La canonisation de Josemaria Escriva de Balaguer
Cette multitude en prière aux pieds de l¹autel de la sainteté
La « grande sainteté » consiste dans l¹accomplissement des « petits devoirs » de chaque instant . Le c¦ur du message spirituel de Josemaria Escriva de Balaguer est tout entier contenu dans le rapprochement entre ces deux expressions : « grande sainteté » et « petits devoirs ». Elles expriment aussi le paradoxe mais aussi le caractère concret et extraordinaire d¹un chemin de foi que l¹Église d¹aujourd¹hui en proclamant la sainteté de ce prêtre espagnol, fondateur de l¹Opus Dei présente à chaque chrétien comme antidote à la « culture matérialiste », au « conformisme », à l¹ « inertie intérieure ». « Sans distinction de races, de classes, de culture ou d¹âge a rappelé Jean-Paul II durant la célébration solennelle qu¹il a présidée le dimanche 6 octobre place Saint-Pierre tous sont appelés à la sainteté ».
Veux-tu vraiment devenir un saint ? Accomplis alors le devoir, même minime, de chaque instant ». Depuis ce jour de la canonisation, cette question que Escriva de Balaguer adressait à ses premiers fils spirituels il y a soixante ans, interpelle les croyants de toutes conditions et de tous horizons avec l¹éloquence d¹un témoignage lumineux, authentique et exemplaire. Le « petit devoir » quotidien est la « grande mesure » d¹une vie qui est sainte. Telle est la conviction pleine d¹espérance que le nouveau saint a transmis à ses fidèles et qui avec une grande fidélité sera conservée par les centaines de milliers de personnes qui ont participé au rite solennel de la canonisation.
Mon rêve, avait confié un jour Escriva, c¹est qu¹une multitude d¹enfants de Dieu se sanctifient en vivant la condition commune de leurs semblables, en partageant leurs peines, leurs aspirations et leurs efforts. Ce « rêve » s¹est accompli sous les yeux de tous. Une vraie « multitude » est accourue de toutes les parties du monde à la célébration, remplissant la place Saint-Pierre, l¹avenue de la Conciliation et les rues limitrophes, jusqu¹au château Saint-Ange.
Ils étaient au moins trois cents mille, en provenance de 84 pays du monde entier : un tiers d¹Italiens, un tiers des autres pays d¹Europe et un tiers des autres continents. Ils avaient rejoint Rome par le car (2130), par des trains spéciaux (une dizaine), par avion (un millier depuis le jeudi précédent : 570 à Fiumicino et 400 à Ciampino), et même à bord de huit bateaux ancrés à Civitavecchia (en provenance de Barcelone, Valence, Malaga, Marseille, Palerme et de la Corse). 40 % d¹entre eux étaient âgés de 15 à 30 ans ; ils étaient accueillis sur les terrains de camping, les stades, dans les paroisses, à Rome et dans sa banlieue. De nombreuses familles romaines avaient ouvert la porte de leurs maisons aux pèlerins. Des milliers étaient accueillis dans les paroisses et dans les écoles de Rome et du Latium.
Les groupes les plus nombreux provenaient de l¹Italie, de l¹Espagne (80 000), de la France, des Etats-Unis, du Mexique, de l¹Allemagne, du Brésil, de la Pologne, et des Philippines. Il était significatif de voir des délégations de pays où l¹Opus Dei n¹est pas encore implantée : le Mozambique, Sao Tomé, l¹Angola et l¹Ethiopie. Le voyage le plus long a été accompli par les paroissiens de Tallin, en Estonie : ils ont passé deux jours et demi dans un car. Le plus grand nombre de kilomètres a été celui d¹un groupe de pèlerins en provenance de la Nouvelle Zélande. Trente pèlerins sont arrivés de Moscou, avec l¹archevêque Tadeusz Kondrusiewicz, administrateur apostolique de la Russie européenne septentrionale, et onze de Saint-Pétersbourg. Parmi les groupes les plus typiques, on pouvait remarquer les soixante fidèles de la paroisse sicilienne de Saint-Etienne de Camastra, avec la fanfare, qui les a accompagnés du Château Saint-Ange à la place Saint-Pierre.
On notait encore la présence d¹un groupe de fidèles venant de Barbastro, le village natal du nouveau saint, des membres de sa famille venus de Madrid, et le chirurgien espagnol Manuel Nevado Rey, guéri miraculeusement en 1992 grâce à l¹intercession du Bienheureux Escriva.
