont des catholiques innocemment retardataires, ont occupé l'église paroissiale de Saint-Nicolas du Chardonnet, d'où ils ont chassé le clergé paroissial. En dépit des efforts de dialogue et de patience déployés par le cardinal Marty, ils y demeurent, refusant d'obtempérer à la décision de justice qui leur a ordonné de quitter les lieux et y exercent indûment le ministère. Ils y ont même invité - et c'est un comble - Monseigneur Marcel Lefebvre à y donner la confirmation. C'est une révolte ouverte contre l'autorité hiérarchique et une attitude de rupture et de division de l'Église. Le rite de saint Pic V est devenu pour ces catholiques égarés « un instrument de combat, un drapeau contre les autres, un lien d'hostilité contre le Concile ». Combien ces paroles du cardinal Marty correspondent à la triste et pénible réalité.
Et ce n'est pas un cas unique : la révolte des clercs qui mène le combat intégriste s'étend, et en 1976 à leur instigation, vingt trois associations' de catholiques signent un tract commun où ils s'en prennent violemment à Paul VI « Nous jurons de défendre et de maintenir envers et contre tout notre sainte Église catholique ; sa doctrine intégrale dogme et morale ; le saint sacrifice de la messe selon le rite de toujours, dit de Pie V, et tous nos sacrements ; le vrai catéchisme conforme au concile de Trente. »
Apparemment, le document manifeste une vraie foi catholique, mais oublie - et cela est d'importance majeure - l'autorité du Souverain Pontife, et invite à sourire quand il affirme que le rite de saint Pie V est celui de toujours. Ah, je croyais que le rite primitif de la messe du Christ était en araméen et composé de la seule consécration suivie de la communion. Le « toujours » se trouve bien réduit
La messe, centre du catholicisme, est le symbole de son unité. Or, â partir du moment où des clercs créent leur propre liturgie, sous prétexte de créativité, ils travaillent contre elle. En présence de ces élucubrations anarchiques, le trouble s'installe chez les fidèles, leur foi risque de vaciller et peu à peu, bouleversés en leur conscience, ils estiment de leur devoir de se retirer, car ils ne comprennent plus.
L'introduction de la langue vernaculaire, autorisée par Rome, comme une tolérance, qui n'exclut nullement le latin, est trop souvent et abusivement interprétée comme une obligation d'utiliser uniquement le français. Cette réflexion est faite sans aucune arrièrepensée et pour ne pas permettre au lecteur une impression ambiguë, j'affirme très clairement que je célèbre ordinairement en français et parfois en latin.
L'utilisation radicale du français a entraîné - ce qui n'était pas prévu ni voulu - la disparition du magnifique et prestigieux chant grégorien en de trop nombreuses paroisses, ce qui est bien dommage, ear la musique qui le remplace est généralement de qualité inférieure.
Le mieux ne serait-il pas d'organiser les célébrations comme â Notre-Dame de Paris - entre autres lieux de culte qui font de même - où chaque dimanche, au moins à une messe, le Kyriale, à savoir le Kyrie eleison, le Gloria in excelsis Deo, le Sanctus et l'Agnus, est conservé et chanté en grégorien ; les lectures naturellement étant proclamées en français. C'était la ligne de conduite que, curé-doyen de Neuilly, j'avais adoptée dès le temps où la nouvelle messe n'était encore permise qu'à titre expérimental.
A la demande pressante du cardinal Marty, un bon nombre dc paroisses parisiennes se sont engagées â servir tous les dimanches une messe en latin, sauf pour les lectures, et à y chanter le grégorien. C'est une très heureuse initiative. Puisse-t-elle être fructueuse pour favoriser l'unité ecclésiale.
Une homélie bien préparée et qui traite du message du Christ et une prière universelle bien adaptée à la spiritualité de l'office, sont très bénéfiques pour les fidèles et leur permettent de mieux profiter de leur assistance à la messe ; mais en bien des églises, elles sont utilisées à des fins syndicales, ou partisanes. Que vient faire la politique à l'Église ? Au lieu d'unir les âmes dans le Corps mystique du Christ, elle les divise. Je connais des paroisses, en des milieux populaires, et même bourgeois, qui, dans le temps, très florissantes et de pratique fervente, sont devenues, par ces comportements abusifs, de véritables déserts.
