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Lyon, ville lumière Imprimer
Auteur : XA
Sujet : Lyon, ville lumière
Date : 2002-12-06 23:04:00

Lyon, ville lumière
Lyon, ma ville

Pour comprendre Lyon, il faut savoir compter jusqu'à deux. Ici, tout
paraît double : deux collines, deux fleuves, deux réalités. Nord ou Sud ?
Ombre ou lumière ? D'un côté, vous avez l'ancienne capitale des
brouillards, la colline des corbeaux, « Myrelingues la brumeuse » ; de
l'autre, des matins glorieux sur le confluent et les ocres italiens des
hôtels Renaissance. C'est à la fois Prague et Florence, le Golem et les
Médicis, Le Havre et Aix-en-Provence. Le soyeux lyonnais est un homme
en gris qui fabrique des étoffes chatoyantes.

On dit cette ville fermée, mais il faudrait préciser : secrète, intérieure,
passionnelle. La religion y eut sa part, qui n'est pas mince. Il y a un
silence de la foi qui date du christianisme des catacombes et du martyre
stoïque de sainte Blandine ; ce silence a conformé l'espace de la ville,
entre la colline qui prie (Fourvière) et la colline qui travaille (la
Croix-Rousse) ; il infuse dans les consciences une ferveur qui fut
missionnaire à l'époque de Pauline Jaricot, caritative avec l'abbé Pierre,
militante aux temps du père Delorme et des marcheurs des Minguettes.
Lyon fut une ville de prêtres et de marchands. L'esprit guerrier, la
jactance jacobine n'étaient pas d'ici : Fouché et les mitrailleurs de la
Convention ont laissé à Lyon un cruel souvenir, auquel la ville oppose
son antidote, un dynamisme industrieux allié à une culture politique de
la modération. « Si Paris est la capitale de la France, Lyon est la capitale de
la province », écrivait Albert Thibaudet. La République radicale d'Herriot
puis la bonhomie de M. Barre y trouvèrent un terrain d'élection, festonné
de palabres discrètes autour d'un saucisson chaud. Tandis que les édiles
se souviennent que Lyon fut métropole d'une Europe polycentrique qui
allait de Milan aux villes hanséatiques, les ingénieurs, comme toujours,
travaillent. Une montgolfière s'élève dans les airs, le bateau à vapeur
de Jouffroy d'Abbans navigue sur la Saône, Jacquard impose son métier
à tisser, Ampère domestique l'électricité, les frères Lumière tournent la
manivelle de leur cinématographe, Marius Berliet lance ses camions et
Charles Mérieux ses vaccins. Aujourd'hui, c'est en logiciels et
biotechnologies que l'on raisonne au bord du Rhône.

Lyon, nouvelle ville des Lumières ? Là encore, il faut compter jusqu'à
deux. Car Lugdunum reste aussi la cité d'une culture rouge et noire,
irrédente et libertaire. Cultes orientaux d'Isis et de Mithra à l'époque
romaine, poésie cryptique de Louise Labé et Maurice Scève à la
Renaissance, messes sataniques décrites par Huysmans dans Là-bas.
C'est la ville natale de Ballanche, théoricien de la transmigration des
âmes, et du mage Philippe, célèbre thaumaturge qui alla concurrencer
Raspoutine jusqu'à la cour de Nicolas II. À Lyon, quelqu'un prononce
toujours un mystérieux mot-code, quelqu'un dit toujours « non ». Ce
peut être l'anarchisme de Guignol ou la révolte des Canuts, ce fut Jean
Moulin et les écrivains résistants de la revue Confluences, et même les
filles galantes des années 1970 qui mettaient le trottoir en révolte. Au
fond de la traboule obscure, les fresques pourpres attendent.

En somme, le quant-à-soi lyonnais est à la fois rebelle et concordataire.
Dans cette ville, une figure du catholicisme social et conservateur telle
que Jean Guitton a pu former le plus grand théoricien du marxisme
français, Louis Althusser. Certes, il y a de l'âme souffrante et de
l'étrange dans les ruelles de la Presqu'île ; il suffit de relire Jean
Reverzy ou Louis Calaferte pour le sentir. En même temps, quelque
chose chante ici dans la passion du corps et du jeu : les fulgurances des
grands joueurs de l'Olympique lyonnais, de Di Nallo à Anderson, les
plaisirs de la table, les danseurs dont Guy Darmet est le Boris Kochno,
les musiques de Kent ou de Liane Foly. Y a-t-il une exception lyonnaise
? Oui et non. Comme toute ville française, Lyon invite à réfléchir sur le
païen et le chrétien, le local et le cosmopolite, l'archaïque et le
moderne, la loi et la transgression, le devoir et le loisir. C'est une
miniature de France, et c'est une ville du monde.

© le point 29/11/02 - N°1576 - Page 303 - 669 mots


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      Lyon, ville lumière, de XA [2002-12-06 23:04:00]