! gestuelle + prière : quel beau couple ! C'est vrai quoi ! on est un peu désoeuvré pendant la Messe. Alors, on joue à "Jacques-a-dit" : je cite (puisqu'il le faut) "Partis joyeux assister à une messe de diaconat, nous sommes revenus assomés, hagards, doutant de ce que nous venons de vivre. Comment raconter ? Ce n'est pas une messe, c'est une foire, un spectacle quelque part entre la remise des prix de l'école communale, le show télévisé et le meeting politique. Il y a des tas de micros, une sono d'enfer, des hommes en blanc qui courent partout... Les chants sont d'une beauté à vous couper le souffle ; ça commence très fort avec : "l'esprit de fête éclatera dans nos mains..." Jacadi vient chanter au micro : "Tes mains pour la terre, tes mains, tes mains !". Il lève les mains, tout le monde se lève, normal, c'est le geste magique pour dire à l'assistance de décoller les fesses de son banc. Mais tout le monde a tout faux, il avait pas dit "jacadi", et il fait le geste magique de se rasseoir. On se rassoit tous. Et il relève les mains une deuxième fois. la moitié de l'assemblée se relève, hésitante. Les plus rapides ont enfin compris que c'était pas les fesses qu'il fallait lever mais les mains, et les tendent le plus haut possible pour bien montrer que ce ne sont pas des idiots. Les autres se rassoient vite fait, honteux de s'être laissés prendre une deuxième fois, et brandissent eux aussi au bout de leur bras leurs mains contrites... Jacadi est content, et il commence à se balancer en chantant : "Tes mains pour tes frères, tes mains, tends tes mains"... Discours et chants s'enchaïnent sans répis. Il n'y a pas une seconde de silence, pas un seul instant de recueillement. La parole est escamotée, vidée de sa substance... La liturgie a disparu du paysage, écrasée par l'omniprésence des chants qui se déversent en continu dans nos oreilles.... On ne s'entend plus penser. Debout, assis, chantez. Tendez les mains, assis, debout. Hébétée, héberluée, abrutie par le bruit, j'essaie de me repérer dans le tintamarre. Où en est-on ? Au Sanctus semble t-il. L'assemblée entonne en coeur : "Que toute chose danse ta fête par toute la terre..." Je suis arrivée à un tel stade de déliquescence mentale que je suis incapable de savoir si c'est moi qui ne comprends plus rien, ou si c'est la phrase qui n'a pas de sens. ... Dans ces églises là, on parle de Dieu, on ne parle jamais à Dieu, on ne parle plus le langage de Dieu. ... Au lieu de vivre sous l'influence de la liturgie, de respirer avec elle, de se laisser façonner, inspirer par elle, l'"Eglise-2000" colle à son époque, vit avec son temps mais plus avec Dieu. En s'éloignant du Père, elle en éloigne les hommes, et c'est cela le plus grave."
Claire , "Des Brebis dans les Arbres", écrit avant 1996. |