CALME SUR LE PORT
Il ne fait pas de vagues dans le port de Nantes, Georges Soubrier, l'évêque du lieu. Et il n'en fera sans doute jamais, ce n'est pas son tempérament. Pourtant, il est de bonne volonté et intelligent. Il sait écouter et par souci d'entente et de consensus, il sait avaler les couleuvres. Dieu seul sait combien il a dû en ingurgiter et des grosses, pendant les huit années où il a été auxiliaire de Paris, donc l'auxiliaire de Jean-Marie Lustiger, ou son boy, comme on voudra qui lui confia bien des tâches délicates, celle où son éminence risquait de griller. Un bon auxiliaire doit être aussi capable de servir de fusible. De certaines de ces missions, Georges Soubrier se tira plutôt bien, comme lors de l'occupation par les sans-papiers de l'église Saint-Bernard, paroisse qui dépendait de son secteur.
Mais ceci est du passé puisque cela fait 5 années qu'il est sur le siège épiscopal de Nantes. Dans ce poste, il n'a pas changé. Il est toujours un homme de terrain, à la fibre pastorale, ce qui est à relever chez un homme qui passa la majeure partie de sa vie de prêtre dans les séminaires. (...). C'est un centriste. Et souvent les centristes ont le ventre mou. Fils d'un commerçant aveyronnais, il a gardé ce sens de la négociation, le souci de ne se bloquer avec personne et de chercher à tout problème une porte de sortie à défaut de solution. Mais un évêque ne vend pas de carottes, il doit savoir prendre ses responsabilités. Et au terme des débats, des concertations, et des orientations qui se dégagent, la prise de décision s'impose. Ce qui n'est pas toujours le cas à l'évêché de Nantes.
(suite après dîner) |