Dans l'Ordo de la messe de Paul VI il y a quatre canons ou prières eucharistiques deux autres y ont été adjoints dans la suite, un pour les messes d'enfants et un pour les célébrations de réconciliation. Il y a de quoi largement satisfaire la piété des fidèles les plus exigeants. Pourquoi ne pas s'y tenir?
Or, en fin 1976. en France, il y a en plusieurs livres, environ cent cinquante formules différentes de prières eucharistiques, d'origine privée, qui n'ont été demandées ni par la majorité des fidèles, ni par l'ensemble des prêtres, ni par la hiérarchie elles sont le fruit de petits groupes, qui ne représentent rien. Même à la messe télévisée, des clercs réguliers ou séculiers les utilisent parfois selon leur fantaisie pour le plus grand désarroi des fidèles. En voici un extrait qui montre la négation de toute la tradition et même celle de l'unité de l'Église : « Dieu-Trinité, Dieu du multiple et de nos différences, Dieu de nos libertés, béni sois-tu de préférer le risque de nos divisions â l'uniformité dc nos langages et de nos gestes ».
Les évêques français, réunis à Lourdes, en octobre 1976, en ont pris claire conscience « Évêques et prêtres, nous portons la responsabilité inaliénable de présider l'assemblée eucharistique, de consacrer le pain et le vin au Corps et au Sang de Jésus-Christ ».
« Ils (les prêtres) doivent assurer un meilleur lien entre la liturgie et la vie » et... « maintenir et développer le sens de ce mystère tel que Dieu lui-même l'a révélé en Jésus-Christ. Celui qui préside n'est pas propriétaire de l'Eucharistie mais serviteur fidèle, en communion avec l'Église universelle. L'assemblée attend de lui qu'il suive les règles de la célébration, par-dessus tout les prières eucharistiques données à toute l'Église comme expression authentique de sa foi et signe visible de son unité et de son universalité. Évêques et prêtres, nous devons réagir ensemble contre les abus là où ils se sont introduits ».
Combien il est souhaitable que des paroles on passe aux actes.
La révolution liturgique, qui est le fait d'une minorité, est permanente... Où nous conduira-t-elle, si elle se généralise ? Dès maintenant des conséquences irrémédiables en découlent la baisse de la pratique dominicale, la diminution frappante de la foi, la réduction du sacrifice de la messe à un souvenir de la pensée du Christ, à une rencontre fraternelle. On y célèbre surtout la joie de l'amitié, le service des autres, on offre au Seigneur ce qui a été fait durant les jours précédents, mais on ne fait pas référence religieuse à la venue de Dieu, ni au pardon divin. La messe est ainsi un office horizontal, mais elle est aussi essentiellement verticale, puisqu'elle met en relation avec le Seigneur. D'autres diront, dans cette façon abusive de célébrer la messe, « on fait venir le pouvoir du peuple et non de Dieu ». « Cette messe n'est plus hiérarchique, mais démocratique » et risque fort d'évacuer la Présence réelle. Qu'est alors le mystère de la Sainte Eucharistie ?
Il en est ainsi, à preuve ce que j'ai vu de mes propres yeux à l'étranger dans une cathédrale. L'assistance est nombreuse, au cours de la grand messe, reste toujours assise, va à la sainte communion, à part de rares exceptions, et se rassied aussitôt jusqu'â la fin de l'office.
Étonné de ce comportement, je m'adresse, â la sortie, â plusieurs fidèles et même â un prêtre « Pourquoi restez-vous toujours assis ? » - Mais la messe est un repas, et â un repas les convives restent assis ».
Par ailleurs une excellente chorale d'une cathédrale de ce même pays, accueillie à Notre-Dame de Paris, pour y chanter, a eu dans le choeur du chapitre une attitude semblable encore plus désinvolte.
L'évêque de Strasbourg écrivait dernièrement : « Il faut habituer les gens à une attitude révérencielle. Par exemple, actuellement â la messe, on laisse les gens debout pendant la consécration, on prétend que c'est plus digne, qu'on est plus grand devant Dieu toutefois, les nouvelles rubriques du nouveau missel demandent qu'on se mette à genoux. Aussi qu'est-ce que je constate dans les paroisses ? Les gens restent debout, parfois les mains dans les poches. Finalement, à quoi avons-nous abouti ? A une banalisation, je dirais à un manque de tenue ».
