| Auteur : Jean Kinzler (194.158.98.xxx) |
| Sujet : Conversions de Régis Debray et Max Gallo au catholicisme romain |
| Date : 2002-10-20 08:44:00 |
• LE MONDE | 19.10.02 | 14h01
Le retour à Dieu de Régis Debray et Max Gallo
C'EST une parabole à clés. Comme une partie de cette génération qui, ayant vibré avec les années 1960, le communisme ou le tiers-monde, peine encore à raconter son histoire, Max Gallo a maquillé les noms des protagonistes du texte qui ouvre Les Chrétiens, sa saga en trois tomes qui vient de paraître chez Fayard. Derrière les "Gisèle" et autres "Sami" qui peuplent le récit intime des retrouvailles de l'écrivain avec Dieu, des observateurs, pourtant, ont su reconnaître quelques figures de l'intelligentsia parisienne de gauche devenues proches de Jean-Pierre Chevènement. Et surtout, sous le surnom de "Rémi", la figure de Régis Debray.
Le 20 octobre 2001, en milieu d'après-midi, Max Gallo se rend à l'église Saint-Sulpice, dans le 6e arrondissement de Paris, pour assister au baptême du fils d'un ami. Avant d'officier, le Père V. prend l'écrivain à succès par le bras. Il l'enjoint de raconter dans un roman saint Martin de Tours, Clovis et Bernard de Clairvaux. Deux heures plus tard, le dominicain a parlé si juste que Max Gallo pleure, s'agenouille et, dans une geste quasi claudélienne, se met à prier. Le Figaro et l'hebdomadaire catholique La Vie ont confessé le biographe de Robespierre et de Rosa Luxemburg sur cette soudaine conversion. Mais seuls les amis militants ont reconnu, parmi les invités de la cérémonie religieuse, l'avocate féministe "Gisèle" Halimi ou le député européen du Pôle républicain "Sami" Naïr. Seuls les soixante-huitards initiés ont compris que, derrière l'absence de "Nikos", " ierre" et "Louis", Max Gallo pleurait Poulantzas, Goldman ou Althusser. Seuls enfin les happy few du baptême savent que le père du bébé, "Rémi", n'est autre que l'ancien partisan de Che Guevara et de Fidel Castro, Régis Debray. Lequel s'apprêtait alors à publier Dieu, un itinéraire(Odile Jacob) et à se voir confier par Jack Lang un rapport sur "l'enseignement du fait religieux".
"Au fond, Régis et Max n'acceptent pas de vivre sans un dieu", décrypte un des témoins de la cérémonie, immortalisée par l'animateur de la campagne présidentielle chevènementiste. Pour Max Gallo comme pour le Père V., le baptême du petit Antoine Debray revêt "une signification particulière": "Vous connaissez comme moi l'itinéraire de Rémi. Qu'il ait décidé de cet acte, cela va compter pour notre pays, assure l'ecclésiastique. Antoine est un prénom qui évoque la soif d'absolu, celle qui animait l'un des tout premiers moines, retiré au désert pour nouer un rapport mystique avec Dieu. C'est peut-être l'indication que nous sommes à la veille d'une nouvelle envolée de la foi."
Ariane Chemin
• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 20.10.02
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