Dans certaines professions, le travail du dimanche est une nécessité et la législation prévoit à cet effet de nombreuses dérogations. Mais nous assistons depuis plusieurs années à l'extension du travail du dimanche, dans les services et l'industrie. Cela correspond à une dérive inquiétante qui peut conduire à la banalisation et à la généralisation du travail dominical. Le dimanche est en effet devenu, notamment dans le commerce, le terrain d'une concurrence de plus en plus vive pour la conquête des parts de marché.
Le dimanche est un enjeu important de la société de demain. Le repos pris en commun et la trêve de l'économie sont, non le signe du refus d'évoluer dans une société en crise, mais la reconnaissance de la primauté de la personne humaine. Comme les jours fériés, la spécificité du dimanche, pour chômer en commun, répond en effet à des exigences profondes de la vie familiale, culturelle, associative et spirituelle. Au moment où croît le nombre de femmes salariées, le respect d'un jour de repos généralisé permet au moins la sauvegarde d'une journée de rencontre commune pour les familles dispersées toute la semaine, qu'il s’agisse d'ailleurs des commerçants ou des salariés.
Certains avancent l'argument selon lequel en ces temps de chômage, il faut rechercher toutes les solutions capables de résorber ce fléau. Par exemple , en permettant d’accroître la consommation, l'ouverture des magasins le dimanche générerait des emplois. En fait, la généralisation du travail le dimanche ne crée pas de véritables emplois mais plutôt un transfert d’activités. Le transfert des parts de marché se fait alors des petites entreprises de centre-ville vers les grandes ou moyennes surfaces des zones commerciales périphériques, qui offrent proportionnellement moins d’emplois. Les petits commerçants peuvent difficilement supporter la concurrence avec les grands distributeurs, ce qui entraîne progressivement leur disparition. A une époque où l'on favorise la création d'entreprises individuelles et surtout où l'on traite la question de l'aménagement du territoire, il serait absurde de négliger cet effet pervers.
A ceci, les partisans de l'ouverture dominicale rétorquent "qu'il faut être moderne et rendre les villes gaies le dimanche ». Encore ne faut-il pas rendre plus triste la vie en ville pendant la semaine. Si l'ouverture le dimanche se traduit par la fermeture des petits commerces, où seront les véritables acteurs de la vie sociale de nos villes ?
Le recours au travail le dimanche n'est pas forcément inéluctable lorsqu'il faut aménager le temps de travail. Les entreprise françaises sont loin d'utiliser toutes les souplesses dont elles disposent pour augmenter les temps de production sans recourir au travail de nuit ou au travail du dimanche. Avec deux équipes, ont peut utiliser les équipements seize heures par jour, et on peut travailler six jours sur sept par roulement. La réduction individuelle et la modulation du temps de travail permettent d’augmenter la productivité et de diminuer les coûts de production par une gestion plus souple des stocks.
L'activité dominicale se justifie quand il s'agit de services aux personnes ne pouvant être différés, ou de processus industriels nécessairement continus. Face aux pressions diverses, la puissance publique a le devoir de protéger et de soutenir les entreprises qui respectent la qualité de vie de leurs salariés en se gardant d'ouvrir la nuit ou le dimanche. L'Etat a déjà autorisé suffisamment de brèches dans cet "acquis social" qu'est le repos dominical pour que cessent les offensives insidieuse des groupes de pression qui utilisent la déréglementation pour défendre des intérêts particuliers.
Aux uns et aux autres, il faut peut-être rappeler, comme l'exprime clairement un arrêt de la chambre criminelle de la cour de cassation, que "la règle fixant au dimanche le repos hebdomadaire a été prise dans l'intérêt des travailleurs, hommes ou femmes, et constitue un avantage social. Son application n'est dès lors pas de nature à entraîner une discrimination directe ou indirecte au détriment des uns ou des autres".
Le droit au travail le dimanche ne doit pas primer sur le droit au dimanche lui-même. Au-delà de la question juridique, c'est une question qui concerne chaque personne comme consommatrice.
Chaque fois que nous préférons faire nos courses en semaine, nous offrons un dimanche à une famille.
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