"Quand les individus ne comprennent pas ce qui se passe autour d'eux, quand la société est dépassée par la complexité alors tous fabriquent ces grandes fictions explicatives et linéaires, qui partent d'un point originel pour atteindre un terme totalisant et tellement clair. La franc-maçonnerie pour les uns, l'opus Dei pour les autres, chacune de ces fictions est traversée par la même caractéristique : le désarroi devant l'incertitude et le doute. Cela se mêle souvent de souhaits tout à fait légitimes, prend appui sur des éléments tout à fait exact mais généralise abusivement, considérablement et en fait cette tentative explicative signe son échec"
"Pleines de bonnes et pieuses intention, la lutte contre "les forces obscures" est devenue une nouvelle panacée, celle qui substitue et qui a toujours substitué les idées claires et distinctes à l'inquiétant brouillard dans lequel s'enveloppe le Malin pour agir, la difficulté toujours plus grande à saisir ses manifestations. Désemparé, l'homme de foi fixe, pire, invente une figure magique, celle du Grand Manipulateur. Il en oublie le caractère tragique et incompréhensible dans sa totalité du mal, il confond la manifestation avec ce qui se manifeste, il oublie, souhaite oublier, souhaite surmonter cette angoisse de ne pas savoir et d'avancée dans les ténèbres. Ce repère identitaire quoiqu'on en pense recontre sous bien des aspects l'antique idée des Manichéens, le combat du Bien contre le Mal. (...) Il n'est pourant pas facile d'expliquer ce fait parce que le risque de de passer pour un suppôt, de heurter la sensibilité est bien grand, (...)"
R. Girard
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