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JUIN 2001 A JUILLET 2003

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Une homélie de l'abbé Bonneterre Imprimer
Auteur : XA
Sujet : Une homélie de l'abbé Bonneterre
Date : 2003-01-05 20:54:24

publiée l'an dernier sur Agoramag :

Mes biens chers frères,

La fête de l’Epiphanie a tendance à être occultée, du fait que, depuis 200 ans, depuis le Concordat, pour des raisons politiques
circonstancielles, le Pontife romain a accepté que cette fête ne soit plus célébrée en semaine, le 6 Janvier, avec obligation. Circulez,
voyagez, vous verrez qu’en Allemagne, en Italie, en Suisse, l’Epiphanie est fêtée le 6 Janvier et que ce jour est férié.

Nous sommes en France mutilée ; il ne faut pas que cette mutilation atteigne notre catholicisme. Il s’agit de bien comprendre que
l’Epiphanie est en fait une fête plus importante que Noël ! La preuve : L’octave. Du temps où il y avait des octaves, l’octave de
l’Epiphanie était plus privilégiée que celle de Noël. Cette fête est donc quelque chose d’extremement important et il s’agit d’en
prendre conscience.

Pourquoi est-elle importante ? parce qu’elle est la fête de l’Adoration, c’est-à-dire la fête de la religion. Et vous l’avez remarqué,
dans cette messe, tout nous parle d’adoration jusqu’à l’Evangile où nous nous prosternons avec les Mages et nous adorons
l’Enfant-Jésus. Demandons-nous ce matin ce qu’adorer veut dire. Réalisons que l’Adoration disparaît de nos contrées ; comprenons
la grâce que Dieu nous fait de savoir ce qu’est l’Adoration, d’essayer de la mettre en pratique ; ayons pitié de ceux qui ne savent
plus adorer et pour cela soyons apôtres, soyons des saints !

L’Adoration est la grande leçon de l’Epiphanie et qu’est-ce que l’Adoration ? C’est l’acte externe de la vertu de religion. « Acte
externe » ! c’est-à-dire que c’est un geste qui prend diverses formes, de l’inclination plus ou moins profonde jusqu’à la prostration,
en passant par la forme la plus classique de l’Adoration en Occident qui est la génuflexion. Génuflexion que nous faisons souvent si
mal…Génuflexions qui hélas ont disparu ou qui tendent à disparaître dans le culte réformé.
Il s’agit bien sur que l’Adoration ne soit pas hypocrite, qu’elle traduise la dévotion intérieure, qu’elle ne soit pas formaliste :
Notre-Seigneur cherche des adorateurs en Esprit et Vérité. Mais il cherche des adorateurs, des personnes qui accomplissent l’acte
extérieur, corporel, de la vertu de religion. Pourquoi ce besoin de traduire extérieurement le culte intérieur que l’on rend à Dieu ?
Tout simplement, mes bien chers frères, au cas où nous ne le réaliserions pas, parce que nous ne sommes pas des anges…Parce
que notre nature exige que les deux parties de nous-mêmes rendent un culte à Dieu, le corps et âme. Et la vertu qui pousse l’homme
à l’Adoration, c’est la religion.

La religion est une partie potentielle, nous disent les théologiens, de la Justice. C’est une forme de justice qui jamais ne réalisera
pleinement la définition parfaite de la Justice. La Justice, c’est rendre à chacun ce qui lui est du. La religion, c’est rendre à Dieu ce
qui lui est du, et jamais la justice ne sera parfaite en religion parce que nous devons TOUT à Dieu.
L’homme est nécessairement religieux. La religion n’est pas une option ; elle est un devoir et un devoir grave car elle est un devoir
de Justice : rendre à Dieu ce qui lui est du. La messe nous rappelle cela, avant la communion, lorsque le prêtre prend le Calice,
avant de consommer le Sang du Seigneur, il a cette phrase : « que rendrai-je au Seigneur pour tout ce qu’il m’a donné ? ». Il faut
chaque matin, mes biens chers frères, nous redire cette phrase ! Qu’allons-nous rendre au Seigneur pour tout ce qu’il nous a donné
? La Justice.

