IL Y A QUARANTE ANS : VATICAN II
VOICI UN ANNIVERSAIRE QUI SERA SANS MASQUE
Les festivités sont ouvertes pour le 40e anniversaire du concile Vatican II, qui commença le 11 octobre 1962. Le journal La Croix donne le ton: ce sera un anniversaire sans masque, libéré de tous les déguisements officiels qui avaient dissimulé à une grande partie du clergé catholique et du peuple chrétien le contenu réel de cette « révolution d'Octobre dans l'Eglise ».
La Croix est le quotidien officiellement officieux et officieusement officiel de l'épiscopat français. Instruisons-nous donc auprès de lui sur ce que nous devons croire désormais ; d'abord sur l'Eglise.
Pauvre Eglise ! Jusqu'au concile de 1962, elle ne valait vraiment pas cher:
" Avant 1962, jusqu'à la veille même du Concile, le catholicisme n'avait cessé de vouloir écarter quiconque allait, au nom de l'Evangile, se rapprocher du monde contemporain".
Cette vue générale n’est pas une simple hyperbole oratoire. Les précisions arrivent aussitôt. Il s'agit d’abord du " modernisme" qui avait purement et simplement raison, et qui dut subir la méchante " condamnation de Pie X" en 1907: "De quoi était-il coupable, sinon de vouloir justement inscrire la foi dans la culture?" Le « monde contemporain était pourtant celui des grandes conversions, Claudel, Psichari, Maritain, les Charlier (etc.), qui pensaient tous " inscrire la foi dans la culture" mais qui tous étaient anti-modernistes. Grâce au concile, nous savons maintenant que le modernisme n'était pas coupable. C'est Pie X qui l’était. Et Pie XII le fut aussi, avec son encyclique Humani generis de 1950, qui condamnait la nouvelle théologie des Yves Congar, Henri de Lubac, Marie-Dominique Chenu : " De quoi étaient-ils coupables, sinon de chercher à dire la foi pour le monde moderne?" Mais le pire n'était pas encore venu: " Plus dramatique fut la condamnation des prêtres-ouvriers."
"Les prêtres-ouvriers font l'objet en 1954 de mesures romaines si restrictives que leur engagement perd tout sens."
"De quoi étaient-ils coupables, sinon de vouloir être avec les hommes de leur temps?"
Les " hommes de leur temps", pour eux, c'étaient prioritairement voire uniquement les apparatchiks staliniens de la CGT, petite minorité de révolutionnaires professionnels ; ce n'étaient pas les deux cents millions (ou davantage) de victimes du communisme soviétique: ainsi furent manipulés les prêtres-ouvriers, devenant eux-mêmes manipulateurs et militants de la dialectique marxiste-léniniste. Depuis le concile, nous savons donc qu’en tout cela ils avaient raison, et que ce malheureux Pie XII avait lamentablement tort. Autrement dit, qu'il n'y a plus lieu de distinguer entre "le monde" pour le salut duquel Dieu a donné son Fils, celui de la Création, et "le monde" pour lequel Jésus " n'a pas prié", celui du " Prince de ce monde", Satan. Il n'y aura désormais que " le monde contemporain" qui est adorable.
Ayant si bien commencé mercredi, La Croix de jeudi y va plus fort encore. C’est clairement une nouvelle religion qui s'affirme. Dieu ne parle plus "par des vérités à croire en toute soumission à l’autorité", c'est fini, grâce au concile. Le " célèbre “acte de foi” autrefois appris au catéchisme" n'est plus de saison. IL NE FAUT PLUS DIRE: "Mon Dieu, je crois fermement toutes les vérités que Vous avez révélées et que Vous nous enseignez par Votre Eglise, parce que Vous ne pouvez ni Vous tromper ni nous tromper". La Croix s'esclaffe exclamativement de voir cette "formule encore reproduite dans un récent “Manuel du chrétien” de 1993 !". Ce manuel n'avait donc rien compris au concile. On voit bien pourquoi la nouvelle religion a supprimé le catéchisme, au profit d’une "catéchèse" qui rejette la précise adhésion de foi de Vatican I, remplacée depuis le concile par l'indéfinissable réponse de foi de Vatican II!.
Qu’on ne vienne plus nous dire qu'il n'y a pas solution de continuité, qu'il n'y a pas de rupture, et que nous ne sommes pas en présence d'une nouvelle religion : issue légitimement ou non des textes de Vatican II, bonne question pour les théologiens ; mais la réponse, positive ou négative, ne peut rien changer au fait: l' évolution conciliaire nous a conduits là. La Croix, journal de l'épiscopat, est éditée par Bayard Presse, également éditeur de la Bible Bayard, la Bible de la Commission doctrinale des évêques de France. Salvo meliore judicio, ni cette Bible, ni cette religion ne sont catholiques.
JEAN MADIRAN
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