"Selon les enquêtes d'opinion, il semblerait qu'à peine 8% des catholiques suivent à la lettre les recommandations du pape. Encore convient-il d'ajouter qu'ils le font sans doute par conviction personnelle, par un accord intime avec elles et non pour la seule raison qu'elles émaneraient du chef de l'Eglise. Pour les autres, que reste-t-il des messagesde l'autorité suprême, du moins en ce monde ? Peut-être moins qu'il n'y paraît. Je ne dispose bien entendu d'aucune certitude absolue en la matière et il est toujours périlleux de prétendre sonder les coeurs et les reins. Mais enfin, pour y avoir assisté d'assez près, j'ai tout de même éprouvé le sentiment que le million de jeunes gens venus au Champ-de-Mars accueillir les paroles du pape n'étaient pas toutes d'ardents lecteursde saint thomas d'Aquin. Je crains même que nombre d'entre eux aient davantage fréquenté les écrits de Paulo Coelho que les encycliques de Jean Paul II, et que la sentimentalité des libres élans du coeur leur parlent davantage que les arcanes trop rationnels de la "thénomie participée"... Lorsque le pape, non sans un certain courage intellectuel, publia Fides et ratio, un ouvrage d'inspiration thomiste faisant l'apologie de la rationalité philosophique et scientifique dans sa capacité à rejoindre par elle-même les vérités de la foi, nul doute qu'il prenait en grande partie, face à l'irrationalisme ambiant, son propre public à contre-pied..." (Luc FERRY, Qu'est-ce qu'une vie réussie ?, pp. 49-50). |