Nous sommes loin de ce que demande le Conseil permanent de l'Episcopat dans son Communiqué du 8 décembre 1976 « Nous invitons tous les pasteurs à poursuivre leurs efforts pour une participation active et consciente de tous à la célébration,., pour que s'opère réellement le passage d'une assemblée assistant à une cérémonie religieuse à une assemblée « célébrant » le mystère de son Seigneur ». Pour éviter toute équivoque, à la place de « célébrant » j'aurais préféré « participant » au mystère.
Le diagnostic d'ensemble que ces réflexions font connaître est d'apparence pessimiste. A mon grand regret, il n'est que trop objectif et se trouve corroboré par les paroles mêmes de Paul VI, dans son discours aux cardinaux, le 24 mai 1976, dont voici quelques extraits
« Certains se croient autorisés à créer leur propre liturgie »... « Songez à ces messes dont le rite est bouleversé selon la fantaisie d'un célébrant ou d'un groupe. Songez aux prêtres qui négligent ce qui est prescrit pour le vêtement liturgique. Songez aux prières eucharistiques non approuvées. Songez à ces messes dont des textes profanes remplacent la Parole de Dieu. Songez à ces messes disloquées où l'on sépare liturgie de la Parole et liturgie du Sacrifice... D'autres limitent parfois le sacrifice de la messe ou les sacrements à la célébration de leur propre vie ou de leur propre combat, ou encore au symbole de leur fraternité. On parle d'Eucharistie ; on n'ose plus employer son nom traditionnel « la messe ». On parle de « partage du pain et du vin) ; on semble oublier que le Christ est là, qui se livre. On célèbre « ce qu'on a vécu ensemble», alors qu'il s'agit de célébrer la Pâque du Seigneur».
Tous ces comportements, qui causent au pape une peine profonde, sont strictement inadmissibles. Monseigneur Etchegarray, président de la conférence épiscopale française, a fait écho à la voix pontificale au cours de la réunion plénière de Lourdes en octobre 1976 : « Il nous appartient d'accueillir et de respecter fidèlement le rite de la messe, tel que le pape Paul VI l'a promulgué. Ce rite n'est pas manipulable à la guise des célébrants, il ne peut encore moins être le fruit de leur invention. L'Eucharistie ne saurait, non plus, être confisquée au profit d'engagements humains, si légitimes soient-ils. Au moment où les chrétiens investissent de plus en plus en politique, avec la tentation, dans un monde sécularisé, de sacraliser leurs choix, il nous faut comprendre l'irritation de ceux qui voient des célébrations occulter leur propre identité chrétienne en ne signifiant plus une Église, non certes absente, mais différente du monde ».
Le chanoine Berrar, archiprêtre de Notre-Dame. dira dans une de ses homélies, le 12 juin 1977, à l'occasion d'un Jubilé d'or sacerdotal
« La messe d'hier, celle qui nous avait été confiée par l'Église comme son trésor le plus précieux était une merveille... Merveille aussi que celle d'aujourd'hui ». Ce n'est pas en reniant le passé qu'on progresse dans la foi de l'Église, ce n'est pas non plus en se crispant sur le passé, c'est en l'assumant, et, sous des formes neuves, en vivant de ce qui a nourri authentiquement des générations chrétiennes et façonne la prière des saints. Tout ce qui nous était donné hier nous est encore proposé aujourd'hui, en plénitude, en surabondance. A nous de l'accueillir, de le faire fructifier.., dans le respect intelligent... A nous d'en vivre par un approfondissement spirituel et d'en témoigner par la qualité de notre prière... ».
Étant donné les circonstances au milieu desquelles évolue actuellement la liturgie eucharistique, il importe que les prêtres, responsables de la qualité spirituelle des assemblées, les rendent priantes et participantes et que par leurs homélies et leurs attitudes, ils soient les hérauts de la Présence réelle. Ils le sont aussi dans la concélébration et dans la préparation des jeunes adolescents à la Profession de foi. |