La Justice est sublimée par la vertu de Charité. La vertu de Charité, loin de faire disparaître la Justice l’anime d’une dynamique
nouvelle et il est bien de nous parler de Charité mais il est fondamental de comprendre que la Justice est animée par la Charité
parce que la Charité va nous faire rendre l’amour à Dieu, et qu’est-ce que l’amour : c’est justement tout donner et se donner
soi-même. Celui qui adore en Esprit et en Vérité et qui est animé de la Charité donne et se donne lui-même. Il est véritablement
adorateur.

St Ignace, à la fin de ses exercices spirituels, (et cette prière est dans tous vos missels : l’action de grâce après la messe ; vous la
chercherez et vous la trouverez), résume cette Adoration dans cette phrase : « Seigneur, recevez toute ma liberté, ma mémoire,
mon entendement, ma volonté, tout ce que j’ai, tout ce que je possède ; vous me l’avez donné, Seigneur, je vous le
rends. Tout est à vous. Disposez-en selon votre bon plaisir. Donnez-moi votre Amour, donnez-moi votre Grâce ; elle me
suffit. » Adorer…

Eh bien, mes biens chers frères, il y a quelqu’un – et ce quelqu’un, nous le connaissons- qui refuse l’Adoration, c’est Satan. C’est lui
qui au premier jour du monde a dit : « je ne servirai pas » ; c’est lui qui a refusé la Justice. Satan, nous le savons, est à l’œuvre dans
le monde et cette œuvre va grandissante et les papes comme les théologiens n’ont pas craint de dire que Satan est le père du
monde moderne, c’est-à-dire le père de la Révolution. Et qu’est-ce que la Révolution ? les maçons italiens l’ont parfaitement définie :
c’est l’anéantissement à tout jamais du catholicisme et même de l’idée chrétienne. Détruire jusqu’à l’idée même de Dieu ! Elever
l’homme du berceau jusqu’à la tombe dans la révolte permanente, faire disparaître la religion et toute trace d’Adoration. Voilà l’idéal
révolutionnaire, voilà l’idéal vrai des francs-maçons. Ces êtres grimaçants sont les anti-adorateurs par excellence. Ce sont eux qui
animent notre monde : cette révolution qui prend mille formes depuis la coercition violente du bolchevisme jusqu’au rouge
légèrement plus blanc des socialistes ; n’oublions pas cette phrase horrible et parfaitement luciférienne de leur père, Jaurès, qui
disait au début du XXème siècle : « Si Dieu lui-même se dressait devant les multitudes sous une forme palpable, le premier
devoir de l’homme serait de refuser l’obéissance et de le considérer comme l’égal avec qui l’on discute et non comme le
maître que l’on subit. » Propos du père du monde socialiste français qui nous permet de percevoir jusqu’à quel point l’ennemi est
présent, qui refuse l’Adoration, qui refuse la religion.

Mes bien chers frères, nous le savons, hélas ! la machine fonctionne parfaitement bien. L’Etat révolutionnaire imprime les
consciences d’athéisme, de révolte, et nous sommes dans le monde de l’ignorance de Dieu du fait d’une école, depuis plus d’un
siècle, d’une école sans Dieu, d’un Etat laïc, et le résultat est sous nos yeux. Le résultat était déjà présent au XIXème siècle et Taine
pouvait confier le désespoir des âmes auxquelles on ne parle plus de Dieu : « le découragement raisonné qui m’a pris à
l’endroit de la pensée me prend ainsi à l’endroit de l’amour : je n’espère pas. Nul homme réfléchi ne peut espérer. »
Voilà le désespoir que sème l’Etat révolutionnaire qui refuse la religion et qui refuse l’Adoration. Barrès disait aussi à la fin de ce
siècle : « L’ennui baille sur le monde décoloré par les savants. Tous les dieux sont morts ou lointains. Pas plus qu’eux
notre idéal ne vivra. Une profonde indifférence nous envahit, la souffrance s’émousse. Chacun suit son chemin sans
espoir, le dégout aux lèvres, dans un piétinement sur place, banal et toujours pareil, du cri douloureux de la naissance
au râle déchirant de l’agonie…Dernière certitude ouverte sur toutes les incertitudes. »

