Alain Deleu, le chrétien-social Il laisse une organisation moins déchirée qu'en 1999 et qui s'affiche désormais comme un syndicat "constructif".
Neuf ans après avoir été élu président de la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC), Alain Deleu, 56 ans, va passer le relais à son ancien bras droit, Jacques Voisin. Une page de l'histoire du syndicalisme se tourne, marquée par les départs de Louis Viannet (CGT) en 1998, de Nicole Notat (CFDT) en 2002 et, dans quelques mois, de Marc Blondel (FO). Comme eux, M. Deleu a marqué la scène sociale par ses talents de négociateur. Il s'est efforcé d'enrayer le déclin d'une centrale mal à l'aise dans une société déconfessionnalisée, sans éviter les déchirements. Au lendemain des prud'homales de 1997, qui virent la CFTC perdre 100 000 voix et un tiers de ses élus, M. Deleu, sévèrement critiqué pour son "cléricalisme", avait affronté une grave crise interne. Il s'est efforcé, depuis, de redresser la barre et de préparer sa succession. Originaire du Nord, marié et père de cinq enfants, professeur de sciences naturelles, M. Deleu était devenu "patron" du syndicat national de l'enseignement chrétien-CFTC en 1975. Appartenant à une famille marquée par le projet social de la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC), cet homme, qui n'est pas de gauche, a toujours cherché à concilier son engagement de chrétien et de syndicaliste. Autoritaire, il possède aussi un réel sens de l'humour. Et n'avait pas son pareil, quand les négociations interprofessionnelles traînaient en longueur, pour "croquer" sur le papier ses partenaires syndicaux et patronaux. Il laisse une organisation moins déchirée qu'en 1999 et qui s'affiche désormais comme un syndicat "constructif" attaché à la défense du "mieux vivre".
Claire Guélaud Le Monde 13.11.2002
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