| Auteur : XA |
| Sujet : "Saint Josémaria : Le vrai secret de l’Opus Dei" |
| Date : 2002-10-04 00:06:43 |
Saint Josémaria : Le vrai secret de l’Opus Dei
Catholicisme : Josémaria Escrivá sera canonisé dimanche par Jean-Paul II. Il fonda, en 1928, l’Opus Dei, un mouvement qu’on dit secret. Pour quelles raisons ? Tout y est public, comme dans l’Église. Dix-sept mai 1992. La place Saint-Pierre ne parvient pas à contenir tous les pèlerins, qui débordent largement sur la Via della Conciliazione : selon l’Osservatore Romano, trois cent mille fidèles, quarante-six cardinaux et trois cents évêques sont venus du monde entier assister à la béatification de Josémaria Escrivá, fondateur et premier prélat de l’Opus Dei. Dix ans plus tard, la même foule, dense et digne, est attendue pour sa canonisation, que le pape prononcera dimanche. « Canonisation express », écrit le Monde : elle a lieu vingt-sept ans après la mort de Josémaria Escrivá, cent ans après sa naissance (celle de mère Teresa de Calcutta devrait intervenir plus vite encore, sans qu’on y trouve à redire). “Canonisation suspecte”, diront d’autres, qui tiennent l’Opus Dei pour une « sainte Mafia ». Créée en 1928 et reconnue quinze ans plus tard par le Vatican, l’Œuvre de Dieu suscite depuis longtemps les plus curieux fantasmes. Plus de 84 000 personnes en font partie, surtout en Europe (47 000) et en Amérique (28 000). En France, ses membres ne sont que 1 500. C’est peu : une paroisse parisienne regroupe environ 8 000 fidèles. Des centres ont été érigés, avec l’accord préalable de l’évêque du lieu, à Aix-en-Provence, Grenoble, Lyon, Marseille, Paris, Rennes, Strasbourg, Toulouse. Ses membres sont essentiellement des laïcs : l’Opus compte moins de deux mille prêtres. Si l’on en croit la rumeur, ce mouvement exercerait dans l’Eglise et sur les gouvernements “conservateurs” une influence souterraine aussi discrète qu’efficace. Ses prêtres formeraient en quelque sorte la garde en soutane de Jean-Paul II, tantôt soumis à la volonté du pape, tantôt lui dictant celle de l’Œuvre. L’Opus Dei fonctionnerait comme une “franc-maçonnerie catholique”, mue par un appétit de puissance insatiable… Ce procès, mal étayé mais récurrent, est le plus souvent instruit par la frange la plus anticléricale des partis politiques de gauche. Ce fut le cas en Italie, où l’Opus Dei, prise pour cible par les communistes, fut défendue par le gouvernement socialiste en 1986. C’est encore le cas en France, où les attaques contre l’Œuvre émanent le plus souvent du Réseau Voltaire (Valeurs Actuelles du 13 septembre). Selon Thierry Meyssan, l’Opus Dei serait l’âme d’un complot mondial visant à restaurer « l’ordre moral pur et dur, celui qui s’appuie sur le mensonge et la destruction des concepts même de laïcité dans son sens le plus large ». Plusieurs journaux (le Monde diplomatique, le Nouvel Observateur, Golias…) ont relayé au cours des années les accusations du Réseau Voltaire. Aujourd’hui, beaucoup doutent de la fiabilité de cette source : dans l’Effroyable Imposture, Thierry Meyssan conteste qu’un avion se soit écrasé sur le Pentagone le 11 septembre ! Fallait-il accorder plus de crédits à ses “informations” sur l’Opus Dei ? Curieusement, nul à l’époque ne s’est posé la question.
“Sur cent âmes, cent nous intéressent”.
