RELIGION Mgr Tissier de Mallerais retrace l'itinéraire de l'évêque traditionaliste
Mgr Lefebvre raconté par l'un des siens
Article d'Elie Maréchal
Un fondateur, c'est d'abord une oeuvre, puis une apologétique de l'oeuvre. Mgr Marcel Lefebvre correspond à la règle. Son oeuvre fut la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, fer de lance d'une rébellion antimoderniste. Voici maintenant, onze années après sa mort, le 25 mars 1991 à l'âge de 85 ans, la biographie qu'un de ses plus proches disciples et héritiers a écrite. Une décennie durant, Mgr Bernard Tissier de Mallerais a enquêté pour mettre au point un ouvrage de 719 pages, Marcel Lefebvre une vie (éd. Clovis, 24 euros). La parution de ce témoignage historique coïncide avec le quarantième anniversaire de l'ouverture du concile Vatican II dont Mgr Lefebvre a pourfendu les résultats, au nom de la sacro-sainte tradition. Une dissidence qui a valu d'être excommunié par Jean-Paul II. "Nous nous sommes attelé à une tâche de recherche méticuleuse des témoignages et des documents qui permettent d'éclairer l'itinéraire de l'archevêque non conformiste", écrit dans son avant-propos Mgr Tissier de Mallerais pour protester de son objectivité. Une cinquantaine de témoins divers rencontrés, des monceaux d'archives explorés, des souvenirs personnels pieusement collationnés : loin d'édifier un mausolée hagiographique embrumé d'encens, le fils spirituel du prélat rebelle donne un récit alerte, curieux, émouvant. Visage encore juvénile, Mgr Tissier de Mallerais, Haut-Savoyard de 57 ans, a le goût des crêtes. Sur son supérieur qui, le 30 juin 1988, l'a consacré évêque sans l'accord du Pape, il s'interroge encore aujourd'hui comme sur "une énigme" : "Comment ce grand obéissant, ce Romain, est-il devenu un rebelle pour résister et construire?" Bien ancrée dans le giron de l'Eglise catholique, la Fraternité Saint Vincent Ferrier a depuis plus de dix ans montré que Mgr Lefebvre a bel et bien signé tous les textes de Vatican II. Vérité ignorée souvent, contestée parfois. Mgr Tissier de Mallerais reconnaît à présent : "Oui, Mgr Lefebvre a signé tous les documents conciliaires, y compris le décret sur la liberté religieuse et la constitution sur l'Eglise dans le monde de ce temps. Certes, il a nié l'avoir fait. Mais il a signé par respect pour le Saint-Père et ce n'était pas pour faire acte de présence." Dans son livre, après l'enquête honnête, l'auteur garde une nécessaire prudence : "S'il s'avérait néanmoins que des données nous eussent échappé ou qu'une autre interprétation des faits fût plus plausible, nous serions tout prêt à les accepter." Plus qu'un débat, c'est un "combat" - le mot revient et revient - que la Fraternité lefebvriste entend aujourd'hui poursuivre avec, à travers le monde, ses quatre cent quarante prêtres, ses six séminaires, ses quatre vingts écoles, ses huit cents lieux de culte. En marge de l'Eglise officielle. "De Rome, nous attendons un signe concret et inéquivoque d'un début de commencement de sympathie envers ce que nous affirmons, confie Mgr Tissier de Mallerais. Il n'est pas exclu qu'assez rapidement un tel signe nous soit donné." Et si ce livre, avec son réel souci de la vérité, pouvait être moins une arme de combat qu'un outil de dialogue. |