| Auteur : Athanasios D. |
| Sujet : Autorité du magistère... 2 |
| Date : 2002-10-10 12:44:57 |
Bonjour à tous,
Suite aux différentes discussions (parfois animées) concernant le magistère et son autorité, je vous propose quelques lectures provenant de l'ouvrage paru aux éditions Orante "Les textes doctrinaux du magistère de l'Eglise sur LA FOI CATHOLIQUE" que je voulais porter à votre attention. C'est un peu long (quelques pages) mais ça en vaut la peine. Le texte qui suit ci-dessous reprend la quasi totalité de l'introduction, sauf quelques aspects purement pratiques qui se trouvaient dans les 2 ou 3 derniers paragraphes. Bonne lecture.
Cordialement,
Athanasios P.S.: Je posterai immédiatement après dans un nouveau message quelques textes du magistère émanant de Vatican I et des papes Pie IX et Pie XII, toujours extraits du même ouvrage sus-nommé.
"Après avoir, à maintes reprises et sous maintes formes, parlé jadis à nos Pères par les prophètes, Dieu, en ces jours qui sont les derniers, nous a parlé par le Fils, qu'il a établi héritier de toutes choses, par qui aussi il a fait les siècles", déclare l'épître aux Hébreux (1, 1-2). La révélation du dessein que Dieu avait de réunir toutes choses en Jésus-Christ dans l'amour, a commencé dans l'Ancien Testament; elle s'achève en perfection dans le Nouveau. Dieu ne nous dira pas, ne nous dira plus d'autre parole. Mais Dieu, qui est intervenu et intervient dans le monde, continuera, continue de nous adresser cette parole. La révélation réalisée en plénitude par son Fils, consignée dans l'Ecriture et transmise par les Apôtres, a été confiée à toute l'Eglise. Mais ce dépôt n'est pas le talent improductif que le serviteur peureux enfouit en attendant l'heure de le restituer. L'Eglise l'a reçu, elle doit le garder, au besoin le défendre, en sonder les richesses, pour que son Magistère y puise tout ce qu'il propose à croire comme révélé par Dieu, pour que le peuple chrétien y trouve l'aliment de sa vie. Il existe en effet un rapport vital entre la Tradition, l'Ecriture et le Magistère. Si l'Ecriture est la révélation que porte la Tradition, si toutes deux sont la règle du Magistère, celui-ci interprète l'Ecriture et témoigne de la Tradition. Sans cette unité profonde qui les rend absolument solidaires, l'Ecriture risquerait d'être lettre morte, la Tradition, choix discutable, et le Magistère, ingérence arbitraire de l'homme dans les mystères de Dieu. C'est aussi l'unité qui régit l'Eglise, qu'elle soit enseignante ou enseignée. On ne saurait situer en face l'un de l'autre, à plus forte raison séparer, le Magistère et les fidèles. Ne sont-ils pas ensemble ce peuple à qui Dieu a voulu communiquer son dessein de grâces? Si le Magistère est un pouvoir reçu du Christ, il est tout entier au service de la parole de Dieu, tout entier inspiré par l'amour de Dieu. Assisté par l'Esprit Saint, il conserve, protège, explicite la révélation. C'est pour maintenir, approfondir et rayonner la foi parmi les hommes que le Christ continue d'enseigner par lui. Mais cette fonction ne s'exerce que dans la conscience d'un accord profond avec la foi unanime de l'Eglise. "La collectivité des fidèles, ayant l'onction qui vient du Saint (cf. 1 Jn 2,20 et 27), ne peut se tromper dans la foi... grâce à ce sens de la foi qui est éveillé et soutenu par l'Esprit de vérité, et sous la conduite du magistère sacré, qui permet, si on lui obéit fidèlement, de recevoir non plus une parole humaine, mais véritablement la parole de Dieu (cf. 1 Th 2, 13)", comme s'exprime le IIe concile du Vatican (Constitution dogamatique Lumen Gentium 12). C'est le même Esprit Saint qui communique aux fidèles l'intelligence profonde du mystère du Christ, qui leur donne ce sens de la foi, force de salut, et qui inspire le Magistère quand il préserve l'intégrité du dépôt de la révélation et quand il en manifeste les richesses.
