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"Le christianisme fait toujours débat" Imprimer
Auteur : XA
Sujet : "Le christianisme fait toujours débat"
Date : 2002-12-04 23:25:18

Le christianisme fait toujours débat

Le christianisme intéresse ! Pour preuve. Trois cents personnes étaient
présentes, lundi soir, salle Bonnefille pour écouter René Rémond, de
l´Académie française. Le président de la Fondation nationale des sciences
politiques évoqua ce thème à partir de son ouvrage paru au début du nouveau
millénaire chez Desclée de Brouwer et couronné " Prix Aujourd´hui ".

"J´ai été très surpris de l´accueil de ce livre, " Le Christianisme en accusation " sujet
de notre rencontre d´aujourd´hui, explique René Rémond.

Dès sa sortie, Jacques Julliard, en faisait son éditorial au Nouvel Observateur, ainsi
que Claude Imbert au Point. Les chaînes de radio et de télévision
m´interrogeaientÉ Tout le monde était intéressé. Jusqu´aux plus hautes autorités
de l´Etat ".
Le christianisme faisait l´objet hierÉ et aujourd´hui, d´une mise en accusation. Le
titre qui ne satisfaisait qu´aux trois-quarts le conférencier aurait pu être différent. "
J´avais pensé aux outrages, à la persécution du christianismeÉ Le christianisme
plutôt que le catholicisme, parce qu´il englobe donc tous les Chrétiens. Et si les
catholiques ont été majoritaires au XIXe et au début du siècle dernier. Ils ne l´ont
plus été après ".
René Rémond revient sur la genèse de son ouvrage. Une série d´entretiens avec
Marc Leboucher, directeur des Editions DDB. " Cette conférence de ce soir s´inscrit
dans la lignée de ces entretiens ".

Péguy, Claudel,et Bernanos

René Rémond part d´un constat : " En ce début de siècle, le catholicisme, le
christianisme souffre d´une disqualification sur le plan intellectuel. Le christianisme
apparaît comme un exilé de la culture " Et de rappeler qu´à la fin du XIXe et
même jusqu´au milieu du XXe, le prestige de savants, d´écrivains chrétiens qui
trouvaient leurs sources d´inspiration dans le christianisme.
Il évoque Péguy, de Claudel, BernanosÉ " À cette époque, on n´aurait jamais
déprécié ces auteurs. Dès l´après guerre, dans les années 50-60, le paysage
idéologique change. Il y a un bouleversement. La cause ? " " La pluralité du fait
religieux qui est un aspect de la mondialisation. Le judaïsme a connu un réveil
identitaire. L´islam est la seconde religion en France avant les églises de la
réforme, luthériens, calvinistesÉ Les religions orientales fascinent. Les sectes
anglo-saxonnes sont présentes. Notre société est devenue pluraliste. Cette diversité
des croyances, sur toute la planète, engendre des conséquences générales et
particulières. En France, toutes les religions bénéficient d´un même droit. Quand
on ouvre un monastère bouddhiste, l´événement est toujours médiatisé. On
s´intéresse beaucoup moins à l´église catholique ou chrétienne. Mais l´on affirme
que les églises se videntÉ "
René Rémond reconnaît que la faute revient peut-être à certains catholiques qui se
disaient détenir autrefois le monopole de la vérité.
Et d´évoquer ensuite sur le rôle des médias qui sont souvent provocateurs, voire
moqueurs. " On médiatise peu, les synodes " déplore le conférencierÉ
" Les crises de la société, notamment " Mai 1968 " vont faire naître la montée de
l´individualisme et la crise du collectif. Les relations entre la religion et le social
ont changé. Il y a de plus en plus dissociation. Les vacances de Pâques sont
devenues vacances de Printemps. Le 8 décembre à Lyon qui marquait la fête de
l´Immaculée Conception est devenue " la Fête des lumières ". Elle s´est
déchristianisée. Et de revenir sur le passé. Au XIXe, on ne trouvait pas anormal que
l´église dirige la morale. Aujourd´hui " Pas question qu´elle s´insinue dans la vie
privée en raison de l´individualisme. Mais on n´admet pas que l´église ne prenne
pas position sur les grands problèmes de société ou de politique. Et si elle
dérange, on la critique".
Le conférencier insiste : "L´église catholique est exigeante. Et l´on préfère se forger
sa propre religion de convenance... Le christianisme est un chemin de
liberté....Nous sommes dans une période de mutation. Le christianisme a été mis
en accusation.
Il y aura évolution. On le voit déjà : Le Gouvernement a réintroduit le fait religieux
dans l´enseignement. Il y a essai de dialogue entre l´Etat Français et l´église. Et au
niveau mondial, essai de dialogue interreligieux"1)
Et de conclure : " La sécularisation qui touche tous les pays européens rend plus
difficile le message à faire passer. L´église doit donc donner un témoignage
suffisamment fort pour être entendu. Je suis convaincu que le christianisme n´a pas
dit son dernier mot ".

BÉATRICE BONNAMOUR

1) Rencontres d´assises organisées par le Pape (1966) et renouvelées cette année.



René Rémond : un historien reconnu

"C´est une joie et un honneur pour Roanne de recevoir ce soir, un membre de
l´Académie Française, président de la Fondation nationale des sciences politiques
et qui après avoir été longtemps professeur à sciences po, en chrétien engagé a
beaucoup travaillé en relation avec l´église sur le thème de la société de notre
temps ". Ainsi le père Pierre Berger, responsable du SEDIF service diocésain de
formation permanente des prêtres et des laïcs a-t-il présenté René Rémond, auteur
d´une quarantaine d´ouvrages, familier à la fois des " amphis " et des plateaux de
télévision.

Celui-ci ne cacha pas son plaisir d´être accueilli dans des lieux académiques -
l´annexe de l´université Jean-Monnet- d´être à Roanne ce jour et la semaine
prochaine à l´université de Saint Etienne où il présidera deux soutenances de
thèses.
En fin de conférence, le père Maurice Gardès, archidiacre du Roannais salua
l´intervention de René Rémond. " Cette conférence est une invitation à avoir plus
de lucidité, à mesurer combien le fait religieux a plus d´impact sur la société.
L´enseignement nous apprend à avoir du recul ".

Le Christianisme en accusation aux éditions Desclée de Brouwer, 13,42 euros. Une
mémoire française : aux éditions Desclée de Brouwer, 18 euros.

Source : La Tribune - Le Progrès (St Etienne) - 4 décembre 2002


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