Dans cette immense assemblée, de nombreuses personnes avaient consenti de grands sacrifices pour pouvoir venir à Rome, tels ces deux mille Péruviens, des paysans souvent très pauvres, qui ont économisé pendant des mois pour pouvoir venir à la canonisation, ou les Africains de pays aussi différents que le Nigéria, la Côte d¹Ivoire, le Kenya et le Cameroun. Beaucoup ont bénéficié du « Projet Harambee 2002 », un fonds de solidarité mis en place par l¹Opus Dei pour soutenir des programmes d¹éducation, incluant la participation à la cérémonie de canonisation.
Dans cette assemblée, on pouvait aussi découvrir une partie de l¹histoire de l¹Opus Dei à travers les participants, qui furent parmi les premiers disciples d¹Escriva de Balaguer. Ainsi, par exemple, l¹ingénieur, devenu prêtre, Fernando Valenziano, entré dans l¹Opus Dei en 1939, l¹historien Israël Sancerbella, vice recteur de l¹université de Navarre, qui connut Escriva en 1940, le Père Quirinio Glorioso, âgé de 99 ansŠ Significative aussi la présence de protestants, orthodoxes, luthériens, anglicans et adeptes des religions orientales. Les premiers rangs étaient occupés par des centaines de malades et de handicapés. La cérémonie était retransmise sur neuf écrans géants, et chaque participants pouvait suivre la traduction simultanée de la cérémonie en français, anglais, polonais, portugais, espagnol et allemand.
Parmi les participants à cette cérémonie de canonisation, on notait la présence du Cardinal Secrétaire d¹Etat Angelo Sodano, et de trente deux autres cardinaux, cinq cents archevêques et évêques provenant de soixante et un pays, dont soixante évêques italiens, soixante espagnols et cinquante de différents pays africains. De nombreux évêques venaient d¹Amérique latine, en particulier du Mexique, de l¹Argentine, du Chili, du Pérou et de la Colombie. Le corps diplomatique auprès du Saint-Siège et des représentants de nombreux gouvernements de pays aussi divers que l¹Espagne, l¹Italie, l¹Andorre, de l¹Angola, du Honduras, de l¹Equateur, du Panama, du Pérou, du KenyaŠ étaient aussi présents.
Avant la Messe, des prières, des lectures et des chants en italien, anglais, français, espagnol et allemand ont retenti sur la place Saint-Pierre, en présence d¹une foule très recueillie et fervente. Le parvis de la basilique avait été transformé en un véritable jardin fleuri par le personnel des Jardins du Vatican, grâce au don de milliers de fleurs venant d¹Imperia et de l¹Equateur. Après la sonnerie des cloches, vers 9 heures, ce fut la préparation immédiate à la célébration. Cinq thèmes de réflexions inspirées des écrits du fondateur de l¹Opus Dei furent proposés aux fidèles, qui remplissaient maintenant la place et l¹avenue jusqu¹au Tibre, ainsi que les rues adjacentes. Beaucoup étaient présents depuis 6 heures du matin. Jean-Paul II arriva à 10 heures sur le parvis de la basilique. Le rite fut introduit par le Cardinal Préfet de la Congrégation pour les Causes des Saints, accompagné du postulateur, qui demandèrent au Pape de procéder à la canonisation du Bienheureux Josemaria Escriva de Balaguer. Après une brève présentation de sa biographie, l¹assemblée entonna les Litanies des saints. Puis, le Saint-Père prononça solennellement la formule de canonisation en latin. Il était 10.24, et de longs applaudissements se levèrent de l¹immense foule des pèlerins. Tous regardaient avec joie le portrait du nouveau saint placé au centre de la façade de la basilique. Le chant de l¹Alleluia retentit, tandis qu¹on portait près de l¹autel une relique de saint Josemaria, auprès de laquelle des fidèles déposèrent des fleurs. La messe fut chantée en grégorien, avec des cantiques en italien et en espagnol superbes, par le ch¦ur de la Chapelle Sixtine, celui de Mater Ecclesiae, du Collège pontifical grec (pour l¹évangile) et deux chorales de l¹Opus Dei provenant de divers pays. Le service liturgique était assuré par le Collège international Sedes Sapientiae . Mille prêtres, accompagnés de mille servants portant une ombrelle blanche, donnèrent la sainte communion place Saint-Pierre, place Pie XII et avenue de la Conciliation. A la fin de la cérémonie, qui fut suivie avec un recueillement exemplaire, le Pape dirigea la prière de l¹Angelus, puis, après avoir salué divers membres des délégations, il prit place dans la jeep blanche, et il parcourut la place et l¹avenue de la Conciliation jusqu¹au Château Saint-Ange au milieu d¹une foule en liesse.
Francesco M. Valiante
Osservatore Romano
7-8 octobre 2002
(traduit de l¹italien) |