Inquiétude métaphysique, mes biens chers frères, qui anime les esprits, les esprits anéantis, les esprits esquintés, les esprits
malades de l’école laïque et de l’Etat laïc. Et Jacques Maritain n’avait pas peur de dire en 1941 que cette angoisse métaphysique
était la cause du suicide de nos contemporains. « Cette angoisse métaphysique, pénétrant aux sources mêmes du désir de
vivre, est capable de devenir un désespoir total et d’aboutir au suicide. Ces dernières et sombres années, en Allemagne,
en Autriche, en Italie, en France, des milliers de suicides sont dus à ce désespoir, plus encore qu’à l’excès des autres
souffrances endurées dans le corps et dans âme ».

Ces cris angoissés, mes bien chers frères, de témoins des siècles derniers, d’il y a encore 50 ans, ces cris sont à multiplier dans
une puissance que je ne qualifierai pas. Ce qu’ils écrivaient déjà est aujourd’hui le lot commun de nos contemporains, à travers
toutes les révolutions qui se sont succédées : révolutions culturelles, révolutions politiques, et hélas aussi, révolution religieuse !
Cette machine à faire des désespérés a bien fonctionné. L’Adoration, la religion dans son ensemble, ont disparu de notre terre
désespérée.

Et c’est Antoine de St-Exupéry, dans une dernière lettre, avant de disparaître, en 1944, qui l’écrivait : « Je hais mon époque de
toutes mes forces ; l’homme y meurt de soif. Il n’y a qu’un problème, un seul de par le monde : rendre à l’homme une
signification spirituelle, des inquiétudes spirituelles. Il n’y a qu’un problème, un seul : redécouvrir qu’il est une vie de
l’esprit, plus haute encore que la vie de l’intelligence, la seule qui satisfasse l’homme. » Cette vie de l’esprit, mes bien chers
frères, c’est la vertu de religion, l’Adoration. Eh bien avec St-Exupéry, nous devons nous aussi haïr notre époque, c’est-à-dire haïr la
machine, la machine à faire des désespérés, des hommes sans Dieu qui ne marchent que vers la tombe. « Je hais mon époque
de toutes mes forces » ! mes bien chers frères, et nous devons aimer les victimes de toutes nos forces aussi.
Notre-Seigneur-Jésus-Christ a déjà vu ces victimes dans ceux qui l’ont suivi dans le désert et il a eu pitié de la foule. Sentiment de
pitié, sentiment de compassion, sentiment de miséricorde, sentiment éternel de Dieu devant l’humanité pécheresse : voilà ce qui
doit animer l ‘esprit de ceux qui savent encore ce que la religion veut dire, ce que « adorer » signifie.

Que cette compassion, mes bien chers frères, déborde de nos cœurs et surtout, considérons notre bonheur : la grâce prodigieuse
que Dieu nous fait de maintenir un petit peu la flamme de la religion et d’essayer d’en vivre. Ce geste des Rois Mages a encore un
sens pour nous. Pour nous, l’Epiphanie ce n’est pas seulement la galette ! Alors que pour nos contemporains, c’est un geste sans
signification aucune…Ayons pitié ! Aimons nos contemporains autant qu’avec St-Exupéry, nous haïssons notre époque, cette
époque qui engendre de pareils mutilés.