Gardant la parole de Dieu écrite et transmise, gardé par elle, le Magistère la promulgue et l'explicite. Cette promulgation peut se faire de diverses manières qui conféreront une valeur dogmatique différente aux documents qu'il publie. Il peut s'exprimer par voie extraordinaire. Les assises solennelles d'un concile oecuménique, organe et manifestation du pouvoir suprême et plénier du collège épiscopal, dans lequel sont rassemblés, au moins moralement, les évêques du monde entier en communion avec le pape, déclarent dans leur définitions ou leurs condamnations infaillibles et irréformables la doctrine révélée. De même quand le Souverain Pontife, exerçant sa charge de pasteur et docteur de tous les chrétiens, parlant ex cathedra, définit, en vertu de son autorité souveraine, qu'une doctrine sur la foi et les moeurs doit être tenue par l'Eglise universelle, le caractère infaillible et irréformable de sa définition impose au croyant la soumission la plus totale. On n'oubliera pas qu'alors, c'est l'Eglise et elle seule, par le Souverain Pontife ou par le concile, qui déclare la volonté qu'elle a de se lier fermement par cette décision. On ne saurait parler de définition infaillible là où elle n'a pas manifesté clairement son intention. Les théologiens appellent ces vérités "de foi définie". Mais il n'est pas toujours possible de réunir un concile oecuménique, ni toujours nécessaire de promulguer solennellement un dogme. Il est fréquent au contraire que le Magistère s'exprime par voie ordinaire. Lorsque les évêques de toutes les Eglises particulières, unis au pape, enseignent unanimement une même doctrine, ils proposent explicitement une vérité révélée, qu'ils ne définissent pas solennellement. Les encycliques des Souverains Pontifes sont également une des manifestations de ce Magistère ordinaire, plus fréquente depuis un siècle dans l'Eglise. L'enseignement commun y est rappelé en face des questions que posent les hommes d'une certaine époque. L'unité de la foi s'y trouve réaffirmée. Elles contiennent parfois aussi des assertions doctrinales, voire des propositions théologiques, en relation étroite avec la foi. Ces vérités sont alors qualifiées de "théologiquement certaines". Est-ce à dire que, dans ce cas, le chrétien peut accorder ou refuser son adhésion? "La plupart du temps, disait Pie XII, ce qui est exposé dans les encycliques appartient déjà d'autre part à la doctrine catholique" (Enc. Humani Generis: AAS 42 (1950) 568). La foi s'impose à l'égard de ces vérités crues depuis toujours dans l'Eglise, et l'assentiment religieux, à l'égard des autres affirmations. Même si ces documents ne jouissent pas, dans toute leur extension, de la garantie de l'infaillibilité, l'assistance de l'Esprit saint est pour le fidèle un motif de les suivre et de ne pas adopter ou approuver des prises de position qui leur seraient contraires. Pour les Actes des Congrégations romaines, ils engagent de manière variable l'autorité pontificale, selon l'approbation plus ou moins formelle qui leur a été donnée. Leur acceptation n'empêche pas que ces décisions soient réformables et sujettes à révision. Certains documents enfin se sont vu, avec le temps, conférer une sorte d'infaillibilité. Il est arrivé dans l'histoire que la foi exprimée par un synode local ait été accepté par l'Eglise universelle, que ses définitions aient été assumées par un pape. On a reconnu en elles la foi de l'Eglise entière. En d'autres cas, une formule dogmatique due à un évêque théologien a bénéficié très longtemps du respect et de l'attention de tous, jusqu'à être considérée comme norme de la foi. La valeur de ces documents - les décisions du concile d'Orange que reprend le concile de Trente, par exemple, ou les anathématismes de Cyrille d'Alexandrie - dépasse évidemment l'autorité dogmatique de leurs auteurs.