Conservatrice ? L’accusation se fonde sur la participation au gouvernement espagnol de membres de l’Opus Dei sous Franco : huit ministres sur les 116 nommés par le Caudillo de 1939 à 1975, « dont un meurt trois mois après sa nomination et quatre autres restent aux affaires pendant un seul gouvernement » (Vittorio Messori, Opus Dei : l’enquête, Claire Vigne). Le plus curieux est que cette accusation, reprise par la gauche, partit d’abord des rangs de la Phalange franquiste, qui refusait de céder le pas à de jeunes technocrates, étrangers à la politique. Evoquant cette époque, il faut dire aussi que des membres de l’Opus Dei, hostiles au régime, en subirent les rigueurs. C’est le cas de Calvo Serer, monarchiste libéral, contraint à l’exil après la fermeture du quotidien Madrid, qu’il dirigeait. Ces destins divergents montrent qu’il n’y a pas de politique de l’Opus Dei. Rien n’interdit à ses membres de s’engager sur ce terrain, mais ils le font à titre personnel : l’Œuvre de Dieu n’a pas de philosophie temporelle. Discrète ? L’Opus Dei ne l’est ni plus ni moins que l’Eglise catholique. Approuvée par le Vatican, elle a le statut de “prélature personnelle”, défini par le concile Vatican II. Les écrits de Josémaria Escrivá (Chemin, Sillon, Forge…) ont été diffusés à dix millions d’exemplaires dans toutes les langues. L’Opus fait paraître un bulletin régulier, Romana, qui rend compte de ses actions. Les noms de ses dirigeants sont publics : rien à voir avec les groupuscules trotskistes dont les militants usent de pseudos, pratiquent l’entrisme et cachent leur engagement pendant des années… Au contraire, les membres de l’Opus Dei sont bien connus de leur entourage : chacun, dans son milieu, exerce un apostolat actif. « Nous cherchons à diffuser l’Evangile », dit Arnaud Gency, qui dirige la communication de l’Opus Dei en France. Evidemment, rien ne distingue les laïcs de l’Œuvre des autres citoyens. « Faudrait-il que nous portions un signe distinctif en raison de notre foi ? », demande l’un d’eux, étonné que certains journalistes puissent solliciter « des listes de noms ». Elitiste ? La critique suggère que l’Opus Dei se désintéresserait des plus démunis. Les réalisations de ses membres dans le tiers-monde ou dans les quartiers défavorisés dont on parle peu prouvent qu’il n’en est rien : création d’un centre de formation professionnelle pour ouvriers dans la banlieue de Rome, d’un institut rural au Pérou, d’un hôpital au Congo-Kinshasa, d’une école d’hôtellerie à Manille… Il est vrai que l’Œuvre s’adresse aussi aux intellectuels. « Sur cent âmes, cent nous intéressent », disait Josémaria Escrivá. L’université de Navarre fut fondée à Pampelune par des membres de l’Opus Dei en 1952. Trente mille étudiants en sont sortis depuis. A Barcelone, l’Instituto de Estudios Superiores de la Empresa (IESE) propose des formations en économie et direction d’entreprise. Qu’est-ce alors que l’Opus Dei ? Son seul but, écrit Josémaria Escrivá, « est de faire en sorte qu’il y ait, au milieu du monde, des hommes et des femmes de toutes races et conditions sociales qui s’efforcent d’aimer et de servir Dieu et leurs semblables dans et par le travail ordinaire ». Tout homme est appelé à la sainteté, qui n’est pas réservée à quelques “privilégiés”, ceux qui ont reçu le sacerdoce ou que la profession religieuse met à l’écart du monde. « Nous sommes des hommes de la rue, des chrétiens courants, plongés dans le courant circulatoire de la société, et le Seigneur nous veut saints, apostoliques, précisément au milieu de notre travail professionnel. » L’homme a été créé pour travailler, dit la Genèse. Si telle est sa condition, tout travail honnête, quel qu’il soit, apparaît comme « un moyen et un chemin de sainteté » : il donne l’occasion de rendre gloire à Dieu et de servir les autres. Ce message peut paraître évident depuis le concile Vatican II ; il ne l’était pas quand, en 1928, Josémaria Escrivá eut la vision de l’Opus Dei. « Il a rappelé au monde contemporain l’appel universel à la sainteté et la valeur chrétienne que peut revêtir le travail professionnel dans les circonstances ordinaires de chacun », a déclaré Jean-Paul II lors de sa béatification.
L’Œuvre de Dieu, une grande catéchèse.
L’Opus Dei assure à ses membres une intense formation doctrinale et spirituelle. Son fondateur a voulu que l’Œuvre soit « une grande catéchèse ». Ses fidèles lui sont liés par contrat, qu’ils peuvent rompre à tout moment. Ils s’engagent à « vivre les exigences de la vie chrétienne selon l’esprit de l’Opus Dei ». Communiant chaque jour et se confessant chaque semaine, ils font retraite une fois par an, pendant trois à cinq jours. Leur condition personnelle n’est pas modifiée par leur appartenance à la prélature. Leur vie demeure celle qu’ils menaient avant de s’incorporer à l’Opus Dei : elle conserve son cadre familial et se déroule dans le même milieu professionnel. Chacun demeure un fidèle de la paroisse et du diocèse auquel il appartient. « Nous sommes des chrétiens ordinaires », résume Arnaud Gency. N’est-ce pas, malheureusement, ce qu’on leur reproche aussi ?
Source : Valeurs Actuelles n° 3436 paru le 4 Octobre 2002 http://www.valeursactuelles.com/magazine/monde/index.php?num=3436&position=6&nb=7&NP=3436 |
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