Mais que notre compassion ne reste pas sentiment évanescent, qu’elle soit efficace. Aussi efficace que la compassion de Dieu :
qu’elle fasse de nous des sauveurs, qu’elle fasse de nous des apôtres. Le salut de nos frères est entre nos mains ! Quelle
responsabilité Jésus-Christ a confié à ses apôtres et à son Eglise jusqu’à la fin des temps ! Notre compassion doit se concrétiser
dans deux résolutions bien précises :

- Sauver les intelligences. Les Chinois l’avaient compris bien avant nous : « le poisson pourrit par la tête », et Albert Camus dans «
L’homme révolté » l’a parfaitement expliqué. La révolution, l’irréligion sont entrées dans le monde par la pensée, bien avant de
rentrer par le couperet de la guillotine. La religion, l’Adoration reviendront seulement par la restauration de la pensée, par la
soumission de l’intelligence à la réalité. Et c’est Henri Massis qui observait le monde en 1958 et qui voyait ce désespoir des esprits,
cette déchéance des intelligences : « quand on jette les yeux autour de soi, on s’aperçoit que la situation des esprits, dans
la science comme dans la philosophie, se résume en un mot : confusion. La confusion est partout. »
Mes bien chers frères, à ces esprits confus, à ces esprits qui ne savent plus que la vérité existe, il faut rendre la capacité de
retrouver le réel. C’est l’intelligence qu’il faut restaurer, c’est la vérité qu’il faut redécouvrir sur Dieu, c’est la vérité qu’il faut
redécouvrir sur l’homme, et naturellement, logiquement, c’est la religion qui réapparaît avec l’Adoration, si on sait ce qu’est Dieu, si
on sait ce qu’est l’homme. Surtout ne vous contentez pas d’un traditionalisme de simple pratique religieuse ! C’est l’intelligence qu’il
faut guérir par l’étude, par la réflexion, par l’approfondissement des vérités de la foi, par le bon sens, par la philosophie, par la vérité
redite sur Dieu et sur l’homme.


- Donner l’exemple. De même qu’un seul saint fait plus avancer le Royaume de Dieu que tous les théologiens réunis, de même
l’exemple d’une vie fait plus avancer le retour de la religion et de l’Adoration que tous nos raisonnements et toutes nos discussions. Il
faut ramener l’homme moderne à la réalité, il faut restaurer l’intelligence, mais seuls les saints sauront le faire. Seuls les saints
savent le faire parce qu’ils ont la prière, ils ont l’union à Dieu pour arme essentielle de leur combat. Seuls les saints peuvent le faire
parce que celui qui erre et celui qui se trompe est aimé par le saint et il se sent compris. Seuls les saints savent le faire par
l’exemple, l’exemple attirant de leur vie. Mes bien chers frères, prenons notre vie chrétienne au sérieux ! même dans le monde. Que
nous soyons mariés ou célibataires, la perfection n’est pas une option, c’est une tension, c’est un but vers lequel nous devons tendre.

Que tous autant que nous sommes dans nos états de vie et nos vocations si différentes, nous sachions témoigner de la religion, de
l’Adoration.

Commençons donc cette nouvelle année 2002 dans une volonté déterminée et pleine d’espérance. Remercions Dieu de nous avoir
conservé la vertu de religion. Prenons en pitié les victimes de la machine infernale, les victimes de la Révolution qui se cache sous
mille visages. Mes vœux pour chacun d’entre vous, c’est que vous compreniez vraiment le programme de notre vie chrétienne en
ces temps.
Il faut sauver l’intelligence moderne du désespoir, il faut la ramener à l’Adoration et cela ne se fera que par l’étude et le noble combat
des idées. Et surtout : nous ne mettrons l’homme moderne à genoux que si nous sommes nous-mêmes des saints, des adorateurs
en Esprit et en Vérité ; et si l’on peut dire de nous ce que Bergson disait précisément des saints : « leur existence est un appel ».





Abbé BONNETERRE - Fraternité Sacerdotale St-Pie X


La discussion

      De grâce, de Chantal (193.250.7.xxx) [2003-01-05 15:08:53]
          Une homélie de l'abbé Bonneterre, de XA [2003-01-05 20:54:24]
              "leur existence est un appel ", de Chantal () [2003-01-06 21:38:48]