| Auteur : Marc JOUVE |
| Sujet : Que de rigueur ! |
| Date : 2002-11-03 19:10:15 |
Mon cher Torquemada, je suis surpris de votre joute avec Marc BILLIG. Je croyais que vous comme nous repoussiez une vision excessivement ascétique de la vie. La théologie morale classique n' enseigne-t-elle pas qu'il faut se garder des excès même dans la pénitence. En outre, il ne convient pas de rechercher la souffrance mais de l'accepter quand elle vient, en s'associant à la Passion de Notre-Seigneur et en offrant notre propre souffrance avec la sienne. De même, il me semble que Marc BILLIG a parfaitement raison de dire que les plaisirs terrestres ne sont pas mauvais en eux-mêmes. Ils le sont devenus à cause de la faute originelle de nos premiers parents qui a corrompu toute la Création. Ainsi le plaisir de manger peut tourner en gloutonnerie, celui de boire en ivrognerie, celui de la sexualité en débauche et luxure, etc... Il convient d'éviter de se plonger dans ces dérives qui dénaturent la réalité première de ces actes humains. Par ailleurs, quand vous dîtes que les "tradis" sont comme les autres contemporains, qu'ils sont attirés par le sexe et l'argent, je suis d'accord avec vous et je pense même que ceux d'entre nous sur ce forum qui jouent les puritains ne sont pas les moins fascinés par tout cela, preuve en est qu'ils en parlent beaucoup ! L'humanité entière est marquée du sceau de ce genre de concupiscence, depuis la Chute d'Adam. Pourquoi y échapperions-nous? Ce phénomène n'est nullement lié à l'état actuel de la moralité et des institutions publiques. Moi-même, dont la culture politique et religieuse est à l'antipode de mes concitoyens, ce qui m'a posé quelques problèmes de "relations sociales" quand j'étais lycéen, qui repousse du tréfond de ma pensée toute idée de "progrès" ou de "libération", je suis aussi très attiré par toutes sortes de choses condamnées à juste titre dans les épîtres pauliniennes : le pouvoir (ma profession m'en fait un peu approcher l'exercice), l'argent (ou plutôt le standing qu'il procure), les plaisirs charnels (j'adore les jolies femmes, surtout de près...), etc... Ce qui nous différencie de la masse déchristianisée de ce pays, c'est que nous somme capables de porter un jugement négatif sur nous-mêmes, d'apprécier nos travers à leur juste et triste valeur et d'essayer tant bien que mal d'y remédier. Un moine m'a dit un jour: "Accéder à la sainteté, c'est exceller dans les vertus pour lesquelles on a des aptitudes et des grâces particulières et trébucher le moins possible dans celles qu'on a le plus de difficultés à pratiquer !" Non, nous ne sommes pas différents des autres hommes et nos ancêtres, même dans un royaume chrétien qui avait certes le mérite d'exister, souffraient des mêmes tentations que nous. Croyez vous qu'ils ne l'ont pas parfois trop montré, ces Croisés partis pour une noble cause qui ont pillé les Byzantins, ces soldats de Louis XIV qui ont violé les femmes du Palatinat, etc... Loin de moi l'idée de renoncer à redonner à la France et à l'Occident des régimes politiques plus propices à assurer la protection de la religion catholique et à préserver l'intégrité de la civilisation, mais de grâce n'idéalisons pas ces époques au point de croire qu'elles ne connaissaient pas le pêché, tel cet auteur contre-révolutionnaire dont j'ai oublié le nom qui disait en substance que la république était un régime de laxisme sexuel alors que la monarchie était pure et pudique, oubliant ainsi les frasques de ce bon Louis XV qui ont troublé mon adolescence quand j'en lisais le récit dans un opuscule bicentenaire intitulé "Le Parc aux Cerfs"... Amitiés. Marc. |
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