Comment l'Eglise en est-elle venue à promulguer ces différents documents? Les circonstances auxquelles ils sont dus sont diverses. La foi chrétienne devait nécessairement, au cours de sa propagation, rencontrer l'intelligence humaine. Les mystères qu'elle proposait, dans lesquels se diversifie l'unique mystère du salut dans le Christ, ne pouvaient manquer d'inciter l'esprit de l'homme à la réflexion. Pour les accepter pleinement, pour en vivre, il fallait les approfondir intellectuellement. Mais le travail, en soi légitime, de l'intelligence sur les données de la foi comportait un risque. Dans son effort pour pénétrer le dessein de Dieu il pouvait aboutir à des déviations dommageables, à des formulations discutables, qui rendaient nécessaire que le Magistère intervînt en défendant et en affirmant la foi dont il devait assurer la continuité et la stabilité. Cette réaction, inspirée par la fidélité profonde de l'Eglise, qui s'émeut de voir porter atteinte à ce qu'elle a de plus cher, explique, plus profondément que les habitudes et les genres littéraires polémiques en usage à certaines épaoques, la fermeté tranchante des anathèmes et des condamnations qui atteignent ceux qui déforment, mutilent ou anéentissent la vérité que le Seigneur leur a confiée et qui n'est autre que lui-même. Souvent d'ailleurs, on le voit dans les plus grands des conciles, un exposé positif et plénier de la doctrine en cause est proposé aux fidèles, la condamnation ne venant que dans un second temps pour ceux qui se séparent de la pureté de l'enseignement de l'Eglise. En d'autres occasions, ce ne sont ni la poussée des hérésies, collectives ou individuelles, ni les erreurs d'un théologien qui provoquèrent les décisions du Magistère. Le sens chrétien des fidèles a parfois demandé, après une longue période de possession tranquille, qui fût mis en relief de manière solennelle un aspect de cette foi, depuis longtemps professé dans l'Eglise. Il s'agit alors d'une explication, d'un déploiement des richesses de la révélation. L'attention et la vénération des croyants se voient proposer un aspect particulier de l'unique mystère que le Magistère éclaire plus particulièrement. On est passé de l'implicite à l'explicite, du vécu au formulé. Les dogmes où sont définies l'Immaculée conception et l'Assomption de la Vierge Marie en sont un exemple. Nous parlons de dogmes. Ce qui a été dit plus haut sur la nécessité où s'était trouvée l'Eglise de décider des vérités que devaient croire les fidèles, permet d'ajouter que ses formulations définissent la révélation, mais n'en épuisent pas la plénitude. La foi étant menacée, l'Eglise déclare que, sur ce point, on ne pourra aller plus avant. Elle trace une frontière; qui la franchit s'exclut de sa communion: "Qu'il soit anathème!" Mais le rôle de sauvegarde doctrinale qu'assument ses définitions laisse le plus libre accès à la richesse de la parole de Dieu vivant dans l'Eglise. A l'intérieur de ce qui peut apparaître comme une limite définie se déploie l'immensité transcendante du mystère de Dieu.
Une question surgit: le mystère de Dieu n'est-il pas inexprimable? Peut-on combler la distance qui sépare la Vérité du Seigneur qui demeure à jamais, et les formulations humaines qui nécessairemnt l'expriment en termes humains? Y a-t-il même distance et non pas plutôt infranchissable abîme? Il faut dire d'abord que la réponse se situe tout entière à l'intérieur de la foi, dans ce domaine où l'expérience commune de l'homme est nécessairemnt dépaysée. Le mystère de Dieu ne saurait être totalement pénétré par l'homme. Mais si Dieu veut se communiquer à l'homme? Qui croit que le Père "qui habite une lumière inaccessible" (1 Tm 6, 16) a envoyé son Fils dans le monde, admet que ce Fils s'est soumis, en prenant la forme d'homme, aux limitations spatio-temporelles d'un milieu déterminé, d'un temps donné, "devenant semblable aux hommes" (Ph 2, 7). Qui voit dans l'Ecriture la parole de Dieu exprimée par des hommes auxquels l'inspiration divine laisse tous les traits de leur personnalité, admettra que la Bible est oeuvre de Dieu et oeuvre de l'homme. Qui reconnaît que Dieu a parlé aux hommes admettra que, si son mystère dépasse éminemment tous les concepts qu'on peut s'en faire et toutes les formulations qu'on peut en donner, il est nécessaire que ce mystère soit affirmé en des termes qui ne peuvent être que ceux de l'homme. "L'acte du croyant ne trouve pas son terme dans la formule, mais dans la réalité", disait Thomas d'Aquin (Summa theol. II-II, q. 1, a. 2, ad 2). En d'autres termes, les formules dogmatiques ne recouvrent pas adéquatement le mystère de Dieu, mais la lumière qu'elles projettent et l'exactitude de leur visée leur permettent d'exprimer quelque chose de vrai sur Dieu. L'Eglise interprète, traduit la parole de Dieu; elle ne la crée pas. Ainsi s'explique qu'il y ait au cours des siècles de son histoire des définitions dogmatiques, des mises en relief nouvelles de la vie éternelle, et qu'on puisse parler du progrès des dogmes. Telle est la logique de l'Incarnation, pourrait-on dire. Ceci peut expliquer pourquoi, dans ses définitions dogmatiques, l'Eglise emploie une formulation relativement simple et succinte, presque sèche. Souvent elle réaffirme. Elle use des mots de la langue ordinaire ou, si elle emploie des termes techniques, elle les épure de ce qui pourrait relever de telle ou telle théologie ou de telle philosophie, pour les limiter à des expressions du sens commun, selon l'acception courante qu'ils sont susceptibles d'avoir. Elle use de termes techniques, mais le rapport qu'elle établit entre ces termes et l'Ecriture montre qu'alors encore, elle se veut fidèle au donné révélé. Les " ersonnes" divines, l'homoousios ("consubstanciel" qui triomphe au Ier concile de Nicée, la "transsubstanciation", ne sont pas des vocables de l'Ecriture; mais ils contiennent et traduisent justement la réalité de la Trinité, le mystère de l'Homme-Dieu, l'extraordinaire changement qui s'opère dans l'Eucharistie. Les mots pourront vieillir: le mystère qu'il éclairaient demeure à jamais. A nous de reconnaître dans ce qui fut dit pour les hommes d'un temps la foi de tous les hommes et de tous les temps, dont les formules pourront être perfectionnées. "Car autre chose est le dépôt même ou le vérités sont exprimées, à condition toutefois d'en garder le sens et la signification", disait Jean XXIII à l'ouverture du IIe concile du Vatican (Constitution pastorale Gaudium et spes 62 2).
Car si coire à Dieu qui se révèle est bien l'attitude chrétienne essentielle, réfléchir sur la foi pour s'en nourrir, en inventorier les richesses pour en vivre demeure le devoir du chrétien adulte et responsable. La vérité révélée peut et doit toujours être étudiée et explorée. Le travail indispensable des théologiens est ici un service d'Eglise. En notre temps bien des questions se posent. Les unes ont reçu leur solution, mais il faut les redire. D'autres sont à l'étude, d'autres commencent à émerger. Le langage humain peut-il traduire la vérité divine? Comment les païens peuvent-ils être atteints par l'Evangile, si le salut est offert à tous? Le Christ qui a vécu notre temps historique diffère-t-il vraiment du Christ qu'on annoncé et prêché les Apôtres? Quelle science et quelle conscience de sa filiation divine avait Jésus de Nazareth en qui nous reconnaissons le Fils deDieu? Comment s'explique son sacrifice rédempteur, l'offrande qu'il a faite de lui-même à la Croix et le renouvellement, l'actuation de ce sacrifice à la messe? Comment penser le péché originel? Quel est le mode de présence et d'action dans les acrements et tout spécialement dans l'Eucharistie? Et l'Eglise, si longtemps considérée comme institution, mais qui est aussi organisme de grâce et sacrement du salut, quel est le rapport qui la relie à l'Esprit? Quelle relation unit la tête du Corps mystique et ses membres? Quel service peut rendre au monde, en ces temps de sécularisation, l'Eglise en qui agit l'Esprit, qui doit porter le salut à tous les hommes? Quels liens existent entre les progrès humains et le Royaume de Dieu? Peut-on penser plus profondément les réalités dernières, la vie future? L'Eglise a déjà répondu à certaines de ces questions, mais en affirmant plus qu'en expliquant. Elle voulait essentiellement être fidèle à ce qu'elle avait reçu. Mais il est normal que cette foi transmise et reçue soit aussi une foi pensée et vécue. Ce travail de pensée doit être accompli avec un sens profond de la tradition; avec une audacieuse prudence, en sachant que "si dans la formulation de la doctrine, qu'il faut distinguer avec soin du dépôt de la foi, il est arrivé que, sur certains points, on se soit montré trop peu attentif, il faut y rmédier en temps opportun de façon appropriée" (IIe CONC. DU VATICAN, Décret Unitatis redintegratio 6). Si la formulation des dogmes n'épuise pas la vérité de Dieu, ce ne sont pas les indispensables efforts de réflexion qui percevront le mystère, sans doute. Mais cependant assez de lumière nous a été donnée pour que nous ayons le désir d'en avoir davantage. |
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